Les événements du 28 juillet
L'enquête accouche d'une...enquête!C'est avec une célérité absolument inhabituelle, même pas dix jours après les événements du 28 juillet, que la commission d'enquête a remis son rapport au ministère de la Justice. Un rapport qu'il ne nous a pas été possible d'obtenir malgré nos demandes répétées. Nous devrons donc nous fier à ce que disait son premier destinataire, le ministre Garry Lissade au cours de sa conférence de presse du vendredi 10 août: «...Nous avons reçu au ministère de la Justice le rapport de cette commission, et le rapport a rétabli les faits comme d'ailleurs c'était annoncé. Il a confirmé qu'il y avait 6 à 8 individus qui étaient vêtus d'uniformes vert olive (...), ou n'est-ce pas d'uniformes de camouflage (...) Le rapport a établi également plusieurs hypothèses dont la première: tentative de coup d'État... Ils ont agi à proximité de la résidence du chef de l'État. Donc ce sont ces arguments-là que le rapport a plus ou moins retenus (...): l'hypothèse de coup d'État (...) Ils ont envisagé une autre hypothèse qui serait le début de la lutte armée (...) Entre autres le rapport a également révélé qu'il y a une sorte (!) de complicité à l'intérieur comme aussi à l'extérieur de la Police»... Une véritable bouillie pour chats, parce que rien que sur les détails on se rend compte que le ministre raconte n'importe quoi. Comment sait-il qu'ils n'étaient que «6 ou 8» pour s'en prendre à au moins quatre commissariats dont deux au moins se trouvent à une centaine de kilomètres des deux premiers? Pourquoi alors a-t-on procédé à une quarantaine d'arrestations de suspects sans compter la dizaine d'ex-militaires qui ont demandé asile en République dominicaine? Quant à la question de tentative de coup d'État, les éléments avancés par Lissade ne sont point concluants et même très forcés, on doit l'avouer.
Pour la deuxième hypothèse, ce n'est qu'une autre «hypothèse».
Un rapport d'enquête qui s'arrête aux «hypothèses», si tel est le cas, le ministre ou si ce n'est lui, ses «enquêteurs» sont plutôt gonflés.A tout le moins, le rapport révèle l'évidence là où il indique une «sorte» de complicité de gens de l'intérieur comme de l'extérieur de la police ou de l'Académie avec les assaillants «qui ont fait montre d'une parfaite connaissance des lieux». Ce qui expliquerait peut-être pourquoi des commissaires et des inspecteurs de police ont été soit interrogés soit mis en isolement ou retenus en garde à vue. Les commissaires Mario Andresol et Jean Yonel Trécil ont été accusés de complot contre la sûreté de l'État, même si le second a finalement été relâché. Il semble que plusieurs enquêtes ont été menées parallèlement. Le substitut du commissaire du gouvernement du tribunal civil de la capitale, Me Rocky Pierre, a déclaré: «Parce que le dossier qui a été transmis au parquet parle de complot contre la sûreté intérieure de l'Etat et d'assassinat sur certains policiers.» Il devait donc en savoir plus que la commission d'enquête. Un véritable galimatias qui permet cependant à la Convergence d'essayer de faire avaler au public sa version très peu désintéressée. Tel Gérard Pierre-Charles de l'OPL/Convergence qui a conclu que «les rumeurs initiales de règlements de comptes entre dealers de drogue et de conflit interne n'en deviennent que des thèses plus solides».
En réalité, et comme on l'a montré la semaine dernière, il ne s'est point agi ni d'une tentative de coup d'État ni des autres hypothèses énumérées ci-dessus. Le gouvernement n'est point dupe, mais il préfère s'enfoncer la tête dans le sable et ne pas voir qu'à l'origine de ces événements, c'est le «laboratoire» qui entreprend des actions de harcèlement armé en renfort de la Convergence qui constitue son bras politique pour amener Fanmi Lavalas à la capitulation totale. D'ailleurs, comme on l'a déjà dit et répété, c'est la Convergence la seule bénéficiaire. D'autant plus que le gouvernement a été rapidement mis en demeure de libérer tous les suspects qui doivent servir à appuyer toute réédition de ces attaques. C'est une menace constante qu'on laisse planer sur Fanmi Lavalas au rythme de son acquiescement aux exigences.
Les anciens militaires, censés avoir mené les opérations du 28 juillet n'ont d'ailleurs éprouvé aucune difficulté à trouver protection de l'autre côté de la frontière avec armes et bagages et à être généreusement reçus et hébergés par les Forces armées dominicaines. Le ministre des Affaires étrangères Joseph Antonio peut toujours prétendre avoir déposé une demande d'extradition, à l'instar de leurs devanciers, les «Equatoriens» conduits par le commissaire Guy Philippe en novembre 2000, il est certain qu'il le fait pour la galerie et qu'il sait bien qu'il n'obtiendra point satisfaction. Car pour offrir aussi ouvertement son assistance à des criminels, les généraux dominicains font évidemment de la sous-traitance pour quelqu'un d'autre, sinon pour la CIA ou pour le Département d'État de Washington ou l'une de leurs succursales tel l'IRI qui finance la Convergence. Le ministre Joseph Antonio ne peut l'ignorer, car ne serait-ce que pour la forme, il aurait soumis cette affaire à une des instances internationales ou régionales si actives dans le dossier haïtien par ailleurs.
En résumé, pour montrer l'insignifiance des révélations du rapport de la commission d'enquête, il n'y a qu'à se reporter au bref communiqué qu'elle-même émettait le jour même de la conférence de presse du ministre Garry Lissade, où l'on peut à la suite de deux courts paragraphes lire en conclusion: «La commission propose dans le cadre de cette affaire, l'institution d'une nouvelle commission de support dont le rôle essentiel serait d'accompagner les autorités judiciaires dans la conduite de leur enquête, de désigner ou au besoin de privilégier des pistes, tenant compte des faits nouveaux ou de données nouvelles susceptibles de surgir à court ou à moyen terme.» Comme diversion, pour fuir la vérité et continuer sur la même et désastreuse pente, Fanmi Lavalas ne pouvait espérer mieux que cette nouvelle façon de dire que «l'enquête se poursuit»!