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Négociations: La Convergence regarde ailleursLa date d'arrivée de l'ambassadeur Sergio Romero Cuevas, représentant spécial en Haïti depuis le mois de juillet du secrétaire général de l'OEA, a coïncidé comme par hasard avec la journée des attaques menées contre plusieurs commissariats de police dans la capitale et en province. Romero Cuevas paraît pour sa part, quelles que soient les circonstances, avoir reçu mandat de reprendre les négociations pour aboutir à un accord entre Fanmi Lavalas et la Convergence. La dernière rencontre entre les protagonistes remonte au 15 juillet et ceux-ci avaient laissé l'impression de s'être quittés sur une note positive. On avait eu droit alors à des déclarations en apparence enthousiastes, une conférence de presse conjointe, etc. Tous les espoirs étaient donc permis d'un côté comme de l'autre à quelques détails près.
Mais prêter foi à ce qui n'était en réalité qu'un nouvel épisode, c'était vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué. Car la Convergence et ses tuteurs n'ont que faire d'un quelconque accord et ne veulent en venir qu'à une capitulation totale de Fanmi Lavalas suivant leurs propres termes. Et tous les moyens, paraît-il, leur sont bons pour parvenir à leurs fins.
En effet, Romero Cuevas donne nettement l'impression de quelqu'un qui reprend tout à zéro. La semaine dernière il a fait la navette, - pour la galerie? - entre la Convergence, la Présidence, Fanmi Lavalas et le groupe connu sous le nom d'Initiative de la société civile (ISC), sans même pouvoir fixer une date pour la relance des négociations qui, rappelons-le, étaient en passe d'aboutir il y a de cela à peine une quinzaine de jours. Face à ce nouveau blocage, un des représentants de Fanmi Lavalas, le ministre de l'Information Guy Paul n'a pu que reconnaître: «Ce n'est pas nous autres qui fixons les dates, ce sont les messieurs de l'OEA et du Caricom qui savaient fixer les dates, nous inviter. Donc, nous attendons qu'ils fixent la date, nous invitent à nous asseoir avec les gens de l'opposition.» En fait, ce que le ministre ne dit pas, et ce dont il doit pouvoir se douter maintenant, c'est que Fanmi Lavalas est déjà rendu trop loin dans sa soumission à la volonté de la macouto-bourgeoisie dans sa tentative de damer le pion sur ce terrain à ses adversaires de la Convergence. Cette dernière n'a point à manifester d'empressement, elle n'a qu'à feindre à chaque occasion de vouloir un accord, pour aussitôt se replier après avoir obtenu une énième concession.
«Le président Aristide s'est mis d'accord avec moi pour lancer un appel au calme aux gens parce que je pense qu'il faut avoir un bon environnement, un bon climat pour reprendre les négociations, pour trouver une solution à la crise politique qui affecte le pays depuis les élections du mois de mai dernier», a dit Romero Cuevas après sa visite au chef de l'État, avec qui, selon ses dires, il a discuté «du besoin de retourner au climat que nous avons eu jusqu'au 15 juillet lors de la dernière rencontre à la table des négociations...Je suis là pour recommencer les négociations et peut-être M. Enaudi ou M. Gaviria pourront venir».
Pas tout de suite, semble-t-il, puisqu'en effet, comme devait bien le savoir Romero Cuevas lui-même, il n'a pu convaincre ses amis de la Convergence à regagner la table des négociations. Les responsables de cette alliance ont su profiter du climat créé par les événements du 28 juillet pour se dérober. «On ne peut pas nous demander de négocier pendant qu'on fusille nos militants, pendant qu'on les arrête de façon arbitraire et illégale. Ce n'est pas acceptable. Il faut que monsieur Jean-Bertrand Aristide comprenne qu'il ne peut avoir le beurre et l'argent du beurre», s'est écrié l'ancien sénateur Paul Denis de l'OPL/Convergence.
En dépit de tout, n'ayant plus tellement de choix depuis qu'il a commencé à s'enfoncer dans ce tourbillon, Fanmi Lavalas s'est dit prêt à reprendre les négociations immédiatement et sans conditions. Cette sollicitude n'a rien pour émouvoir la Convergence, particulièrement le néo-duvaliériste Hubert de Ronceray qui ne cachait pas sa satisfaction suite à la récente visite d'une délégation de durs du Parti républicain comprenant: l'ancien président de ce parti David Akean, un congressman du Texas, l'ex-député de Washington D.C. Walter Fauntroy, entre autres. D'après De Ronceray les conversations se sont déroulées autour des points suivants: la situation générale d'Haïti, des considérations sur les élections haïtiennes de l'an 2000, ce que nous comptons faire pour la reprise des négociations, la question du nouveau gouvernement devant réaliser les nouvelles élections, la «campagne de terreur déclenchée par Lavalas» après les événements du 28 juillet. Ce renfort n'est point accidentel et De Ronceray et ses comparses sentent bien que leurs tuteurs sont en train de leur fournir de nouvelles armes. Il va sans dire que la délégation aura collecté le maximum de données pour qu'à son retour à Washington elle puisse informer qui de droit, envisager un encadrement international pour la Convergence et mettre en place une stratégie efficace, si ce n'est déjà fait.
C'est qu'en effet, les mercenaires de la Convergence ont toutes les raisons d'être optimistes pour le moment. Non seulement le Parti républicain les a financés et les finance encore pour constituer et maintenir leur alliance représentée par la Convergence, mais en plus ils ont à leur disposition des hommes d'expérience, placés aux premières loges, et capables de mettre sur pied les plus macabres machinations. Dans ce domaine, l'actuel secrétaire général adjoint de l'OEA n'est pas le dernier venu si l'on en croit cet article paru le 3 août dernier dans le Miami Herald qui, parlant de l'ancien chef du service d'intelligence péruvien Vladimiro Montesinos, bras droit de l'ex-président Alberto Fujimori, fait part que «des documents du gouvernement des Etats-Unis récemment déclassifiés montrent que le Département d'État et la CIA cultivaient des relations avec Montesinos depuis 1974 (...) et «malgré que Montesinos n'occupait encore que le grade de capitaine de l'armée, il avait été invité aux Etats-Unis du 5 au 21 septembre 1976, et avait rencontré Robert Hawkins à l'Office of Current Intelligence de la CIA, en compagnie d'officiers militaires et du vétéran chef du bureau de planification de la politique latino-américaine au Département d'Etat, Luigi Einaudi, maintenant secrétaire général adjoint de l'Organisation des Etats américains (OEA)». C'était à l'époque où Washington planifiait de renverser le président populiste et progressiste péruvien, le général Juan Velasco Alvarado... Luigi Einaudi allait encore faire ses preuves lors de la guerre non déclarée que Washington menait contre les sandinistes en confectionnant une opposition intérieure sous le nom de UNO appuyée par les groupes armés de la Contra basée au Honduras. Einaudi était à ce moment-là ambassadeur des Etats-Unis à l'OEA, et il déclarait, entre autres: «La situation économique du Nicaragua est très mauvaise et les forces de la résistance (les contras) demeurent un élément de l'équation. En conséquence il y a des raisons de croire que les sandinistes peuvent être renversés. C'est notre hypothèse de travail. C'est cette situation que nousessayons de provoquer.» (Témoignage devant une commission bipartisane pour des élections libres et honnêtes au Nicaragua. Washington D.C., 11-05-1989, cité par William I. Robinson dans son livre A Faustian Bargain, U.S. Intervention in the Nicaraguan Elections..., Westview Press, Inc., 1992). La Convergence a donc à présent toutes les bonnes raisons de regarder ailleurs en attendant que Fanmi Lavalas, qui s'est coupée de ses alliances populaires, fasse la concession finale où l'aura conduit son inconstance.