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8 au 14  Août  2001


Santo Domingo, base arrière de la Convergence?

Les événements du samedi 28 juillet 2001 ont évidemment alerté la population et elle attend encore de véritables explications. Des victimes, on en compte cinq morts et une quinzaine de blessés parmi les policiers, dont certains, comme le commissaire Cantave, abattus froidement par les bandits. Tentative de coup d'Etat, expédition punitive, règlements de comptes entre trafiquants de drogue, déstabilisation par l'opposition, manoeuvres politiques du pouvoir?; d'un côté comme de l'autre les hypothèses et les spéculations intéressées ou non ne manquent pas. Une commission d'enquête a été instituée, comme on devrait s'y attendre, par le gouvernement. Elle est composée du secrétaire d'État à la Sécurité publique, Jean-Gérard Dubreuil, de l'inspecteur général en chef et de l'inspecteur général de la Police, respectivement Harvel Jean-Baptiste et Freud Manigat; du commissaire du gouvernement Josué Pierre-Louis et de l'ex-général Wiltham Lhérisson. En attendant que cette commission en arrive à une solution ou une autre, le régime a recours à des moyens ponctuels pour pallier à la situation ainsi créée. «Je demande à tout le monde de rester calme et de ne pas vivre dans la peur... Nous condamnons tous les actes de violence et les crimes commis par les gens qui assassinent le peuple. Nous souffrons tous» a dit le président Aristide avant d'ajouter: «Nous travaillons à établir la paix dans le pays et nous voulons y maintenir un climat de sécurité... Des personnes ont été tuées. Nous ne pouvons tolérer cela... Nous ne les laisserons pas nous décourager. Nous ne les laisserons pas nous bloquer.» La police et la justice se sont mobilisées, particulièrement dans le Plateau Central. A la capitale un véritable remue-ménage a été opéré au niveau des cadres de la police: des hauts gradés ont déjà été interrogés par la commission d'enquête ou mis sous haute surveillance. C'est ainsi que le commissaire divisionnaire Mario Andresol est encore gardé à vue; le directeur de l'Académie nationale de police Jean Yonel Trécil à peine démis de ses fonctions a été arrêté; son successeur Max St-Joie a pu s'enfuir aux Etats-Unis alors qu'une mesure d'interdiction de départ avait déjà été prise contre lui. De nombreuses arrestations ont été effectuées dans le Plateau Central amenant des organisations de défense des droits humains comme le PHODDH et la NCHR à établir une commission d'enquête sur de présumées violations commises par les autorités. Une conférence de presse s'en est rapidement suivie au cours de laquelle cette délégation a fait état de la tension et du climat de terreur que feraient régner les agents du Cimo et de la Swat Team à Mirebalais, Belladères et Hinche, régions où les assaillants du 28 juillet auraient été particulièrement actifs. Le décès d'un ancien militaire dénommé Wilner Jean-Louis a été dénoncé par Simon St Hubert de la Plate-forme haïtienne des organisations de droits humains, qui a déclaré: «Suivant ces informations, il semblerait que ce fut une exécution sommaire», tandis que le porte-parole de la PNH Jean-Dady Siméon a dit qu'il avait été tué au cours d'échange de coups de feu avec les policiers qui le poursuivaient.

Mettant de l'huile sur le feu, l'ambassade des Etats-Unis a publié un communiqué en date du 2 août 2001 émanant, semble-t-il, de son gouvernement, dans le style comme pour couper la poire en deux, mais accablant sciemment le gouvernement Lavalas, et qui disait: «Les Etats-Unis condamnent les attaques perpétrées le samedi 28 juillet contre les installations de police et déplorent la violence et les pertes de vies humaines... Ces événements ne justifient pas les arrestations arbitraires, les détentions et les meurtres politiques qui ensuivirent. D'après la Constitution Haïtienne et conformément à un État de droit, toute personne a droit à un processus judiciaire juste, équitable et humain. Les Etats-Unis appellent le gouvernement d'Haïti à cesser les arrestations illégales et arbitraires et à mettre fin aux tueries...» Le ton ne pourrait être plus sévère et l'arrogance d'autant plus intolérable que l'ambassade se montre incroyablement circonspecte sur la véritable tuerie du 28 juillet. A remarquer en outre ce respect inhabituel manifesté envers la Constitution haïtienne et l'évocation d'un État de droit qu'elle est la première à saboter ici comme ailleurs... Le ministre de l'Information Guy Paul a réagi en ces termes: «Maintenant quand l'ambassade américaine vient avec une déclaration pour demander au gouvernement haïtien de cesser les arrestations illégales et arbitraires et de mettre fin aux tueries, là je pense qu'ils dépassent la mesure. Et il faudrait que l'ambassade ou bien l'ambassadeur particulièrement vienne nous dire exactement quelles sont les tueries qui ont été commises et quelles sont les arrestations arbitraires et illégales qui ont été faites», a-t-il déclaré pour demander en outre à l'ambassade de fournir «les preuves palpables et concrètes» pour étayer ses dires.

Mais tout cela laisse en dehors la question principale: quel était le véritable but des attaques du 28 juillet perpétrées contre les établissements de la Police? Car en dehors des «retombées» de ces événements, l'essentiel n'a point été abordé. Les membres du Conseil supérieur de la police ont répondu au grand complet le vendredi 3 août 2001 à la convocation du Sénat où l'ancien major, le sénateur Dany Toussaint aura voulu sans doute profiter pour étaler ses connaissances de stratégie militaire en lançant: «Quand il y a un raid, quel est son objectif? Est-ce pour une prise d'otages? Est-ce pour libérer des otages? Est-ce pour s'emparer d'armes? Est-ce pour détruire des moyens de communication? Quand il y a un raid, il y a des raisons le motivant. Disons que ce sont des anciens militaires; l'objectif en quelque sorte n'a pas été atteint», a-t-il prétendu. Et pourtant, on ne saurait être aussi affirmatif sur ce dernier point. C'est à peine si les différents intervenants ne laissaient comprendre que tout cela n'avait pas plus d'importance qu'un fait divers. Arrivé le jour des événements, le 28 juillet, le représentant de l'OEA, l'ambassadeur Sergio Romero Cuevas ne se gênait point pour sa part à assimiler le tout à des règlements de comptes. Des règlements de comptes dans quatre commissariats différents et très éloignés l'un de l'autre?

En réalité, comme on peut le constater, les présumées «victimes», le pouvoir Lavalas en l'occurrence, tout comme l'opposition continuent à jouer au chat et à la souris, le premier pour éviter de voir la vérité en face, et les autres pour ne pas devoir avouer ce qu'ils ne comprennent que trop bien et qu'ils pensent être à leur avantage. Et en fait les dirigeants de la Convergence démontrent bien leur jeu en clamant haut et fort leur thèse ridicule que les événements du 28 juillet sont le fait du pouvoir soit pour les harceler soit pour interrompre les négociations.

S'agissait-il alors d'une tentative de coup d'État? Hypothèse tout aussi absurde comme l'indiquait Ben Dupuy, secrétaire général du Parti populaire national (PPN) au cours d'une entrevue à Radio Soleil. Et il précisait que cette action se situait dans la même logique de harcèlement utilisée par Washington au Nicaragua (voir p. 6). En effet, les «contras» haïtiens auraient trouvé une base arrière idéale en République dominicaine où les militaires de ce pays se sont montrés particulièrement accueillants à l'endroit de dix d'entre eux jusqu'à présent. Et le quotidien Listin Diario ne peut s'empêcher de faire observer le côté paradoxal des déclarations du chancelier Tolentino Dipp qui «a précisé que les ex-militaires ne sont pas prisonniers, mais qu'ils sont là en qualité de détenus chez les Forces armées...» (Listin, 2-08-01). Situation encore plus énigmatique que tout en admettant qu'ils ne soient pas des réfugiés politiques, Tolentino Dipp n'avait pas encore en ce mardi 8 août pris aucune décision à leur endroit. On peut se remémorer en l'occasion des égards dont avaient été entourés les policiers séditieux, connus sous le nom des «Équatoriens», qui avaient fomenté des troubles en novembre 2000. Certains parmi eux ont pu revenir en toute quiétude en République dominicaine pour poursuivre la tâche de déstabilisation qui leur a été confiée. Si ce n'est le gouvernement dominicain, son armée, véritable État dans l'État, semble désormais représenter le fer de lance du Département d'État et de la CIA pour assumer l'intendance pour la déstabilisation dans la région. Par exemple, le président du Venezuela, Hugo Chàvez aurait accusé l'ex-président Carlos Andrés Pérez, qui s'en défendait, d'y trouver, à Santo Domingo, les ressources pour comploter contre son gouvernement. En outre, encore plus significatif, les anticastristes de Miami liés à la Fondation cubano-américaine paraissent avoir trouvé des oreilles particulièrement attentives dans ce pays. Ils y feraient désormais des va-et-vient fréquents. La semaine dernière encore, le quotidien Hoy annonçait qu'«un groupe d'exilés cubains connu sous le nom de «Projet Cuba» est arrivé hier en République dominicaine pour s'entretenir avec le président Hipolito Mejia dans le cadre d'une offensive diplomatique pour obtenir l'appui pour rétablir un système démocratique à Cuba... L'activiste cubano-américain a dit que son organisation offrira en échange de contribuer au développement économique de la République dominicaine...» (Hoy, 2 août 2001)

Il est évident que pour parvenir à ses fins, Washington, délaissant un éventuel et impopulaire plan d'intervention directe de l'armée dominicaine en Haïti, aura choisi pour l'instant une autre méthode en établissant dans le pays voisin une base arrière armée idéale pour ses sbires de la Convergence sur le modèle de l'UNO et de la contra au Nicaragua.

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