Négociations:
Où en est-on?Après la conférence de presse commune des frères ennemis de Fanmi Lavalas et de la Convergence le 15 juillet 2001, l'atmosphère politique s'est quelque peu détendue. Vu qu'ils étaient arrivés présumément à deux doigts d'un accord politique, on ne les a plus entendus depuis lors s'accuser mutuellement sur les ondes d'un quelconque blocage des négociations. Serait-ce la «trêve des braves»? Divers autres secteurs à l'affût sont ainsi devenus encore plus avides d'une entente définitive entre les protagonistes. C'est ainsi que la société civile proche de la Convergence a manifesté son impatience face à l'imminence d'un accord correspondant à la capitulation totale de Fanmi Lavalas. «Nous avons souhaité, après la deuxième ronde de négociations à l'hôtel Montana, pouvoir aller un petit peu plus vite; car nous pensions reprendre les discussions de façon formelle puisque le temps presse», a dit Edouard Paultre de la Fédération protestante/Initiative de la société civile. En effet, depuis le 15 juillet les parties en conflit ont parlé de la reprise des négociations sans avancer de date précise. Le départ du président Aristide pour une visite officielle à Cuba avec ses principaux mandataires, tels les sénateurs Neptune et Gilles, aura sans doute retardé un dénouement. Cependant on ne saurait jurer qu'à ce stade des relations au beau fixe entre les adversaires, qu'ils n'aient eu le loisir de communiquer par téléphone?
En fait Mario Dupuy du bureau de communication et de presse du Palais national a voulu éclaircir au début de cette semaine un peu les choses en ces termes: «Il faut trouver un moment qui arrange toutes les parties, donc c'est ce qui est en train de se préparer pour l'instant. Ce ne sera pas trop long, nous espérons tous que dans le meilleur délai possible les discussions pourront reprendre et aboutir à un accord, une solution définitive.» Pour sa part le président Aristide disait à son retour, toujours à l'aéroport: «La réponse ne dépend pas uniquement du président; elle dépend de la bonne volonté, de la bonne foi de tous les concernés... Imaginez-vous que nous bloquons le pays, nous nous croisons les bras, nous attendons que les négociations aboutissent à un accord pour dire alors que la machine du pays va redémarrer. Ce serait montrer un certain sous-développement humain.»
Ces «progrès» n'émeuvent point certains pays dits «amis d'Haïti» qui en attendent sans cesse davantage de Fanmi Lavalas, exhortant toujours les Haïtiens à «dialoguer» pour sortir le pays de l'impasse, sans jamais questionner l'inflexibilité de la Convergence. Le Japon, comme les autres, conditionne la reprise de la coopération avec Haïti à la résolution de la crise. «Nous attendons depuis longtemps, une fois que la crise est résolue, alors bien sûr que nous sommes prêts... notre financement. Je déploierai mes efforts pour approfondir notre coopération économique en faveur d'Haïti», a déclaré le chargé d'affaires japonais Kandji Kitanzawa.
Façon de dire à cette opposition fabriquée par la communauté internationale à travers l'Institut républicain international (IRI) qu'elle peut et doit se montrer encore plus exigeante. La Convergence ne demandait pas mieux et, à chaque fois qu'on pense que le spectacle est terminé, elle augmente son cahier de revendications: date des élections, environnement politique et administratif, calendrier de départ des élus du 21 mai, suivi par l'OEA en ce qui a trait au respect de l'accord, libération préalable de «prisonniers politiques», etc. Même que le leader de la KID/Convergence en a rajouté une de son cru: «Autant de raisons, a dit Evans Paul, qui expliquent qu'il n'y aura pas de véritables négociations avant que les dirigeants de l'OEA reviennent dans le pays.» On se rend ainsi bien compte qu'avec ces affaires de «prisonniers politiques», d'«exilés politiques» et autres, le Parti populaire national (PPN) n'avait que trop mis Lavalas en garde contre le jeu de la Convergence consistant à exiger plus une fois les premières exigences satisfaites. Cet Evans Paul a également révélé qu'une réunion se tiendra à Washington le lundi 30 juillet pour faire un bilan des négociations et dégager des perspectives. A ce sujet, il estime que la communauté internationale doit continuer à s'engager dans ce dossier, et surtout assurer le suivi quant au respect de tout éventuel accord. Pour combler son attente est arrivé le lundi 23 juillet à Port-au-Prince, en la personne de Romero Cuevas, un représentant spécial du secrétaire général de l'OEA César Gaviria. Avec l'arrivée de Cuevas, qui serait porteur de nouvelles consignes de l'OEA/Washington, la Convergence a aussitôt annoncé que les négociations reprendraient cette semaine.
Entre-temps, la Première dame Mildred Trouillot Aristide trouvait effectivement injuste que les bailleurs de fonds conditionnent la coopération économique à la résolution de la crise. «Ce n'est pas une chose politique, c'est une affaire humanitaire. C'est une force pouvant permettre au gouvernement de sortir de la situation économique actuelle, afin de mettre en oeuvre le plan d'action gouvernemental. Donc, moi je crois, ça c'est mon opinion, qu'il n'est pas juste de lier la crise politique à l'aide au gouvernement car nous avons fait ce qui est nécessaire pour débloquer la crise», a dit madame Aristide dans une interview accordée à la radio des Nations unies.
De son côté, dès son retour de Cuba, le vendredi 20 juillet à l'aéroport international de Port-au-Prince, le président Aristide avait estimé qu'on ne saurait attendre la fin des négociations pour rouvrir la vanne de l'hypothétique aide à son pays qui, selon lui, n'aurait d'autre alternative de «développement humain». Et dire qu'émerveillé par les réalisations du gouvernement socialiste de Cuba, Aristide s'était écrié par la même occasion: «Tande ak wè se 2» (Entendre parler d'une chose c'est une chose, la voir de ses propres yeux c'en est une autre). Pourtant ces réalisations merveilleuses du régime castriste ont eu lieu pendant les 40 ans d'embargo économique cruel que les Etats-Unis d'Amérique lui ont imposé. D'où on ne saurait, pour répéter les termes d'Aristide, «se croiser les bras», en soupirant après une promesse d'aide fallacieuse qui ne viendra jamais même après les plus grandes concessions, les plus humiliantes génuflexions au pied de l'impérialisme. Après s'être vidé de tout son contenu populaire, Aristide s'en rendra-t-il compte?