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25 au 31  Juillet  2001


Crise dans les mairies!

Les conflits au sein des conseils municipaux de la zone métropolitaine existaient même avant leur investiture au milieu de l'année 2000. Néanmoins depuis la dissolution du conseil municipal de la Croix-des-Bouquets et son remplacement par une commission nommée par arrêté présidentiel, les bruits de détournements de fonds, de manquements à la déontologie administrative se sont amplifiés. À tel point que les élus issus du Parti Fanmi Lavalas ne peuvent plus se retenir de laver le gros linge sale en public.

Le dernier scandale en date concerne deux millions de gourdes que le maire principal de Port-au-Prince aurait tiré sur les comptes bancaires de l'édilité à l'insu des maires-adjoints Luckner Momplaisir et Harold Sévère. Marie-Yves Pomponneau Duperval serait incapable de produire les pièces justificatives correspondant à ses débours. Ses adjoints en sont arrivés à se plaindre auprès du Parlement et du ministère de l'Intérieur, plus précisément le député de la 3e circonscription Simpson Libérus, originaire comme eux du quartier de Martissant. « Moi, je dis que nous n'accepterons pas de désordre; c'est que nous de l'organisation Fanmi Lavalas sommes pour l'unité. Nous n'accepterons pas qu'un maire se croie tout-puissant et effectue des détournements de fonds, a dit Libérus; il appartient à l'Etat de demander à la Cour supérieure des comptes de réaliser un audit. Si l'audit révèle que les maires n'ont pas fait de détournements de fonds ou autres choses de ce genre, ils seront maintenus à leurs postes, sinon ils connaîtront le sort du cartel de la Croix-des-Bouquets.»

S'il a fallu cette dernière affaire pour soulever le couvercle, ce n'est pourtant pas d'aujourd'hui que le feu couve. Dès l'entrée en fonction de ce conseil communal, un vent de division soufflait à l'hôtel de ville de Port-au-Prince à cause des conflits concernant les attributions de tâches: droit de signature, nomination du personnel administratif, répartition de tâches, etc. A plusieurs reprises, les maires-adjoints, au lieu de s'adresser au ministère responsable, celui de l'Intérieur, ont porté plainte auprès du président Jean-Bertrand Aristide qui avait même entendu les belligérants. Peine perdue, car on voit mal comment un président de la République pourrait personnellement résoudre tous les conflits latents et à venir en dehors d'une structure adéquate et fiable.

En effet, ne pouvant s'entendre, chaque membre du conseil détient désormais ses propres sceaux, tampons et papiers à en-tête; le maire titulaire siège à l'hôtel de ville tandis que les deux assesseurs ont ouvert leurs bureaux «provisoirement» à l'annexe de la Direction générale des impôts. Selon ces derniers, la présence de madame Duperval à l'hôtel de ville empêche la restauration de ce local vétuste qui ne cadrerait pas avec la nouvelle place publique moderne se trouvant en face. Madame Duperval n'est point restée muette face aux accusations et a déclaré: «Les autres membres du cartel racontent n'importe quoi, je suis l'une des personnes les plus honnêtes à la mairie de Port-au-Prince.» Elle a aussi promis des éclaircissements que l'opinion attend impatiemment. Elle a aussi contre-attaqué en rendant publiques de présumées malversations effectuées par ses deux collègues: «Quand des plaques d'immatriculation de véhicule sont saisies par des agents de la mairie, j'ai reçu noir sur blanc des appels téléphoniques des membres de la société me disant que le montant versé pour la récupération de ces plaques est encaissé au bureau des maires-adjoints, où ils ne reçoivent aucun recu légal. Ces sommes versées ne sont pas encore rentrés non plus dans les caisses de la mairie. Il faut y remédier sans délai. L'argent est souvent perçu personnellement par les adjoints dans les marchés, au cimetière, alors qu'il y a un service légal prédisposé à cet effet», a dit la mairesse qui en a profité pour faire une profession de foi: «Il m'incombe particulièrement de lutter contre la corruption, le gaspillage des biens de l'Etat et le désordre, de maximiser également l'utilisation des ressources communales pour que le conseil ne s'écarte pas de la ligne tracée par le président Jean-Bertrand Aristide.» Ne s'arrêtant point là, elle sortait le 4 juillet dernier ses archives pour demander contre ses assesseurs à la Cour supérieure des comptes d'effectuer un audit sur l'organisation du Carnaval 2001. «Les maires-adjoints ont été mécontents de cette demande. En témoigne une correspondance du 13 juillet de cette année que ces derniers m'ont adressée. Ils avaient des représentants à tous les stades du processus organisationnel de ce carnaval.»

Quel est le plus coupable des trois? Pour sûr il est bien difficile de démêler cet écheveau. Malheureusement, entre-temps, ce sont les citoyens qui paient les pots cassés. Car tandis que les édiles municipaux s'exhibent, les immondices s'accumulent dans les rues de la zone métropolitaine. Même le marché de la Croix-des-Bossales, récemment restauré, offre un spectacle désolant en plein coeur de la capitale. Celle-ci n'est point la moins bien lotie, car les autres municipalités de la zone métropolitaine sont logées presque à la même enseigne. Ainsi à Delmas, le maire titulaire Maxon Guerrier fait face à une fronde de la part d'un des assesseurs qui lui reproche la corruption et la gestion autocratique de la commune. En outre, comme à Carrefour, les employés municipaux, notamment les gagne-petit du service de la voirie réclament incessamment de nombreux mois d'arriérés de salaires. Le maire Maxon Guerrier avait annoncé pour le lundi 22 juillet le paiement de 3 mois, tout en rappelant, «à sa décharge» qu'une situation harmonieuse n'a jamais régné au sein des conseils municipaux et qu'une entente a tout de même pu être trouvée entre ses assesseurs et lui-même sur la gestion de l'administration municipale.

Pour comble, l'administration des mairies serait tellement pourrie que l'ex-maire de Port-au-Prince et un des leaders de la Convergence démocratique Evans Paul alias K-Plim a cru pouvoir donner des leçons en déclarant: «Il faut des décisions gouvernementales, il faut changer l'approche de l'Etat en ce qui a trait à la gestion des mairies à court terme. Il faut également faire attention en ce qui a trait au choix des personnes formant les conseils municipaux. Mais à moyen terme ou à long terme, il faut changer le concept de conseils municipaux - et c'est un lieu fertile de conflits inutiles, cela ne marche pas - ou bien il faut mieux définir les rôles. Moi j'ai envisagé la possibilité qu'il y ait des maires-adjoints délégués à tel type d'activités pour que la fonction du maire-adjoint soit claire.» A rappeler que pendant son mandat (1991-1995), Evans Paul avait mené la guerre contre son assesseur Gérald Salomon et que la situation de gabegie qui régnait alors n'avait rien à envier à l'état actuel des lieux.

Pour en revenir à l'actualité, à Pétion-Ville par exemple où le conseil municipal paraît plus ou moins uni, l'administration n'en est pas exemplaire pour autant, comme en fait foi la récente manifestation des employés qui réclamaient sept mois d'arriérés, dénonçant par la même occasion le comportement des responsables de cette mairie: «Quand ces messieurs se rendent aux TPTC pour prêter un appareil afin d'enlever les immondices, ils assignent les matériels à leurs services privés», s'est écrié un manifestant. Le maire principal Sully Guerrier a déclaré justes les revendications des employés tout en déplorant, cependant, le fait que ses démarches auprès des ministères des Finances et de l'Intérieur soient restées vaines. De son côté le maire de Carrefour, Saurel Noël, a révélé qu'une commission spéciale a été créée au ministère de l'Intérieur en vue de traiter le dossier des arriérés de salaires. Le ministre Henry-Claude Ménard a ainsi indiqué que pour certaines mairies de la zone métropolitaine, le paiement des arriérés de salaires est à l'étude. Pourvu que les responsables ne se montrent pas trop studieux trop longtemps!

Arriérés de salaires, conflits d'autorité, détournements de fonds, vente illégale des terres du domaine privé de l'Etat, mauvaise gestion, voilà autant de maux qui accablent nos communes où il n'existe aucun projet de développement. Qu'en est-il alors des promesses d'appliquer à la lettre le programme du Parti contenu dans le fameux livre blanc «Investir dans l'humain»?

C'est qu'après tout les modèles et les exemples font grandement défaut à ces jeunes loups de la nouvelle génération d'hommes et de femmes politiques. Comment peut-il en être autrement, en effet, quand le ministre du Commerce et de l'Industrie Stanley Théard a pu rester à son poste quand les preuves de ses détournements de 4,5 millions de dollars ont été publiquement établis?

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