10 millions pour un lobbyiste,
rien pour les rapatriés!Une vingtaine d'enfants haïtiens âgés de 6 à 13 ans ont été refoulés en Haïti par les autorités dominicaines le lundi 9 juillet 2001. Arrêtés alors qu'ils essuyaient les vitres de voitures et s'adonnaient à la mendicité dans les rues de Santo Domingo, ils ont été tout bonnement relâchés au poste frontalier de Malpaso après une ou deux nuits d'incarcération. Ils n'étaient accompagnés d'aucun parent et aucun représentant de l'Etat haïtien n'était là pour les accueillir. Certains d'entre eux ont donc été recueillis par des passagers charitables ou par le GARR (Groupe d'appui au réfugiés et rapatriés). «Ils ont passé la nuit du lundi quelque part à Fond-Parisien, puis le mardi matin nous avons fait diligence afin de les renvoyer chez eux. Puisqu'ils nous avaient expliqué d'où ils sont originaires exactement: la zone de Puilboro. Nous avons pu trouver quelqu'un de rapatrié qui s'y rendait, et nous les avons envoyés avec lui», a expliqué la responsable du GARR, Colette Lespinasse. Des organisations dominicaines de défense de droits humains comme l'Aprodema ont révélé l'existence d'un réseau employant des femmes et des enfants venant d'Haïti pour s'adonner à la mendicité dans les grandes villes touristiques dominicaines. Confirmant l'information, la GARR estime nécessaire de rechercher ces malfaiteurs qui opéreraient dans les zones de Pilate, Plaisance et Puilboro pour les punir conformément aux lois.
D'autre part, les autorités bahaméennes ont rapatrié ces derniers jours 457 haïtiens, dont 274 sont arrivés le mercredi 11 juillet 2001, à l'aéroport international de Port-au-Prince. Beaucoup d'entre eux vivaient dans ce pays depuis 5 ans et ont été appréhendés sur les lieux de travail ou encore chez eux assez tard dans la soirée. Plusieurs d'entre eux ont déclaré avoir subi des mauvais traitements, bastonnades et gifles de la part des gendarmes bahaméens au moment de l'arrestation ou pendant leur incarcération. Ces réfugiés ont été accueillis à leur arrivée par des responsables de l'ONM (Office national de la migration) et du ministère de l'Intérieur. A remarquer que ces rapatriements surviennent peu après la visite du chef de l'Etat haïtien aux Bahamas ou il participait au 22e sommet de la Caricom. La communauté haïtienne des Bahamas lui avait réservé un accueil des plus chaleureux.
Par ailleurs, selon l'agence de presse Reuters, un bateau d'une capacité de 15 passagers mais qui en transportait 93, a coulé la semaine dernière au large d'une île des Bahamas. Onze passagers ont péri. La même semaine les gardes-côtes des États-Unis ont repêché un autre groupe de 183 à bord d'un voilier de 40 pieds. Une semaine plus tôt c'était la Bahamian Navy qui secourait 25 voyageurs haïtiens. Quatre de leurs compagnons devaient périr au cours de la traversée.
Alors que la misère et non la répression politique comme le prétendent certains organes de presse mal intentionnés, pousse les Haïtiens à prendre le large, on apprend avec beaucoup d'étonnement que le gouvernement aurait engagé des firmes de lobbyistes aux États-Unis. Ces firmes auraient comme mandat de convaincre les parlementaires américains afin qu'ils aident le gouvernement haïtien à obtenir le déblocage de 500 millions de dollars d'aide externe gelés par les institutions financières internationales comme la Banque inter-américaine de développement (BID). Cinquante mille dollars us. sur une période de 8 mois, ce qui fait 400 mille dollars ou environ 10 millions de gourdes, voilà la rondelette somme qu'empochera la firme Patton Boggs de Washington. Cette firme est enregistrée au ministère de la Justice des États-Unis comme un agent du gouvernement haïtien. Selon le ministère, la firme «a accepté d'assister le client étranger dans ses relations avec l'administration, le congrès des États-Unis et certaines organisations multilatérales dans le but d'obtenir le soutien des États-Unis pour la libération de l'aide étrangère par l'OEA et la BID».
Ira Kurzban, un avocat de Miami qui travaille pour le gouvernement haïtien,estime que ces démarches d'Aristide auprès des autorités de Washington sont justifiées, compte tenu que la coupure de l'aide externe «a des conséquences directes... en termes de perte de vies humaines. Il y a des gens qui n'ont pas ainsi accès aux soins de santé en Haïti». Toutefois, des personnalités comme James Morel du Center for international policy, un centre d'études libéral de Washington D.C., a déclaré que ces efforts de lobbying «sont un peu cyniques». Selon eux le pays le plus pauvre de l'hémisphère occidental n'a point les moyens pour se payer le luxe de telles démarches. Il est faux de croire que le commun des mortels, s'attend à un quelconque déblocage qui serait le résultat d'un quelconque lobbying.
Assez clairvoyant, le peuple sait et constate avec tristesse et réalisme que cette nouvelle entreprise du gouvernement s'inscrit, dans la même dynamique que tous ces projets sans lendemain qu'entreprend le pouvoir en Haïti, qu'il est toujours laissé pour compte et que tous ses besoins passent toujours au dernier plan et que s'il n'en peut plus de crever chez lui, il n'a qu'à aller crever ailleurs. Il ne reste qu'à souhaiter que le contrat conclu entre la firme Patton & Boggs prévoit une clause de paiement conditionnelle aux résultats obtenus!