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11 au 17  Juillet  2001


CARICOM:
Haïti au centre des débats

Le président haïtien Jean-Bertrand Aristide est rentré à la capitale le vendredi 6 juillet 2001 en provenance de Nassau, Bahamas, où il venait de participer au 22e sommet annuel des chefs d'Etat et de gouvernement de la Caricom. Outre l'ordre du jour, tel que l'utilisation rationnelle et commune de leurs ressources limitées face à la mondialisation, les dirigeants de ces quatorze petits pays de la Caraïbe entendaient également rencontrer le président haïtien autour de la dite crise dans son pays. Retirés le jeudi 5 juillet loin de Nassau la capitale des Bahamas, le sujet aurait été longuement débattu. Aristide a expliqué à ses pairs ses nombreux efforts, ses nombreuses concessions à l'opposition afin de parvenir à une fin de crise. Un dirigeant caribéen lui a même demandé ce qu'il avait obtenu en retour. Comme de fait, il a dû reconnaître que ses démarches ont été vaines et que la Convergence était restée de marbre.

Il semble que ces discussions auraient porté fruit et que la Caricom se démarquerait apparemment de la position plus qu'ambiguë de l'OEA. En effet, dans une déclaration intitulée «Renforcer Haïti en démocratie», les dirigeants caribéens ont déploré la suspension de l'aide sous prétexte de la controverse post-électorale. «La solidarité de la Caricom et de la communauté internationale est de toute urgence nécessaire pour traiter la tragédie humaine qu'endure le peuple haïtien», a déclaré le Premier ministre des Bahamas Hubert Ingraham. Ils ont ainsi lancé un appel à la communauté internationale pour que celle-ci apporte à Haïti, membre provisoire de la Caricom, l'assistance aussi bien financière que technique qui en fera un membre à part entière. Ils ont aussi fait remarquer que la principale victime de cette situation est le peuple haïtien, en tentant toutefois d'arrondir les angles pour ne pas discréditer totalement les simulacres de négociations politiques conduites par l'OEA, en prétendant que les élections haïtiennes s'étaient en effet «mal déroulées».

Évidemment, beaucoup d'autres facteurs ont joué quant à la position exprimée par les chefs de gouvernement de la Caraïbe, comme la crainte de l'afflux de réfugiés en provenance d'Haïti. Pour sa part, les Bahamas où se déroulait le sommet compte une population d'origine haïtienne de plus de 50 000 âmes, soit près de 20 % de la population de ce pays. Le président dominicain Hipòlito Mejìa, quant à lui, n'avait point intérêt à aller à l'encontre des autres convives, d'autant plus qu'il courtise leur appui face au Mexique pour la candidature de son pays comme membre non permanent du Conseil de sécurité de l'ONU. Justement le président mexicain Vicente Fox était présent pour la journée du vendredi 6 juillet où il a annoncé qu'il doublerait le financement pour les programmes techniques et scientifiques aux pays de la Caraïbe: «Je viens ici, au nom du Mexique, pour réaffirmer notre engagement avec le Bassin des Caraïbes», a dit Fox qui s'est réuni avec les dirigeants des Bahamas, de la Jamaïque, de Guyana et de Trinidad. Le Premier ministre bahaméen, Hubert Ingraham, qui présidait le sommet, a semblé montrer en affichant son propre appui à Fox, que le Mexique avait la préférence face à la République dominicaine.

D'autre part, on ne sait dans quelle mesure l'accueil fait par les Haïtiens des Bahamas au président Aristide aurait influencé les autres dirigeants caribéens. Cependant, dès l'arrivée de celui-ci le mercredi 4 juillet, une très grande foule était là pour le recevoir et l'ovationner à l'aéroport. Et plus tard, ils étaient près de dix mille à se presser à l'intérieur et devant l'auditorium de Church of God de New Providence plein à craquer, où le président haïtien prenait la parole.

Donc c'est fort d'un appui relatif, conséquence en grande partie de l'indépendance que les pays de la Caricom veulent s'assurer par rapport aux menées des «courtiers» de Washington, en l'occurrence l'OEA, que le président haïtien est revenu au pays. Sans doute les dirigeants caribéens auront voulu aussi lui lancer un message pour qu'il s'affranchisse quelque peu de la lourde tutelle exercée par la communauté internationale.

En laissant le pays deux jours plus tôt, Aristide avait promis de réactiver le processus de négociations. «Je vais évaluer ce qui s'est fait pendant mon absence et ce que je vais faire à Nassau. Puisque ce que je vais faire à Nassau n'est pas déconnecté du dialogue pour nous sortir de la crise. Et nous espérons que les conditions seront réunies pour nous asseoir avec eux comme nous l'avons toujours souhaité», avait dit le président qui avait envisagé même sa présence physique aux négociations. En fait il n'aura pas semblé vouloir trouver d'autres solutions que de poursuivre son match avec ses vis-à-vis de la Convergence. A la question de savoir si Lavalas va accéder aux demandes d'annulation complète des élections du 21 mai, le chef de l'Etat a quand même réagi ainsi: «Des discussions sont en cours avec les bases du Parti, car nous ne pouvons pas renvoyer nos élus sans les consulter.» Pourtant avec ou sans consultation Aristide devrait savoir qu'il n'a pas à négocier le vote populaire.
 

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