Actualité politique
La corruption fait tache d'huileLa police et la justice, les deux principales institutions chargées de combattre la corruption sont aujourd'hui au coeur de plusieurs scandales, qui viennent s'ajouter aux égarements traditionnels d'un système judiciaire fonctionnant déjà à vau-l'eau. C'est ce qui apparaît dans cette nouvelle affaire de 700 mille dollars envolés après avoir été saisis par la police à l'aéroport international. A côté de deux hauts gradés de la Police, le directeur de la police judiciaire Shiller Louidor et son collègue le commissaire Ralph Olivier, les noms des sénateurs de la Grand'Anse Lans Clonès et Gérald Gilles ont été cités dans la disparition de cette somme. Ce à quoi, le sénateur Lans Clonès a cru devoir répondre: «Ni moi ni le sénateur Gilles, je puis parler pour lui car c'est un ami à moi. C'est avec lui que je fais de la politique, on est toujours ensemble. Nous avons appris cette information par voie de presse... Je pense que la source qui pourrait peut-être vous donner plus d'informations là-dessus, c'est la police. Mais ce que je vais préciser pour toutes les stations de radio, pour tout le monde c'est que les sénateurs Lans et Gilles ne travaillent pas à la Police nationale; ils ne savent rien de ce qui se passe à la Police nationale. S'il y a quelque chose qui est survenu au Parlement et qu'on vous dise que les sénateurs Gilles et Lans y sont impliqués... Nous ne savons rien de ce dossier, c'est par la presse que nous en avons eu vent.» Son confrère Gérald Gilles a évoqué l'idée d'une commission d'enquête afin de rétablir la vérité. En effet il est un peu tôt pour propager des rumeurs et salir la réputation de ces deux parlementaires, et l'on croit bien qu'eux-mêmes n'auront de cesse de ne pas laisser traîner les choses pour aider les autorités à faire toute la lumière sur cette affaire. Du côté de la Police nationale, son porte-parole Jean Dady Siméon a dit pour sa part attendre l'ordre et les conclusions de l'Inspection générale de la PNH avant d'en informer le public. Mais déjà l'on a appris que plusieurs policiers de la BLTS (Brigade de lutte contre le trafic de stupéfiants) et de la DCPJ (Direction centrale de la police judiciaire) ont été mis en garde à vue.
Mais, plus grave encore, le Parlement serait littéralement «assiégé» par des allégations d'une corruption qui y aurait fait son nid. On avait déjà connu durant la Législature précédente les cas d'au moins quatre députés de l'OPL de Gérard Pierre-Charles inculpés soit pour trafics de drogue, de visas ou tout simplement pour vol qualifié, et on avait tout intérêt à croire que c'était révolu. Loin de là, semble-t-il, car le pli est pris et sénateurs et députés ne seraient pas loin de penser, comme l'exemple en a été fourni par de tout récents événements encore en cours, se trouver au-dessus de la Loi et bénéficier d'une immunité et d'une impunité à toute épreuve.
Car, précédemment une autre affaire éclaboussait la Chambre basse. Il s'agissait d'un présumé détournement de 18 millions de gourdes au bureau de la Chambre des députés pour lequel des explications satisfaisantes n'ont pas encore été fournies jusqu'à présent. «Je rappelle qu'il y avait une question d'article 12 qui stipule que le bureau devrait présenter un bilan: bilan sur toutes leurs dépenses, sur tout ce qu'ils entreprennent, achats d'équipements, un ensemble de choses pareilles. C'est l'article 12 qui le dit, jusqu'à présent ils n'ont pas remis un tel rapport», a indiqué le député de la troisième circonscription de Port-au-Prince Simson Libérus qui a poursuivi: «Tous ceux qui détournent des fonds de l'Etat sont des voleurs. C'est certain. Le «zéro tolérance» doit s'appliquer partout. La balle est désormais dans le camp de la justice.» Ce ne sont donc pas simplement des «rumeurs». En effet, à l'ouverture de chaque session parlementaire, les bureaux (de la Chambre des députés et du Sénat doivent présenter les bilans de leurs gestions administratives.
Au sein même de la justice, la situation est loin d'être rose. La révocation du juge d'instruction Jean Sénat Fleury et du substitut du commissaire du gouvernement Elco St Armand fait encore du bruit. Ils sont accusés d'avoir volé des bijoux et exigé un pot-de-vin de 1,5 million de dollars contre la libération de suspects dans une affaire de drogue. La perquisition opérée avec l'assistance d'un commissaire de police hors de sa juridiction a été jugée illégale par le ministre de la Justice. Mais la magistrature haïtienne a déclaré illégale cette révocation effectuée par le ministère qui a fait fi de la procédure régulière dans de tels cas, c'est-à-dire sans passer par le Conseil de la magistrature. Et le juge Fleury a pour sa part accusé le ministre Garry Lissade de protéger les trafiquants de drogue, et s'est demandé à quoi servira une commission d'enquête puisque la sanction a été déjà prise contre lui. L'opinion en effet s'interroge sur la raison qui a poussé le ministre Lissade à agir aussi rapidement alors que dans d'autres affaires tout aussi, sinon beaucoup plus graves, il prendrait un malin plaisir à traîner les pieds.
Mais surprise ou coup de théâtre, l'un des magistrats accusés, le substitut Elco St Armand a paru se désolidariser du juge d'instruction Jean Sénat Fleury. Dans une conférence de presse le 4 juillet, il a mis en question la légalité de la perquisition à laquelle il avait bel et bien participé: «Le fait que le juge Jean Sénat Fleury, toutes les informations dont nous disposons, son mandat comme juge d'instruction avait pris fin, - ne soit référé au 1er juin 2001, cela veut dire qu'il y a un doute. Ce doute, seul le juge Jean Sénat Fleury peut l'élucider. 2. l'article 49 est clair, c'est le greffier attaché au cabinet d'instruction a le droit de se présenter sur les lieux d'une perquisition effectuée par le juge d'instruction. Toutes les déclarations faites à la presse par Jean Sénat Fleury, il y a toujours fait état de mon innocence en ce qui a trait au fond du dossier. Mais je me confine toujours à la forme, le greffier affecté au cabinet d'instruction du juge Jean Sénat Fleury, je ne le connais pas», a-t-il déclaré pour se tirer d'affaire, rendant la situation plus intrigante. Car pourtant, quand il avait été invité à accompagner le juge pour la perquisition, St-Armand avait volontiers fait abstraction de tous ces textes de loi qu'il récite si aisément à présent.
Jean Sénat Fleury ferait-il les frais d'une machination visant à le coincer seul? Saint-Armand avait précédemment donné une conférence de presse conjointement avec lui pour clamer l'illégalité de leur révocation. Pour sa part le greffier Pierre Gérard Deshommes a dénoncé sur les ondes de Radio Haïti Inter une tentative de subornation de la part du ministre de la Justice Garry Lissade et de son directeur général. «Ce qui m'a amené ici c'est parce que je veux dire que ce matin je suis arrivé à mon bureau au Palais de justice, le greffier en chef m'a dit que je suis convoqué à la Direction générale du ministère de la Justice. Quand j'y suis arrivé, le ministre et le directeur général ont exercé des pressions sur moi pour que je dise n'avoir pas été présent lors de la perquisition. Il m'a dit que le commissaire Elco a déjà accepté la compromission, il aurait même présenté son rapport au ministre. Et quand je sais tous les malheurs pouvant m'arriver! Il m'a demandé de donner un certificat disant que la perquisition effectuée à Belvil... illégale et que je n'étais pas là».
Donc, un nouveau chassé-croisé pseudo-juridique se dessine, à moins que le ministre Lissade daigne finalement comprendre son rôle de ministre de la Justice et fournisse de vraies explications; ce dont il n'a pas l'habitude, préférant laisser mourir les choses à l'usure.