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4 au 10  Juillet  2001


Négociations:
Nouvel échec ou
nouvelle étape...?

Le secrétaire général de l'OEA César Gaviria est revenu au pays le samedi 30 juin, sans doute dans l'intention de finaliser les négociations pour la formation du nouveau CEP à la veille de la nouvelle date limite du 1er juillet. Trois jours plus tôt il était retourné avec sa délégation à Washington, et son rapide retour devait laisser l'impression qu'il venait mettre la dernière touche à son oeuvre.

Mais une fois encore, suivant un scénario désormais bien connu, avec quelques retouches, les négociations autour de la formation notamment d'un nouveau Conseil électoral provisoire (CEP) se sont à nouveau soldées par un échec. Son secrétaire adjoint Luigi Einaudi a mis fin le 3 juillet aux discussions en cours à l'hôtel Montana, sans qu'une entente finale n'ait pu être trouvée entre les principaux protagonistes: Fanmi Lavalas et la Convergence démocratique. Tandis que les deux parties se rejetaient le blâme, un représentant du secteur privé, l'industriel Gérard Bailly, a habilement fait observer qu'au demeurant la formation d'un nouveau CEP ne répondrait qu'à une partie du problème. En fait il n'a fait que reprendre en d'autres termes la position de la Convergence qui n'a jamais cessé de s'accrocher à son «option zéro», tout en feignant de vouloir négocier.

En effet la Convergence soutenue en ce sens par les représentants de la société civile de la bourgeoisie a pris comme prétexte de son entêtement que le mandat du CEP reste dans le flou. Fanmi Lavalas, de son côté, qui désormais joue à fond le jeu de l'impérialisme, s'est arc-bouté à la résolution de l'OEA de San José, qui avait accepté les propositions du président Aristide, à savoir: des élections à la fin de cette année 2001 pour les sept sièges contestés au Sénat, et des élections anticipées en novembre 2002 pour les 83 députés et un tiers du sénat qui verraient ainsi leur mandat réduit de deux ans. La Convergence n'avait jamais reconnu cette résolution de l'OEA qui selon elle serait le résultat d'un accord fermé entre Lavalas et l'organisation hémisphérique. De même, la Convergence avait toujours clamé qu'une entente autour du nouveau CEP devrait faire partie d'un accord politique plus large. Alors pourquoi Gaviria et son équipe avaient-ils voulu faire croire qu'une entente était possible sinon imminente pour la formation du CEP?

La Convergence n'a point cette fois encore démordu de ses prétentions, exigeant toujours davantage: 1. élaboration des règlements électoraux; 2. évaluation des présidentielles de novembre 2000; 3. organisation d'élections générales au niveau législatif et local; 4. organisation de nouvelles élections présidentielles, s'il y a lieu; 5. organisation des élections de second degré pour constituer les assemblées territoriales; 6. nomination d'un nouveau Premier ministre désigné par les Eglises; 7. formation d'un gouvernement de consensus par ce Premier ministre; 8. remise des portefeuilles des Finances, de l'Intérieur, de la Justice et du Plan à des personnalités indépendantes; 9. création d'une commission de garanties électorales, etc. Avec de telles conditions débordant la résolution de l'OEA et réduisant comme une peau de chagrin la présidence d'Aristide, il était donc prévisible que l'échec était inévitable.

Et dire que les protagonistes avaient réussi à créer dans les esprits non avisés l'illusion d'un accord imminent. D'autant que les discussions ont eu lieu sous l'égide du secrétaire général de l'OEA César Gaviria. Parallèlement, le président de la commission des Affaires étrangères au Sénat des Etats-Unis, le sénateur démocrate Christopher Dodd était également dans nos murs pour encourager les parties à conclure un accord. L'optimisme était donc de mise, et on était à deux doigts, semble-t-il, de lancer un ouf, quand la presse a annoncé une entente autour du mode de formation du CEP. En effet, selon la procédure arrêtée y seraient représentées les institutions suivantes: 1. la Conférence épiscopale (catholique); 2. l'Église épiscopale (anglicane); 3. les cultes réformés (les protestants); 4. Fanmi Lavalas; 5. la Convergence; 6. les autres partis politiques; 7. les associations patronales; 8. les organisations de défense des droits humains; 9. la Cour de cassation. À nouveau, les lavalassiens avaient encore laissé tomber leur procédure nettement différente. Les déclarations de tous les participants aux discussions incitaient à cet optimisme. «Je pense qu'on a eu une très belle journée; on a eu une excellente journée. Nous avons constaté qu'un certain esprit de compromis se dégage. Je pense finalement... une formule pour la formation du CEP, celle-ci représente une très bonne avancée», avait dit César Gaviria avant son départ d'Haïti pour le Guatemala. Il avait laissé derrière lui son adjoint Luigi Einaudi ainsi que Christopher Dodd qui étaient disposés à aller au-delà de la nouvelle date limite préétablie: soit le 1er juillet. «Bien compté, mal calculé», peuvent désormais ironiser les gens de la Convergence qui doivent bien avoir de très grandes et d'obscures garanties pour demeurer intransigeants devant les concessions les plus inespérées!

Cet optimisme fusait réellement de toutes parts: Lavalas, la société civile, les médiateurs étrangers, etc. «Depuis les dernières 24 heures, j'ai entendu certaines suggestions qui sont très prometteuses. Je ne suis pas négociateur, je ne fais pas partie des pourparlers, donc je ne sais pas à propos... les commentaires, tout simplement je tiens à vous dire que j'ai instantanément prié tous les partenaires d'être souples, d'avoir une approche de flexibilité», avait déclaré Christopher Dodd qui a mis Aristide en garde contre la formation d'un CEP sans la participation de la Convergence démocratique. Pour sa part le responsable de l'Initiative de la société civile assez proche de la Convergence Rosny Desroches avait indiqué: «Je crois que certaines dispositions sont en train d'être prises pour que nous puissions d'ici demain arriver à un accord.» Mais tous devaient savoir qu'ils bluffaient car le représentant de l'aile macoute de la Convergence Hubert de Ronceray avait bien dit le 27 juin: «M. Gaviria a pu noter également que du côté de la Convergence démocratique l'attitude reste celle des débuts, c'est-à-dire pour nous autres il faut un Conseil électoral provisoire mais pas dans le sens qu'il l'a posé ou envisagé dans sa résolution du 5 juin prise à Costa Rica.»

Qui fera en définitive les frais de ces tractations des représentants des classes dirigeantes, sinon le peuple haïtien? Il fait les frais des rivalités outrancières de deux groupes politiques qui n'ont pas vraiment un projet de société - ni la sincérité nécessaire pour l'appliquer s'il existait sur du papier - correspondant à ses intérêts véritables. Bonnet blanc, blanc bonnet, ils continuent à rivaliser dans la course au meilleur laquais du consortium international (Etats-Unis, Union européenne et le reste des faux amis d'Haïti). Oscar Fernandez Tarranco ne croyait pas si bien dire à la cérémonie de la fin de son mandat à la tête du PNUD en Haïti, qui déclarait: «La crise que traverse Haïti n'est pas une fatalité... Ce pays possède d'immenses potentialités, des talents incroyables et des richesses. En premier lieu ses femmes et ses hommes. Il faut donc que les Haïtiens trouvent leurs propres solutions à des problèmes qui sont avant tout les leurs...» Malheureusement il en est tout autrement. Et, en résumé, comme nous l'avons maintes fois exprimé ici, l'enjeu pour l'OEA, sous les directives de Washington, c'est d'arriver à dépouiller de tout contenu populaire le régime Lavalas. Et à ce stade il faut bien dire que celui-ci, à l'instar de la Convergence, collabore plutôt bien à ce dessein.

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