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27 Juin  au 3 Juillet  2001


«Tolérance zéro» pour
tous les malfaiteurs?

«Ma présence ici traduit notre volonté d'encourager ceux qui font de belles choses. La Police donne plus de sécurité, c'est mon droit et c'est avec plaisir que je les encourage. Je répète ce que j'ai dit le 7 février: Dès qu'il s'agit de zenglendos: tolérance zéro. Si un zenglendo arrête un véhicule et s'en empare, il est coupable, parce que cette machine ne lui appartient pas, il est un zenglendo qui force les gens à descendre de leur voiture et s'en empare, il est un coupable. Un criminel qui attaque les gens dans les rues, les met à terre pour les battre ou les abattre, impossible d'attendre que ce criminel passe devant un tribunal pour l'empêcher de commettre ces actes. C'est de cela qu'il s'agit.»

Tels ont été les propos adressés aux policiers par le Président Aristide lors de sa visite à la Direction générale de la police nationale le mercredi 20 juin. «Zéro tolérance», tel a été le mot d'ordre du chef de l'État à l'égard des agents qu'il félicitait par la même occasion. Il n'en fallait pas plus pour déclencher une kyrielle de réactions et d'interprétations diverses. Écart de langage, gaffe ou ferme conviction, l'expression de cette volonté d'en finir, avec l'insécurité a fait couler beaucoup d'encre et de salive. «L'exécution sommaire est-elle de mise dans un État de droit», de commenter vision 2000 dans une nouvelle retranscrite en date du 22 juin. Interprétation abusive des propos d'Aristide, c'est peu dire, même si ceux-ci sont assez diffus.

Il va sans dire que les organisations haïtiennes de droits humains, principalement celles proches de l'opposition, se sont soulevées contre les propos du président et les conséquences qu'ils pourraient avoir. De l'INRDC (Institut national pour la protection et la défense du citoyen) au POHDH en passant par l'ADEBAA, la NCHR, etc., elles sont unanimes à les réprouver. Ce discours, à leur avis, encourage une justice expéditive, susceptible de donner lieu aux exécutions, règlements de comptes personnels et assassinats politiques. «La Constitution interdit la peine de mort et même si c'était le cas, il reviendrait à la justice de trancher», a dit Pierre Lespérance de la National Coalition for Haitian Rights, qui a rappelé que «la police n'est pas un corps criminel et la société doit avoir pour boussole la moralité. Donc, nous demandons au président de se ressaisir», a poursuivi Lespérance qui estime que l'important c'est de développer des plans de sécurité fiables et de renforcer le système judiciaire. Là encore, Lespérance verse dans la démagogie pure et simple tout comme ces petits-bourgeois qui se lamentent sans cesse sur l'insécurité qu'ils attribuent, bien sûr, comme tous les maux du pays, à Aristide et qui, aujourd'hui, se lamentent sur le sort des pauvres malheureux zenglendos qu'il (Aristide) ordonnerait, d'après eux, de liquider. En gros tout le monde prétendrait être menacé par ces déclarations. Ce qu'il faut noter est que tous ces individus ne réagissent à ces propos que par pur opportunisme, et par esprit de suivisme. Ils ont démontré tout au cours de ces années qu'ils sont incapables de s'adonner à une critique raisonnée ou qui ne coïnciderait pas avec leurs intérêts.

Bien entendu le secteur dit politique de l'opposition a cru même voir venir le danger de politisation de la lutte contre l'insécurité. «Cette déclaration est une licence pour appliquer la répression envers et contre tous», a dit Levelt Dorcile de l'ADEBHA. Pour sa part, la Convergence a, elle aussi, et bien sûr, par opportunisme, sauté sur l'occasion. C'est ainsi qu'Évans Paul déclarait :«On se saurait combattre l'insécurité par l'insécurité ni le crime par le crime». Ses confrères Serge Gilles du Panpra et Victor Benoit du Conacom ont fait choeur avec lui pour dénoncer une soi-disant campagne de répression politique contre leurs militants de base partout dans le pays. Selon eux, Eddy François, Jean Jacques Dunois et Ernso ont été ainsi tués le 18 mai; Vanel Pierre et Patrick Joanis ont été enlevés le 10 juin par un commando de la police; l'ancien sergent et porte-parole des militaires démobilisés fait l'objet d'une tentative d'assassinat, tandis que Kenol Gérard, Ravix Fadius et Gadner Mervil auraient été incarcérés au Pénitencier national. À ce rythme-là, si on doit se fier à leur propagande, l'opposition ou ce qui en tient lieu ne comptera bientôt plus que ses chefs puisque tous les membres auront été liquidés...

Devant cette levée de boucliers, le bureau de communication et de presse de la Présidence a cru devoir expliciter les propos du chef de l'Etat: «Le président n'a jamais prononcé le mot «tuer», et la Constitution autorise les citoyens à agir en cas de flagrant délit.» Il va sans dire que cette explication est insuffisante car, sachant très bien qu'il est attendu au carrefour, le Président Aristide devrait pouvoir éviter de telles déclarations à l'emporte-pièce. Mais la question pour nous n'est pas là. Cette tolérance zéro doit être bien explicitée et ne pas servir de prétextes non plus à une justice expéditive compte tenu de la situation chaotique dans laquelle se trouve le pays, surtout lorsqu'on tient compte de cette soif de justice véritable qui constitue l'une des premières revendications du peuple haïtien. Par ailleurs, cette tolérance zéro ne devrait-elle pas commencer par sanctionner les dilapidateurs des fonds publics déjà mis en cause par la justice tel l'actuel ministre du Commerce Stanley Théart comme nous avons amplement fait état dans les pages de ce journal? Cette tolérance zéro devrait d'abord et principalement s'illustrer par la protection qui devrait et sans délais être fournie au juge d'instruction Claudy Gassant dans sa lutte contre l'impunité. Ainsi, faudrait-il lui fournir les moyens pour que Dany Toussaint se soumette aux procédures judiciaires tel que requis par la loi. Coupable ou non, Dany Toussaint ne saurait dicter ses ordres au ministre Lissade, n'a pas le droit de lancer ses hordes stipendiées dans les rues. S'il est inculpé, il devrait pouvoir bénéficier de toutes les garanties légales sans pour autant se permettre impunément de défier la justice. Le temps des slogans est révolu et le ministre Lissade ne saurait être indépendant dans l'action qu'il mène et qui engage tout le gouvernement. Tolérance zéro mais conformément à la loi qui est une pour tous!

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