Le juge Gassant pourra-t-il
reprendre le dossier?Après une période d'indécision pleine de rebondissements, l'appareil judiciaire semble avoir relancé le dossier Jean Dominique. En effet, le commissaire du gouvernement du tribunal civil de Port-au-Prince Josué Pierre-Louis a remis le 22 juin un réquisitoire supplétif au doyen du tribunal de première instance Lise Pierre-Pierre. «Nous avons fait notre travail en toute indépendance, donc dans la sérénité. Et nous pensons que le travail que nous avons réalisé l'a été sans pression, en toute indépendance, en toute sérénité», a-t-il indiqué. Il n'y a pas eu de réquisitoire définitif, et Me Pierre-Louis l'a dit lui-même: «Le juge doit finaliser le travail qu'il a à faire.» En d'autres termes Claudy Gassant aurait à compléter le dossier par des informations supplémentaires. Une procédé dilatoire sans doute pour retarder la conclusion de l'enquête sur l'assassinat de Jean Dominique et de Jean-Claude Louissaint. Le commissaire du gouvernement devra par la suite rendre son réquisitoire définitif qui précédera l'ordonnance de clôture du juge d'instruction. Le juge Claudy Gassant, qui avait laissé le pays, est revenu en Haïti le 25 juin. Reprendra-t-il le dossier? D'après le Los Angeles Times, n'a-t-il pas déclaré qu'il «n'est pas un héros»? En effet bénéficiera-t-il de la sécurité nécessaire pour mener à terme ce dossier, alors même qu'il le voudrait?
Le doyen du tribunal a confirmé avoir reçu le réquisitoire du parquet et a promis de donner les suites nécessaires dans le plus bref délai. En ce qui concerne une demande de dessaisir le juge Gassant de ce dossier, demande formulée par Dany Toussaint, le doyen a admis que ce dernier a bien le droit de formuler une telle demande mais qu'il reviendrait aux autorités judiciaires de prendre une telle décision. En fait Toussaint semblerait vouloir prendre en main (à quel titre ?) un dossier dans lequel il semble être l'un des principaux concernés.
Dernièrement, des avocats de l'ex-major ont conduit un homme de main en hermine pour recueillir, sans autorisation, et en violation de l'instruction, les prétendus aveux de deux prévenus qui ont déclaré avoir fait l'objet de tentatives de corruption de la part du juge Gassant et du directeur de l'Ecole de la magistrature dans le but de le confondre. Le ministre de la Justice a curieusement dans un premier temps approuvé la légalité de cette démarche du juge de paix, puis dans une conférence de presse subséquente il a promis de se réunir avec son cabinet particulier en vue de déterminer les sanctions à prendre contre le juge en question, Gabriel Ambroise. Revenant à la charge, le sénateur Toussaint a voulu dénoncer le fait que le porte-parole de l'ambassade des Etats-Unis en Haïti Daniel Whitman ait rencontré pendant deux heures à l'ambassade des Etats-Unis à Port-au-Prince le prévenu incarcéré au pénitencier national nommé Mackington, celui que la journaliste Ana Arana de la IAPA (Association inter-américaine de presse) a dit être un tueur à gages. Whitman lui aurait dit qu'il avait été autorisé par ses supérieurs hiérarchiques à rencontrer Mackington.
Inévitablement tout cela est fait pour retarder le dossier et créer davantage de confusion. C'est dans ce contexte que le journaliste de Radio Haïti Inter, Fritzson Oréus, a été agressé dans la nuit du 20 juin par deux individus armés circulant à bord d'une jeep Tracker immatriculée au numéro OI-5142. Après lui avoir fait dire qu'il était journaliste à la station de feu Jean Dominique, ils l'ont mis en joue pendant environ un quart d'heure, l'obligeant à écrire toutes sortes de choses sur un bout de paopier, tels son code à la station, son identité, etc. «Hier soir effectivement après avoir présenté le journal à Radio Haïti, j'ai laissé la station vers 9hres 20. Je suis parti chez moi par la route de Delmas. Arrivés à Delmas 32, je suis entré au Delimart Market faire des emplettes. Mais comme il y avait beaucoup de gens et de voitures j'ai garé ma voiture au parking de la American Airlines... Ayant fini mes emplettes j'ai manoeuvré ma voiture pour m'engager à nouveau sur la route de Delmas. Alors un véhicule venant soit de Delmas 33 ou du haut de Delmas est venu se mettre derrière moi...», a expliqué Oréus qui a dû exécuter toutes les demandes de ses agresseurs armés de pistolets automatiques 9mm. Se disant de la police, ces bandits ont dispersés les curieux qui commençaient à s'attrouper.
À ce sujet, Reporters sans frontières a exprimé dans une lettre au secrétaire d'Etat à la Sécurité publique Eric Dubreuil sa préoccupation face à l'agression contre le journaliste de Radio Haïti Inter, en pleine enquête judiciaire sur l'assassinat de son directeur assassiné, Jean Dominique. «A travers le journaliste, il se pourrait que ce soit la rédaction de la radio qui ait été visée pour son suivi de l'enquête sur l'assassinat de Jean Dominique», a déclaré Robert Ménard, secrétaire général de RSF.
Par ailleurs, un groupe d'organisations de défense des droits humains: NCHR, Justice et Paix, Echo Voix Jean Dominique, Fondation 30 septembre et la POHDH ont rencontré le ministre de la Justice Garry Lissade le 21 juin sur le dossier Jean Dominique/Jean-Claude Louissaint. Ces organisations ont voulu prendre au mot Lissade et formulé les revendications suivantes: garantie de sécurité pour tous ceux impliqués dans le processus judiciaire devant aboutir au procès de l'assassinat de Jean Dominique; sanctions contre le juge de paix Gabriel Ambroise et un commissaire de police conformément aux demandes du juge Gassant; prouver la volonté politique et la responsabilité de l'Etat quant à un procès équitable. D'après les organisations sus-mentionnées le ministre Lissade s'est engagé à satisfaire les revendications 1 et 2. On attend donc de voir quelles seront les garanties de sécurité et les sanctions contre le juge de paix et le commissaire de police?