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CEP: La date limite tombe à l'eauNouvelle visite du secrétaire générale de l'OEA César Gaviria pour un séjour de 48 heures qui devait s'achever ce mardi 26 juin. Sa délégation comprenait outre son secrétaire général adjoint Luigi Einaudi, l'assistant secrétaire général de la Conacom Albert Ramdin et le diplomate mexicain Sergio Romero Cuevas que Gaviria désignait le 19 juin dernier pour devenir son représentant spécial en Haïti.
«...Donner un coup de main», telle a été la première réflexion du secrétaire général à sa descente d'avion. Cela n'annonçait rien de bon pour la mise sur pied du nouveau CEP, puisque le lendemain 25 juin représentait la date limite fixée à cette fin.
Mais qu'est-ce qui pouvait laisser croire que cette échéance pouvait être respectée? Rien du tout. Au contraire. Les cartes avaient été truquées par l'OEA elle-même, puisque dans sa résolution acceptant les «cinq points» du président Aristide, elle avait pris bien soin de spécifier nommément qu'il fallait un accord avec la Convergence, comme nous l'indiquions précédemment (voir Haïti-Progrès Vol. 19 Nos 13 et 14: «L'OEA prolonge la crise» et «Un nouveau CEP...?»).
La Convergence démocratique avait donc beau jeu et carte blanche pour maintenir le statu quo dans ses négociations avec le pouvoir Lavalas. Ses leaders faisaient bien mine d'entreprendre des pourparlers avec Fanmi Lavalas le lundi 18 juin, mais la publicité faite par les médias à ces rencontres dites «secrètes» et «à huis clos» montrait à l'évidence que ce n'était encore une fois que du chiqué. D'ailleurs pour donner une raison de les interrompre, l'un des membres de cette alliance de l'opposition, Leslie Manigat, chef du RDNP s'insurgeait un peu trop rapidement et trop bruyamment pour déclarer qu'il se désolidarisait de la décision des autres membres de la Convergence de reprendre les pourparlers avec le régime Lavalas.
Le ministre de l'Information Guy Paul restait cependant optimiste, assez pour annoncer pour «avant minuit» le 25 juin la publication de la composition du CEP. Pourtant rien ne paraissait vraiment bouger, à part certains autres groupuscules, non pris en compte spécifiquement par l'OEA dans sa résolution, qui paraissaient se dépêcher de se choisir un «représentant». Ainsi l'Alternative pour le changement de Gérard Blot pigeait dans sa «macoute» le putschiste Patrick Brutus pour le représenter au sein du CEP et le révérend Abraham Loreston de l'Eglise Mont des Oliviers était proposé par la Conférence des pasteurs pour le renouveau. Il faudrait donc se demander avec combien de membres on comptait donc former ce nouveau Conseil électoral qui doit en compter neuf. Des institutions assez importantes en l'occurrence comme la Conférence épiscopale(CEH)et la Fédération protestante traînaient encore les pieds. Le président de la première, l'évêque de Fort-Liberté Mgr Hubert Constant annonçait le 24 juin avoir procédé à une «pré-sélection» de son représentant sans toutefois révéler de nom et n'omettait point de faire référence, lui aussi, à la nécessité du fameux «accord politique», tandis que la Fédération protestante et l'Initiative de la société civile, un appendice de la Convergence, exigeaient encore certaines «garanties» avant de désigner leurs représentants. «Nous avons effectivement identifié une personne, mais nous avons besoin de suffisamment de garanties pour faire part à l'Exécutif de la personne identifiée. Aujourd'hui nous avons des rencontres avec la délégation de l'OEA non pas en tant que Fédération protestante mais au sein de la société civile», a déclaré Edouard Paultre.
«Durant cette mission, nous comptons explorer les possibilités d'un accord pour la création d'un Conseil électoral. Nous serons en contact avec le gouvernement et l'opposition. Nous espérons seulement qu'il sera possible de former ce CEP», déclarait encore Gaviria à son arrivée le 24 juin. Il savait bien qu'il bluffait, puisqu'il ne pouvait ignorer les déclarations fracassantes de ses complices de la Convergence faites après l'Assemblée du 3 au 5 juin à Costa Rica et peu avant son arrivée. La veille encore, c'est-à-dire le 23 juin, Gérard Pierre-Charles de l'OPL/Convergence manifestait un refus total, disant: «Il y avait cinq propositions... L'idée que l'Exécutif est au sein du CEP, nous ne sommes pas d'accord; l'idée qu'il y a le judiciaire, nous ne sommes pas d'accord... Donc nous autres nous essayons de penser en terme de principe...» Soit dit en passant, de quels principes Gérard Pierre-Charles, un homme sans convictions, sans conscience, sans mémoire, sans aucun sens des responsabilités, peut-il se prévaloir. Est-ce par principe qu'il fait à présent le pied de grue devant les bureaux de l'extrême droite républicaine de Washington après avoir bâti son plan de carrière sur les épaules et les principes de jeunes militants progressistes assassinés et sacrifiés durant la dictature duvaliériste?
Pour en revenir à la formation de ce CEP, comme prévu César Gaviria ne comptait point y parvenir, non plus à un accord politique. Il rencontrait bien à son arrivée le président Aristide à la résidence de celui-ci à Tabarre, puis le lendemain les représentants de la hiérarchie catholique à la Nonciature, ensuite l'Initiative de la société civile, le GISC, le groupe de diplomates habituels et, à l'hôtel Montana, la Convergence. Comme on pouvait s'y attendre, il n'en sortait rien de plus. Et Paul Denis de l'OPL/Convergence reprenait son refrain: «Il y avait une faille dans l'accord du 5 juin au Costa Rica entre l'OEA et le pouvoir Lavalas, c'est que l'autre partie concernée n'a pas participé à cette résolution.»
Pour en revenir à la mission de l'OEA, elle n'est autre que d'arriver à faire en sorte que les protagonistes se mettent d'accord pour partager le gâteau. Autrement on pourrait s'étonner que, faisant fi de la date limite du 25 juin inscrite dans la résolution de San José, César Gaviria ait écrit au président Aristide, avant son départ du pays, pour l'inviter à remettre cette «date limite» au 1er juillet prochain. Pourtant le secrétaire général adjoint de l'OEA, Luigi Einaudi, ne disait-il pas la semaine dernière:«La question principale n'est pas de savoir si la Convergence en fait partie (du CEP) mais plutôt est-ce un bon Conseil électoral... Il y a un mandat et une date et on ne peut pas les ignorer pour toujours.» Mais force est d'admettre que les événements prouvent tout le contraire et que les négociations ne font que commencer ou recommencer.