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6 au 12  Juin  2001


L'OEA mise sur l'«échec»

La mission de l'OEA/Caricom conduite par le secrétaire général de l'OEA César Gaviria et l'ancien Premier ministre de la Dominique Eugenia Charles était repartie d'Haïti la jeudi 1er juin après un séjour de deux jours, prétendument sans avoir pu trouver un accord entre Fanmi Lavalas et la Convergence. Suivant les mots de Gaviria lui-même qui découvrait «l'inexistence d'un climat propice pour initier une négociation entre les parties». Qu'était-il donc venu chercher dans la capitale haïtienne après les huit visites précédentes de son secrétaire général adjoint Luigi Einaudi? Il n'avait sans aucun doute possible pas fait ce voyage pour rien. Il avait rencontré le président Aristide, des représentants de la Convergence démocratique et de la «Société civile».

Il ne repartait pas bredouille tout à fait, puisque comme on l'apprenait peu après, il avait en poche une lettre contenant des engagements d'Aristide à l'endroit de l'OEA, qu'il allait exhiber devant les 34 ministres des Affaires étrangères de l'hémisphère (à l'exception de Cuba) réunis pour la XXXIe Assemblée générale de son Organisation qui devait se tenir trois jours plus tard, du dimanche 3 au mardi 5 juin à San José, au Costa Rica.

Après la cérémonie d'ouverture la veille, le lundi 4 janvier les travaux de l'Assemblée pouvaient débuter. Gaviria ne perdait pas de temps et faisait part du contenu de la mystérieuse missive, en quelque sorte le butin qu'il ramenait. Si dans son message à Bill Clinton en décembre dernier Aristide s'était engagé sur «huit points», cette fois-ci son «initiative» en comportait cinq: «sept sénateurs, dont l'élection au premier tour en mai 2000 est contestée, abandonnent leurs sièges; formation d'un autre CEP avant le 25 juin (le deuxième en moins de trois mois) de 9 membres comprenant des représentants désignés par les pouvoirs exécutif et judiciaire, les partis politiques (Convergence et autres ainsi que Fanmi Lavalas au pouvoir, les Églises catholique et protestante; fixation de la date des élections pour remplacer les sept sénateurs partants; de nouvelles élections anticipées pour remplacer tous les membres du Parlement dont le mandat se verrait ainsi réduit à deux ans au lieu des quatre à six ans prévus par la Constitution; et finalement Aristide sollicite l'envoi d'une mission conjointe OEA/Caricom «pour faciliter le dialogue...» Une remarque s'impose de prime abord: le président haïtien agit en monarque absolu en renvoyant d'un trait de plume des élus comme lui, tout en préservant son poste.

Mais en réalité, toutes ces concessions n'auraient d'autre utilité que d'offrir à César Gaviria un semblant de prestige pour sa réussite, pour amener ses pairs à signer la fameuse «Charte démocratique» dont nous ferons état plus loin. Car la partition est bien réglée, et déjà Luigi Einaudi intervenait pour imposer d'autres conditions aux cinq points d'Aristide. Pour lui, le président haïtien va dans la bonne direction, mais «il existe un problème générique très compliqué», ajoutait-il tout en explicitant que les cinq points sont plutôt un engagement qu'une proposition et que de toutes façons cela ne pouvait s'arranger de cette manière, qu'«internationalement le scepticisme régnait». Autrement dit c'est une fin de non-recevoir qui est ainsi opposé à Aristide qui n'en finit plus de s'épuiser en concessions, sans aucune consultation publique, au mépris absolu du vote populaire. Certains membres de l'assemblée, comme le sous-secrétaire général de la Caricom Alfred R. Ramdin, auraient bien voulu apporter un appui au gouvernement haïtien, mais ils ne savaient point comment faire dans cette «embrouille» où le président haïtien cherche beaucoup plus à plaire à la «communauté internationale» qu'à réclamer l'aide d'éventuels alliés.

Évidemment, comme on pouvait s'y attendre, ces «cinq points» ont été rejetés par la Convergence qui estime qu'ils ont été adoptés de façon unilatérale et présentés à la communauté hémisphérique sans chercher à obtenir son adhésion. «C'est bien dommage que M. Gaviria ait joué le rôle de petit télégraphiste dans cette affaire en général. Les relations internationales ne se font pas comme cela... Je répète que nous ne sommes pas concernés. Nous n'avons pas reçu le message, et c'est pas notre affaire de toute façon. Cela va se passer comme les propositions qu'il avait faites à la présidence américaine: les huit points qu'il n'avait jamais respectés, donc il ne respectera pas non plus ces propositions qu'il a faites», a déclaré Serge Gilles du Panpra/Convergence. Gilles sait pertinemment qu'il ment et que la Convergence pour sa part n'a jamais fait aucune concession. Il joue le jeu en feignant de traiter de haut Gaviria, car il sait très bien où veut en venir l'OEA qui obéit au doigt et à l'oeil à ses maîtres de Washington. Le dirigeant de la Convergence voit que lui et ses associés n'ont plus qu'à patienter pour cueillir, à leur avis, le fruit bien mûr, que leur tendra Aristide qui est entrain de s'aliéner ses derniers alliés, «ses» élus pour le confort de la Présidence.

Mais il n'y avait pas que cela à cette Assemblée générale de l'OEA, car Gaviria et ses complices comptaient réaliser un tour de passe-passe pour faire accepter aux pays membres ladite «Charte démocratique» dont l'idée avait été proclamée par le Premier ministre canadien Jean Chrétien agissant à l'instigation du président des Etats-Unis George W. Bush, lors du Sommet des Amériques à Québec en avril dernier. Mais la pilule n'allait pas passer aussi facilement car à la clôture ce mardi soir 5 juin, on apprend que les promoteurs de la Charte devront en faire leur deuil jusqu'à la prochaine Assemblée l'année prochaine à la Barbade, même si au mois de septembre prochain une réunion devrait encore en discuter. Le chancelier vénézuélien s'y était péremptoirement refusé à accepter un tel diktat qui est d'ailleurs en violation de la Charte proprement dite de l'OEA, dont l'article 3 se lit comme suit: «Chaque État a le droit de choisir sans ingérence externe son système politique, économique et social et d'organiser lui-même, de la façon qui lui sied le mieux, et a le devoir de s'abstenir d'intervenir dans les affaires d'un autre État.» Le représentant de la Caricom Alfred Ramdin s'objectait totalement à cette Charte démocratique qui prétendrait imposer des sanctions aux pays qui ne s'y conformeraient pas. «La Caricom est absolument contre les sanctions» déclarait Ramdin. Un ex-ministre du gouvernement du Premier ministre canadien Pierre E. Trudeau décédé l'année dernière, Warren Allmand, aujourd'hui président du Centre de droits humains et de développement démocratique à Montréal faisait justement observer de son côté: «Ce dont j'ai peur, c'est que si vous ne disposez pas d'un standard plus précis et que tout soit politiquement motivé, alors vous déciderez que Cuba est en situation de violation et doit être puni, tandis que si un pays est ami avec les Etats-Unis, pour ainsi dire, alors il ne sera pas sanctionné.» Le Chili et l'Uruguay ajoutaient ouvertement leur refus à celui de la Caricom et du Venezuela. Une preuve que cette Charte démocratique n'était qu'un leurre de plus pour remettre plus d'atouts aux mains de Washington pour écraser les dirigeants qui ne se conformeraient pas à sa volonté, c'est l'arrogance manifestée par l'ambassadeur des Etats-Unis à l'OEA, Luis J. Laredo qui déclarait le lundi 3 juin aux journalistes que «les ministres des Affaires étrangères n'ont pas d'autre choix que d'apposer leurs signatures sur la Charte» (AP, 5-06-01). De même un autre échec attendait Gaviria et son compère le chancelier costaricain qui voulaient changer les règles du jeu pour le fonctionnement de la Cour interaméricaine des droits humains à laquelle tout citoyen pourrait avoir directement accès sans passer par la Commission qui doit normalement procéder à l'étude de la validité d'une plainte.

Finalement il n'y aura eu qu'un seul vote «positif», celui de l'acceptation par l'Assemblée des cinq points du président haïtien transmis par le secrétaire général César Gaviria. On sait bien, comme nous en avons fait état plus haut, ce que vaut cette «acceptation». Le but de l'OEA est tout autre et Gaviria de même qu'Einaudi misent tout sur l'«échec» de leurs médiations pour remplir le mandat qu'ils ont reçu de Washington dans le cas d'Haïti. Cependant un retard aurait été pris dans l'accomplissement de ce plan, malgré la collaboration du président Aristide, et à cause du refus des chanceliers de l'hémisphère de leur fournir des instruments «juridiques» par le biais de la Charte démocratique pour justifier d'autres entreprises de soumission des peuples de la région.

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