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6 au 12  Juin  2001
Actualité politique


Le PPN fait le point
Le scandale Fusion Télécommunications

Sous la fausse apparence de crise politique et de négociations pour la résoudre, de même que de nombreux autres événements qui en découleraient, les décideurs internationaux mettent en place, certes avec la complicité intéressée des classes dominantes, des dirigeants gouvernementaux et de ladite opposition, une stratégie d'usure pour réduire à néant la lutte du peuple haïtien.

Dans ce contexte, le Parti populaire national (PPN) a donné le mardi 5 juin 2001 au local du journal Haïti-Progrès à Port-au-Prince une conférence de presse tournant autour des trois principaux points suivants: les négociations, la nouvelle affaire Prosper Avril et le scandale Aristide/Fusion Télécommunications. Le secrétaire général du PPN, Ben Dupuy, a une fois de plus dénoncé la fausse crise politique créée de toutes pièces par le consortium international: Etats-Unis - Union européenne et d'autres grands pays capitalistes. Ce consortium, qu'il ne faudrait pas confondre avec la communauté internationale proprement dite qui regroupe les 189 pays de l'ONU. Il finance à coups de millions une opposition anti-nationale dans le but d'imposer au pays le plan économique néolibéral dénommé à juste titre «plan de la mort» auquel s'ajuste le régime Lavalas pour se placer au même titre dans les bonnes grâces du capitalisme international. «Ce consortium international a obtenu l'assentiment de tous nos nouveaux Conzé: la Convergence démocratique et Fanmi Lavalas», a indiqué Dupuy. Tandis que sur le plan hémisphérique, «Aujourd'hui Washington a ressuscité une OEA dont on avait fini par oublier l'existence pour être restée muette pendant les 40 années des régimes duvaliéristes en Haïti, pendant le règne de Pinochet au Chili et alors que les dictatures atroces fleurissaient en Amérique latine».

Mais le plus grave ne saurait être la vassalisation de l'OEA par les Etats-Unis qui, tout le monde le savait, en a fait son «ministère des colonies». «Le plus grave c'est que le peuple haïtien qui avait cru dans la trilogie Justice-Transparence-Participation s'est rendu enfin compte que c'était une tromperie. Lavalas s'est révélé un fieffé menteur. "Le vote populaire n'est pas négociable", disait-on hier, alors qu'aujourd'hui au Costa Rica ce vote se marchande en gros et en détail», a dit le leader du PPN. En effet, après avoir dissout le CEP qui avait organisé les élections des 21 mai et 26 novembre 2001, Aristide a nommé récemment un CEP macouto-bourgeois qu'il vient de promettre de remplacer par un autre où il y aura encore plus de macoutes et de bourgeois patripoches, poursuivant ainsi sa politique de vassalisation à n'en plus finir du pays. C'est ainsi qu'il a renvoyé sept sénateurs, réduit de deux ans le mandat des autres et des députés, en attendant d'être acculé à d'autres concessions. «Nous leur disons: soyez vigilants. Plus tard sera plus triste. Ceux qui s'en vont s'en vont, c'est la chance qui passe... Ce n'est qu'un début. Maires, Asecs, Casecs, attendez votre tour. A part le mandat de 5 ans d'Aristide, tout le reste semble négociable. Nous sortirons d'une crise pour tomber dans une autre, car aux prochaines élections, l'OEA, l'IRI et l'USaid seront les seuls coqs à chanter», a averti Ben Dupuy.

L'objectif final de Washington, c'est de mettre Haïti sous la tutelle de l'OEA. La prochaine étape à ce sujet pourrait être une occupation militaire d'Haïti avec le concours de l'armée dominicaine. Avec un cynisme sans pareil, le #1 de l'OEA César Gaviria a déclaré: «Nous n'allons pas déjà imposer l'embargo à Haïti!» A croire qu'un embargo pourrait être plus dur que ce que nous vivons dans le pays actuellement. Qui sait s'ils ne préparent pas une opération Sankara ou un scénario Kabila? «Le PPN dit à Washington et à l'OEA: attention! Car comme dit bien le proverbe haïtien: emmener le couleuvre à l'école c'est une chose, la faire s'asseoir sur le banc c'en est une autre.»

En ce qui concerne l'incarcération de l'ancien général-président Prosper Avril sur la base d'un mandat émis depuis 1996, le PPN a dit en prendre acte, puisqu'il s'agit d'un ancien tortionnaire. M. Dupuy a dit oser croire qu'il s'agit là d'un début dans la lutte contre l'impunité et pour rendre justice au peuple haïtien, plutôt que d'une petite vengeance dans le cadre des rivalités avec la Convergence dont Avril s'est rapproché ces derniers temps. En tout cas, l'actuel ministre du Commerce Stanley Théard aurait fait l'objet d'un mandat plus récent (décembre dernier) émis pour le détournement de 4,5 millions de dollars. «Le ministre de la Justice et le commissaire du gouvernement ne doivent pas choisir dans le panier des mandats, certains qui doivent être exécutés et d'autres pas, comme dans un petit jeu», a fait valoir Dupuy pour dénoncer la politique de deux poids deux mesures. Car au lieu de voir exécuter le mandat contre lui, Stanley Théard est plutôt devenu le ministre du Commerce du gouvernement Aristide/Chérestal!

Mais au milieu de cette «crise» aux multiples ramifications, justement les «affaires» continuent à marcher confortablement pour les ayants-droit. Et ce point-là développé au cours de la conférence de presse du PPN constitue un véritable scandale. Il s'agit de cet article paru dans le Wall Street Journal du 29 mai 2001 concernant la collusion entre Aristide et la société Fusion Telecommunications afin d'exploiter de manière abusive le marché de la télécommunication en Haïti. «L'une des plus grandes sources de revenu de M. Aristide provient de son contrôle du monopole téléphonique dans le pays. Un fournisseur de premier plan dans la fourniture de services téléphoniques entre les Etats-Unis et Haïti est Fusion Telecommunications, dont le conseil d'administration inclut Larry McLarty, un ancien directeur de cabinet de la Maison-Blanche», révèle l'article. Parmi d'autres grands manitous des Etats-Unis impliqués dans ce business avec Aristide figure Joseph P. Kennedy II. Christopher Caldwell écrivant à l'American Spectator en juillet 1994, indiquait que M. Aristide a «soulevé la surprise à la division latino-américaine de AT&T en ordonnant que les revenus provenant du trafic téléphonique international d'Haïti soient transférés sur un compte bancaire au Panama». De plus selon la Federal Communication Commission, le dernier tarif perçu par la Teleco sur des appels internationaux en Haïti était de 46 centimes par minute, mais que des cadres corrompus de la Téléco auraient promis à deux fournisseurs des tarifs plus bas en échange de pots-de-vin à verser sur des comptes spéciaux. Ces révélations ne sont pas faites de gaieté de coeur par les intéressés, mais plutôt en raison d'une vive concurrence entre les grandes compagnies transnationales de télécommunications. Parce qu'Haïti représente en Amérique le troisième marché pour les appels internationaux venant des Etats-Unis et que les concurrents exclus par Aristide et Fusion Telecommunications aimeraient bien aussi profiter de cette manne provenant du «pays le plus pauvre de l'hémisphère». «Voilà pourquoi, presque tous les téléphones de la Téléco sont laissés en panne, ne sont point réparés; son réseau ne s'est pas agrandi, car cet argent est allé renflouer les caisses des particuliers corrompus. La Téléco est donc devenu pour eux une poule aux oeufs d'or et une vache laitière, alors que le malheureux citoyen est obligé de se rabattre sur le téléphone cellulaire très onéreux», a indiqué le dirigeant du PPN. Et dire qu'en outre les factures de la Téléco comprennent toujours de fausses facturations très élevées pour des appels fictifs en direction d'abonnés de la compagnie Haïtel!

Voilà où l'on est avec le régime Lavalas qui, en plus d'avoir renié toute l'idéologie politique du mouvement du 16 décembre 1990, continue à s'enfoncer sans espoir de redressement et dégénère jusqu'à se mettre à plumer la poule à la façon de ses devanciers.

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