Fête du drapeau
Fanmi Lavalas et la Convergence «dialoguent»Pour la commémoration du 198e anniversaire du drapeau haïtien le vendredi 18 mai 2001, le président de la République Jean-Bertrand Aristide s'est rendu conformément à la tradition à l'Arcahaie où le 18 mai 1803 le bicolore national avait été créé. Il était accompagné de la première dame Mildred Trouillot Aristide et d'une délégation composée du Premier ministre Chérestal, de membres du cabinet ministériel, du corps diplomatique. D'abord, montée du drapeau par le président et son épouse sur la place d'armes, puis le Te Deum concélébré en l'église Notre-Dame du Mont-Carmel par le curé Evans Dorsainville et le père Madelon en présence aussi du maire de l'Arcahaie Sergo Julio Joseph et d'autres notables. Après la cérémonie religieuse devaient suivre le dépôt d'une gerbe de fleurs au pied de la statue de la mère du drapeau Catherine Flou, le défilé de majorettes et les discours.
Dans son message à la nation, le chef de l'Etat a d'abord fait un bref rappel historique du drapeau haïtien, et prôné d'apparentes mesures patriotiques: «Je demande à tous les bureaux publics, toutes les écoles publiques et privées de faire la montée du drapeau à 8 heures du matin pour le descendre dans l'après-midi. Alors tout le monde doit s'arrêter pour saluer le drapeau à sa montée ou à sa descente», a dit Aristide. Ce geste symbolique suffira t-il à rendre aux Haïtiens la fierté et l'orgueil national alors que leurs dirigeants trafiquent avec la souveraineté nationale?
Puis c'était l'inévitable retour à la crise post-électorale, où le président opérait une autre plongée dans l'antiquité grecque, cette fois: «S'il est permis de comparer les petites choses aux grandes, tendons à transcender nos divergences politiques par une convergence patriotique. A Darius qui demandait le partage de l'Asie, Alexandre le Grand répondit: "La terre ne peut tolérer deux soleils!" A mes chers compatriotes de l'opposition, j'adresse mes voeux de paix en soulignant que la terre d'Haïti ne peut tolérer qu'un soleil démocratique dont nous pouvons être tous des rayons de paix», a t-il dit. Ces appels répétés à l'opposition font désormais partie de la routine quotidienne. Mais cette dernière demeure sourde ou plutôt ces invitations ne font qu'attiser la rivalité des deux camps que rien de fondamental ne distingue plus. «Trop de souffrances, trop de dilatoires, trop d'argent bloqué à l'extérieur à cause d'une crise qui a affecté trop d'innocents», a ajouté Aristide qui pense qu'«Haïti a l'impérieuse obligation de créer ce climat de paix, condition sine qua non pour promouvoir la production nationale, l'investissement et le développement durable».
Inévitablement, comme nous le disons plus haut, la réponse de la Convergence est arrivée suivant le modèle stéréotypé habituel: «La question à se poser: que croire dans toutes les paroles prononcées par M. Aristide. Il y a une habitude de tourner en rond qu'il faut cesser. Il faut que monsieur Jean-Bertrand Aristide comprenne qu'il ne peut tromper personne aujourd'hui avec des paroles. Nous attendons monsieur Aristide aux actes», a dit Paul Denis. De même Gérard Gourgue, le «président provisoire» proclamé par la Convergence n'a pas voulu être en reste. Dans son style ronflant et grandiloquent, il a ainsi lancé un appel à la communauté universitaire dont c'était aussi la «fête»: «Etudiants et professeurs, vous tous qui constituez le grand bataillon sacré de la patrie, j'en appelle à vous pour qu'à travers vos coeurs, à travers vos messages, à travers vos réflexions, vous puissiez faire passer le message du drapeau, le message du bicolore, le message du serment des ancêtres.» Et parlant des «forces vives» de la nation, il a ajouté: «Qu'elles demeurent convaincues que le président provisoire animé des meilleurs sentiments sera toujours un réceptacle capable de comprendre leurs problèmes et de juger à leurs justes valeurs leurs revendications essentielles.» Voilà donc où l'on en était en ce 18 mai 2001, dont les protagonistes ont voulu se servir pour continuer leurs joutes verbales, tandis qu'autour d'eux la misère s'étend davantage chaque jour. Dans un tract paru en cette occasion et distribué à travers le pays, le Parti populaire national (PPN) a mis justement le peuple haïtien en garde contre ces querelles de chapelle: «Peuple haïtien, vous n'avez rien à attendre ni de Fanmi Lavalas ni de la Convergence. Ce sont deux groupes de politiciens luttant pour un plus gros morceau de gâteau du pouvoir. Ces deux jumeaux ont le même patron: les Etats-Unis d'Amérique. Tous les deux se sont mis d'accord pour appliquer le plan de la mort néolibéral que les étrangers veulent à tout prix faire avaler par le peuple, et qui conduira à plus de misère...»