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16 au 22  Mai 2001


Les imbroglios de la justice

Les événements entourant l'enquête sur l'assassinat du directeur de Radio Haïti Inter, Jean Dominique, semblent provoquer plus de rebondissements que l'enquête elle-même. Voudrait-on brouiller les pistes, gagner du temps qu'on ne s'y prendrait pas autrement. brouiller les pistes.

Le plus récent épisode, qui avait mis aux prises le ministre de la Justice Gary Lissade et le juge d'instruction Claudy Gassant chargé de l'enquête, ne serait pas encore terminé. Disant s'appuyer sur des déclarations de ce dernier, Lissade avait annoncé pour le 15 mai la publication de l'ordonnance: «Le juge nous avait dit penser que d'ici le 15 mai il sera prêt. La date est toute proche, nous ne savons pas s'il pourra tenir sa parole. Cependant nous nous attendons à ce que le juge fasse son travail, et nous nous assurons que tous les moyens soient à la disposition du juge pour qu'il puisse rendre ce qu'on appelle l'ordonnance de clôture», a-t-il déclaré le 10 mai. Il rendrait ainsi Gassant responsable de tout retard, et pour prévenir ce que le juge lui reprochait justement, il a indiqué que des instructions ont été passées au directeur de la police administrative afin d'augmenter le nombre de policiers assurant la sécurité du juge. «Personnellement je sais que le juge Gassant a toujours à son service dix agents de sécurité armés. Et je fais remarquer que le juge Gassant ne s'est pas plaint de menaces quelconques... Il a parlé d'une question de sécurité mais dernièrement j'avais annoncé que la sécurité du juge Gassant est toujours assurée et que même après avoir rendu sa décision nous assurerons encore la sécurité du juge Gassant et si nécessaire nous renforcerons sa sécurité», avait poursuivi Lissade. Ou bien il se moquait du public ou de Gassant, car celui-ci se plaignait justement qu'on lui avait enlevé les policiers assurant sa sécurité. Tout ce qu'a dit le juge contredit les déclarations et les apparentes marques de bonne volonté du ministre. Il avait même en maintes fois et publiquement fait part des menaces qu'il avait reçues et menacé de démissionner en raison de la réduction de son personnel de sécurité. Il avait même dû rester plusieurs jours sans pouvoir se rendre à son travail. Repoters sans frontières avait même écrit une lettre ouverte au président Jean-Bertrand Aristide pour dénoncer ce manque de sécurité; les promesses non tenues en ce sens par le ministre de la Justice; l'agression dont avaient été victime le juge Gassant de la part du commissaire de Justice Evans Saturné qui voulait récupérer le véhicule blindé mis à sa disposition. «Il y a une contradiction là qui est préoccupante. On avait eu un discours lorsque nous étions venus à Port-au-Prince, de la part de monsieur Lissade nous disant justement qu'il serait... pour assurer le bon déroulement de l'enquête. Et là une contradiction qui est préoccupante, d'autant qu'on avait bien, nous, lorsque nous étions venus... très clair que la sécurité du juge Gassant est bien sûr primordiale», a signifié Regis Bourgeat de Reporters sans frontières.

Et le juge Gassant lui-même a confirmé lui-même cette situation en ces termes: «Je ne peux pas confirmer dans la mesure où jusqu'à présent je suis toujours dans la même situation. Les semaines d'avant... la semaine dernière, de lundi à partir du jour où j'avais fait cette déclaration, jusqu'à aujourd'hui je m'y attendais, rien n'a changé, la situation est la même. Je n'ai plus de policiers avec moi, le seul policier... a été transféré à Léogâne... Le commissaire du gouvernement a montré des papiers qui confirment qu'effectivement des matériels ont été débloqués, la sécurité, etc. Je pense que ça c'est une bonne nouvelle, donc ce matin jeudi je vais voir à mon bureau ces policiers, puisque là ou je vous parle, je suis chez moi, je suis seul.» Et quant à la prérogative qu'avait prise le ministre Lissade d'annoncer la date de publication de l'ordonnance, Gassant a pu encore lui faire la leçon: «C'est une instruction, il revient au juge d'instruction de savoir le moment où il doit communiquer le dossier.» De son côté, le commissaire du gouvernement Josué Pierre-Louis a estimé: «Nous avons eu une première entrevue, l'ordonnance devait être rendue au courant du mois de mai. Mais à cause des difficultés, des problèmes, des moyens non mis à la disposition du juge, une série de personnes n'ont pas été entendues à temps. Donc cela fait que le dossier peut ne pas être remis ce mois-ci. Mais il faut dire que le dossier avance beaucoup; dans les prochains mois à venir (sic) je suis sûr et certain que le dossier viendra au niveau du parquet.»

Il reste à savoir qui de ces trois intervenants dit la vérité. Sont-ils de mèche pour créer la confusion et freiner l'enquête qui serait déjà allée trop loin de l'avis de certains?

Ou plutôt le ministre Gary Lissade aurait d'autres chats à fouetter, puisqu'en effet il est sur une autre piste, moins conflictuelle, dirions-nous, ou moins concrète. C'est ainsi qu'il s'est entretenu en compagnie du directeur général de la PNH Jean Nesly Lucien avec la Commission justice et sécurité de la Chambre au sujet d'«une brigade au sein de la police nationale, une brigade, une unité plutôt de lutte contre le kidnapping. Cette unité se retrouve au sein de la police judiciaire. Bien entendu, vous savez, c'est un phénomène nouveau qui se développe dans notre société. Donc il faut tout un système, il faut développer tout un système pour pouvoir non seulement prévenir, n'est-ce pas le cas de kidnapping, mais lorsque cette situation se produit, quelle est la réaction que la police doit avoir», comme il le disait au sortir de cette rencontre. Il aurait accédé là à la demande du sénateur Dany Toussaint, président de ladite Commission. Ce dernier avait aussi le projet d'une commission d'enquête spéciale pour investiguer sur les cas de corruption au sein de la Police. Ce serait trop restrictif, à notre avis, car pourquoi pas tout de suite une telle commission sur la justice tout simplement?

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