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16 au 22  Mai 2001


La visite d'Einaudi:
La trêve avant la «solution»?

Un an après les élections du 21 mai 2001, on en est encore aux pourparlers pour résoudre la «crise» politique qu'elles auraient provoquée. Encore une fois arrivait le 10 mai 2001 une mission formée conjointement par l'OEA et le Caricom. Conduite par le secrétaire général adjoint de l'OEA Luigi Einaudi et son homologue du Caricom Albert Ramdin assistés du Centre Carter, la délégation venait, paraît-il, en avant-garde pour tenir des consultations et préparer la visite du secrétaire général de l'OEA César Gaviria qui sera accompagnée de l'ancienne Premier ministre de la Dominique, Dame Eugenia Charles, surnommée la Dame de fer. En l'occurrence on peut se rappeler le rôle de boutefeu qui avait été le sien avant que l'ex-président des Etats-Unis Ronald Reagan fasse envahir la Grenade.

Luigi Einaudi et son équipe rencontraient le jour même de leur arrivée les dirigeants de la Convergence au siège de l'OEA à Pétion-Ville, et à l'issue de cette réunion ses interlocuteurs lui remettaient un document intitulé «Aide-Mémoire», ce qui signifie que la Convergence n'a pas changé un iota de ses prétentions. Ils allaient successivement rencontrer dans les trois jours suivants le président de la République ainsi que des représentants du parti de celui-ci, Fanmi Lavalas, ladite Initiative de la société civile et finalement des ambassadeurs sur place.

Après quatre jours de discussions, Einaudi s'est dit «impressionné par le nombre élevé de propositions que l'on trouve pour résoudre la crise, mais non pas de pas concrets effectifs pour y faire face...», allant même jusqu'à «s'attendrir» sur le sort du peuple:... «Tandis que le temps coule, le peuple souffre, et ça pour nous, c'est une situation qui devient chaque jour quelque chose plus difficile pour tout le monde.» En conclusion il faisait cette observation assez curieuse: «Si je peux résumer dans une phrase nos sentiments en ce moment, c'est qu'il faut commencer.» Ce ne serait encore qu'un début alors?

Pour sa part, le porte-parole de l'Initiative de la société civile Paul Émile Rouzier, même s'il trouvait que la mission avait eu «un bilan assez mitigé», faisait preuve d'un certain optimisme en poursuivant: «...Il s'agissait d'une mission exploratoire qui avait pour but essentiel de préparer la venue du secrétaire général M. Gaviria dans une dizaine de jours à Port-au-Prince.»

Mais ce 13 mai, le jour du départ de la délégation, l'ambassade des Etats-Unis mettait son grain de sel, en disant appuyer la position commune des associations patronales sur la conjoncture politique adoptée le 10 mai. Ce jour-là, dix-sept organisations patronales ont dit soutenir la proposition de sortie de crise du Cled à laquelle elles ont ajouté la reprise des élections municipales et locales. Ainsi donc la position commune de l'ADIH (Association des industries d'Haïti), la CCIH (Chambre de commerce et d'industrie d'Haïti) et de l'Anadipp (Association nationale des distributeurs de produits pétroliers) entre autres comprend: la reprise complète des législatives du 21 mai 2000; la reprise des élections municipales et locales; la formation d'un CEP équilibré et impartial pour organiser ces élections; la conduite des négociations sous l'égide de la communauté internationale et de l'Initiative de la société civile. La seule concession au président Aristide qui, lui, doit en faire constamment, c'est une reconnaissance tacite, jusqu'à présent, de sa présidence et des élections du 26 novembre 2000. On a donc bien hâte de voir avec un tel appui à l'opposition de la part du pro-consul yankee, si l'OEA peut vraiment ne pas se plier. D'ailleurs Evans Paul, l'un des chefs de la Convergence, se sentait donc ainsi mandaté pour redoubler d'arrogance: «Il y a une crise, criait-il sur les ondes, il faut que tout le monde admette la crise. Seulement la Convergence a une philosophie pour la résoudre. D'abord nous avons aujourd'hui une position, les sept points publiés par le président Gourgue. Deuxièmement, nous avons une philosophie sur la façon de négocier...» C'est en termes clairs une fin de non-recevoir à toute proposition du président de la République Jean-Bertrand Aristide qui ne correspondrait pas aux desiderata de la Convergence.

Arrimés à leurs intérêts personnels, les dirigeants de Fanmi Lavalas sont maintenant totalement vassalisés par la communauté internationale. Après le départ de la mission OEA/Caricom, le porte-parole de Fanmi Lavalas, Jonas Petit ne pouvait que dire espérer que la prochaine mission de l'OEA dirigée par le secrétaire général César Gaviria aurait la vertu d'apporter une solution définitive: «Nous continuerons à travailler, tenir des rencontres, continuer d'évaluer les éléments de proposition jusqu'à aboutir à une solution qui, nous l'espérons, sera vraiment une solution d'équilibre, durable, et qui nous permettra de sortir de la crise.» Mais se rendant compte sans doute que son parti est déjà allé trop loin dans la compromission, le président du Sénat et représentant national par intérim de Fanmi Lavalas Yvon Neptune a tenté un recul en plaidant pour des corrections partielles aux élections du 21 mai, donc contre leur annulation pure et simple. Pour lui les démarches des partis politiques d'opposition visent à réaliser un véritable coup d'Etat contre la volonté populaire: «A chaque fois que le peuple exerce ses droits, choisit ses représentants dans des élections, il y a toujours un coup d'Etat dans le pays pour créer la terreur, l'insécurité, la mort», a constaté Neptune. Et il aurait pu ajouter qu'il deviendra de plus en plus difficile de rallier le peuple autour d'un parti qui compromet les intérêts du pays pour pactiser avec ses ennemis. En fin de compte, à quoi pouvait-on s'attendre de cette nouvelle visite de Luigi Einaudi? À rien de neuf. C'est en effet une visite «exploratoire» qui devrait permettre au secrétaire général César Gaviria, lui-même, de manifester au moment choisi son autorité pour imposer «en toute liberté» la solution de Washington.

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