Haïti Progrès [HOME]
9 au 15  Mai 2001


Une alternative populaire nécessaire

Le président Jean-Bertrand Aristide doit avoir ses raisons - «que la raison ne connaît pas» - pour se soumettre totalement aux diktats de ses adversaires politiques internes et ennemis traditionnels du peuple haïtien. Restant sourd aux appels réitérés de ce qui reste de patriotes dans le pays, il poursuit imperturbable sa politique de génuflexion devant la réaction internationale et cette envie insensée de se faire accepter par la bourgeoisie patripoche au mépris des intérêts du pays et du peuple haïtien. Le temps presse pourtant, et pas l'ombre d'un sursaut des dirigeants. Dans ce climat qui s'assombrit de jour en jour, le Parti populaire national (PPN) a encore donné le 8 mai 2001 à Port-au-Prince une conférence de presse pour tout au moins fixer sa position sur les interminables négociations et tractations politiques en cours et mettre à nu pour le peuple haïtien leur nature réelle.

Sous la houlette des Etats-Unis d'Amérique, les valets locaux s'emploient à faire durer le plaisir avec des invitations et contre-invitations à négocier à n'en plus finir, ce que le secrétaire général du PPN, Ben Dupuy, a qualifié de «crise synthétique, film à épisodes et roman-feuilleton» qui voudrait tenir les Haïtiens en haleine et leur faire prendre l'ombre pour la proie. «Nous autres, nous appelons cela une fausse crise, car nous pensons qu'entre les deux parties il n'y a pas de différence fondamentale. C'est plus une lutte pour le pouvoir qui se fait. Et nous savons aussi que ce n'est pas simplement une lutte pour le pouvoir politique, puisqu'on sait qu'en Haïti le pouvoir politique amène à l'enrichissement. Nous avons vu beaucoup d'individus débuter une carrière politique sans un sou pour en un rien de temps construire de gros châteaux et régenter de grandes institutions, etc.», a déclaré Ben Dupuy. Et pour illustrer ses propos, il a rappelé que le ministre du Commerce Stanley Théard, qui occupait le même poste sous Jean-Claude Duvalier n'a pas été le moindrement inquiété malgré les preuves agitées par Haïti-Progrès du détournement de 4,5 millions de dollars réalisé en complicité avec le ministre des Finances d'alors Frantz Merceron. Bien au contraire, Stanley Théard est plus qu'une «ouverture» politique puisqu'il semble avoir les coudées encore plus franches pour nouer des «affaires» en République dominicaine, par exemple. On voit bien qu'aucun problème de base n'oppose les deux protagonistes qui ont chacun leurs macoutes, leurs bourgeois et leurs hommes de main, les mêmes patrons étrangers au bénéfice desquels ils ont accepté tous d'appliquer le même programme économique néolibéral qu'ils dénommaient hier encore «plan de la mort». «Nous pensons que la crise haïtienne, la crise réelle c'est une crise sociale, une crise structurelle vieille de 200 ans où une petite élite exploite la grande majorité du peuple et conduit le pays à une situation de véritable catastrophe. Aujourd'hui je ne crois pas que ce soit ces problèmes qui ont été posés», a fait observer le dirigeant du PPN.

En effet, la rencontre du 3 mai au Palais national a été encore plus révélatrice. Les participants, à l'exception des membres de la Convergence qui étaient absents pour des raisons tactiques, se sont entendus pour faire tout simplement, comme s'ils détenaient un mandat quelconque -, de la proposition du CLED (Centre pour la libre entreprise et la démocratie) la base de la «reprise des négociations» avec justement la Convergence.

Après les considérations factices sur «l'avenir du pays», le document du CLED agréé par son double que représente l'Initiative de la société civile, est constitué de huit points dont le dernier est agrémenté de multiples sections de a à e. Les points forts de cette proposition ce sont la reconnaissance de la légitimité d'Aristide et l'annulation des élections du 21 mai 2000. On se dirige donc vers un compromis entre les parties en conflit, d'autant que Washington devait déléguer à Port-au-Prince son «ministre des colonies», le secrétaire général de l'OEA César Gaviria qui, attendu le 9 mai, aurait différé sa date d'arrivée. Pas étonnant non plus que la Convergence ait prétendu opportunément que parce que le Mupanah (Musée national) ne constituait pas un lieu neutre, qu'elle ne prendra pas part aux négociations qui devaient s'y tenir ce même 9 mai. Le fruit ne serait pas encore assez mûr, d'après l'Oncle Sam, pour inviter ses laquais à procéder au partage final.

Cette affaire d'annulation des élections du 21 mai recèle une grande contradiction pour le secrétaire général du PPN, qui a rappelé une série de déclarations faites par des représentants de la communauté internationale, lesquelles avaient été publiées dans le journal Haïti-Progrès au lendemain de ces élections. «Je signale que les opérations électorales se sont bien déroulées d'une façon acceptable qui permettrait justement d'établir leur crédibilité», avait dit Orlando Marville de la mission d'observation électorale de l'OEA dans son rapport préliminaire. Plus loin le même Marville avait déclaré: «Ceux qui savent pertinemment qu'ils ne vont pas remettre grand-chose vont parler de fraudes.» La mission d'observation de la Francophonie avait pour sa part demandé aux différents acteurs politiques de respecter la volonté populaire. Elle rejoignait par là le porte-parole du Département d'Etat Richard Boucher qui avait indiqué que «ces élections étaient un reflet de la volonté du peuple haïtien de choisir ses dirigeants à travers des élections libres et ouvertes». La controverse ne concernait que des sénateurs élus au premier tour. Comment compte alors s'y prendre Aristide aujourd'hui pour renvoyer les 7633 élus du 21 mai qui pour la plupart se sont appauvris pour mener leur campagne électorale. Juste pour plaire à ceux qui veulent tout contrôler par tous les moyens afin de régenter le vote des lois assassines nécessaires aux réformes économiques néolibérales. Fera t-il comme Henri Namphy après le coup d'Etat du 19 juin 1988, en les nommant «coordonnateurs de micro-projets» avec l'autorisation de dilapider les fonds de ses fameux «petits projets de la présidence»?

En vérité, les retours d'Aristide au pouvoir auront été une continuelle marche en arrière, en contradiction totale avec les idéaux du 16 décembre 1990 qu'il arborait à son arrivée le 7 février 1991. «Nous remarquons que de plus en plus ceux qui avaient lutté pour les idéaux du 16 décembre 1990 - justice, transparence et participation - eh bien ils ont été mis à l'écart pour faire place aux forces des ténèbres, aux duvaliéristes, aux tontons macoutes. Et aujourd'hui nous voyons des choses bizarres dans le pays. Les cagoulards sont revenus sur la scène en kidnappant les gens», comme cela a été le cas pour le journaliste Addoulaye Gedewengue qui menait des enquêtes sur le massacre de Raboteau et l'assassinat du PDG de Radio Haïti-Inter Jean L. Dominique. Loin de penser aux problèmes fondamentaux du pays, les autorités lavalassiennes se sont tournées donc vers un vulgaire «partage de gâteau», en espérant en retenir un morceau, quoi qu'il advienne, grâce à leur indéfectible soumission.

Face à cette trahison de la cause nationale et ce reniement des idéaux du 16 décembre 1990 qui avaient soulevé tant d'espoir dans le pays, le Parti populaire national (PPN) a fixé pour l'histoire sa position de principe: «Nous autres du Parti populaire national (PPN) disons au peuple haïtien que nous n'avons pas lutté pour faire le 16 décembre 90 puis revenir à nos vomissures. Cette affaire de participation n'est pas à la mode ces jours-ci. Donc nous disons au peuple haïtien que le PPN respecte toujours ses engagements et ses principes. Il n'entre pas dans les politiques de croc en jambe, de promesses fallacieuses du genre "sa ap bon tout bon". Alors qu'en fait cela aura été réellement bon pour les autres. Nous déclarons donc que s'il y a une opposition réelle voulant marcher effectivement avec les masses populaires, c'est le Parti populaire national. En dehors de cela ce ne sont que de rivalités pour partager le pouvoir en vue de piller les caisses de l'Etat, et pour régler ses propres affaires sur le dos du peuple.» Il n'est point question de compter désormais sur ceux qui marchandent la dignité du peuple haïtien, le trompent en l'endormant tout en effectuant entre-temps des manoeuvres d'antichambre à leurs propres fins, il faut une alternative véritablement populaire construite dans la participation et la transparence avec pour guide des principes dans ses objectifs et dans ses actes.

Encore sous le choc face aux revirements spectaculaires de ses faux leaders et écarté par eux de toute décision concernant son sort, le peuple haïtien tarde à s'exprimer là-dessus. Néanmoins il reste et demeure le seul juge qui devra prendre son courage à deux bras pour se remettre à la lutte pour changer ses conditions de vie, car personne ne le fera à sa place.

www.haitiprogres.com - Cette Semaine/HOME*~http://www.haitiprogres.com/Archiv.htm