Une Fête du travail sous le signe
des revendications populaires!Cette année encore les ministères de l'Agriculture et des Affaires sociales ont célébré la Fête de l'agriculture et du travail avec la foire traditionnelle à la capitale. Celle-ci a débuté le samedi 28 avril en présence des responsables de ces deux ministères, de diplomates étrangers tel l'ambassadeur taïwanais, la mairesse de la capitale et des représentants des secteurs patronal et syndical. Plus de 150 produits devaient être exposés au Champ-de-Mars sur les places des Héros de l'Indépendance. L'objectif présumément visé était de faire apparemment la promotion de la production nationale. Bien entendu, à défaut de cette augmentation de la production nationale proprement dite, les discours sans conséquence sur le thème à la mode nont pas manqué. «Le véritable phénomène de la globalisation économique avance à grands pas et frappe déjà à nos portes. Il est évident que la production nationale en général et le secteur agriculture en particulier ne sont pas du tout prêts pour supporter ce choc. Tard, oui, mais trop tard, non; difficile, oui, mais impossible, non. Quoiqu'on dise, il y a de multiples raisons et moyens pour travailler à modeler notre agriculture pour en faire un des fers de lance de notre économie», a déclaré solennellement le ministre de l'Agriculture Sébastien Hilaire, qui a dit croire que nous disposons en ce sens des atouts que représentent: les ressources naturelles, un marché interne important, des avantages comparatifs indiscutables, et des opportunités de création d'entreprises rentables et d'emplois durables. Cela ne lui coûtait rien de déclamer ainsi. Et il nétait pas le seul, puisque se déroulait aussi une causerie sur l'intégration régionale.
Les produits exposés trouvaient cependant peu d'acheteurs malgré l'affluence. «Depuis trois jours que nous sommes là, vous comprenez, nous commençons, mais nous ne voyons pas de grandes activités car les produits sont chers. Les gens ne peuvent pas les acheter... Un régime de banane se vend 300 gourdes...», s'est plaint une marchande. Trois cents gourdes à la foire et environ 125 gourdes au marché public, la différence est énorme. Est-ce cela la compétitivité des produits locaux face à la terrible concurrence étrangère favorisée par l'application du plan néo-libéral? Est-ce cela la promotion de la production nationale? Incidemment le président Aristide s'était rendu à Jacmel en ce jour-là et il devait délivrer un message dans l'après-midi.
Pour leur part les syndicats ont voulu exprimer, comme de fait, leurs revendications à travers une marche pacifique dans les rues de la capitale. Regroupés au sein du dénommé Collectif syndical haïtien, la FOS, la CTH, la CAT, l'OGITH, la COTA, l'UNNOH et des syndicats du secteur public ont défilé à Port-au-Prince pour réclamer plus de travail, de l'électricité et la sécurité. Partis du Kiosque Occide Jeanty ils y sont revenus pour organiser un débat, après avoir lu un message devant le ministère des Affaires sociales et un autre devant le Palais national. «Allez au Parc industriel, que voyez-vous, vous ne voyez pas d'entreprises, de factories. Il n'y a pas d'usines travaillant réellement dans le pays», a déclaré Joseph P. Charles de la FOS (Fédération des ouvriers syndiqués). L'OTR (Organisation des travailleurs révolutionnaires) a aussi une marche réclamant entre autres 2 mille gourdes de salaire mensuel minimum pour les travailleurs au lieu des 36 gourdes par jour payées actuellement.
Mais c'est la paysannerie qui a montré la plus grande combativité, qui a le mieux articulé les revendications populaires et nationales en ce 1er Mai. Différentes manifestations ont eu lieu dans l'Artibonite pour exprimer leurs revendications contre l'accaparement des terres par les grands dons, contre l'indifférence du pouvoir Lavalas à leur endroit et particulièrement contre la corruption des représentants gouvernementaux, particulièrement contre la gestion de l'Organisme de développement de la vallée de l'Artibonite (ODVA). En effet, une manifestation partie de la localité de Pont-Sondé vers les 10 heures 30 du matin se rendait devant le siège de l'ODVA. Plus de 500 paysans s'y rassemblaient pour écouter plusieurs d'entre eux exprimer leurs problèmes et leurs tourments dans la situation actuelle. Le représentant du Parti populaire national (PPN) donnait lecture du message de ce Parti, qui est à l'avant-garde pour la défense de la paysannerie et de la classe ouvrière dans la lutte qu'elles mènent contre l'exploitation et l'abandon de leurs intérêts au profit des classes dominantes et du capitalisme international par les dirigeants politiques, les syndicats jaunes et autres opportunistes.
Nous reproduisons ci-dessous en français le message du PPN lu en cette occasion.