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18 au 24  Avril 2001
Actualité politique


Imminence d'une entente
contre le peuple?

Onze mois après les élections du 21 mai 2000, Fanmi Lavalas et l'opposition ne sont pas encore parvenues à sortir de la crise politique qu'elles entretiennent. Affrontements, médiations étrangères, «négociations» inter-haïtiennes sous les auspices de la «société civile», elle-même tributaire de la communauté internationale, ultimatum de Washington ou de ses mandataires, Lavalas et la Convergence n'ont pas encore trouvé la bonne formule pour s'entendre pour le partage, malgré les nombreuses concessions du parti d'Aristide qui, pour avoir tourné le dos à la cause populaire et à sa base politique, sera tôt ou tard acculé à rendre les armes.

Dans ce contexte, les rivaux ont envoyé des signaux laissant entendre qu'ils veulent reprendre les pourparlers suspendus depuis le 5 février 2001, soit deux jours avant l'investiture du président Jean-Bertrand Aristide. Après les nombreuses déclarations d'intention tous azimuts, la Convergence a pris l'initiative d'organiser le jeudi 19 avril à l'hôtel Villa Créole une «journée de réflexion» sur la crise politique. «Nous avons entendu les cris des divers secteurs demandant aux deux principaux protagonistes de faire un effort. Il est vrai que la Convergence n'a pas le même niveau de responsabilité que Fanmi Lavalas, mais pendant la période de Carême nous ne chômerons pas; nous avons réfléchi et avons jugé nécessaire d'organiser une rencontre de réflexion sur la crise avec tous les secteurs, c'est-à-dire une rencontre qui nous permettrait de trouver une issue», a déclaré Evans Paul de la KID/Convergence. Au centre des débats devront se trouver, d'après lui, les points suivants: nécessité d'un accord politique, gouvernabilité du pays, relance de l'économie, justice et sécurité. Rien de bien nouveau en fait, sauf que les tuteurs veulent passer à autre chose et l'ont fait savoir. Pour se renforcer, la Convergence veut rassembler autant d'individus et de groupes socio-politiques possibles qui tiennent le même langage qu'elle. «En gros, c'est cela. Nous croyons que c'est une initiative qui devrait trouver l'adhésion ou bien le support de différents secteurs, pour que nous fassions le premier pas nécessaire dans la direction de la crise à laquelle le pays est confronté», a poursuivi Paul.

Acculé politiquement malgré un certain appui populaire, et peut-être pour ne pas compromettre sa participation au Sommet des Amériques qu'il considère comme la reconnaissance internationale à laquelle il semble tenir plus qu'à toute autre chose, Aristide s'est évertué à faire preuve de davantage de flexibilité. Son parti a exalté tous les appels à la négociation. «Nous autres de Fanmi Lavalas, quel que soit le groupe de la communauté internationale dûment représenté et connu de tout le monde, qui veut venir nous accompagner sur la route de la paix afin d'avoir un accord politique, un bon démarrage économique, eh bien, nous de Fanmi Lavalas accueillerons cette mission les bras ouverts», a déclaré le sénateur de la Grand'Anse Lans Clonès qui faisait allusion à l'éventuelle nouvelle mission de l'ONU en Haïti. Il a loué la énième mission du secrétaire adjoint de l'OEA Luigi Einaudi en Haïti et les démarches de la «société civile» haïtienne en ce sens. «La société civile devrait être plus large parce qu'elle n'est pas représentative de tout le monde. Mais nous pensons que c'est une initiative louable», a noté Lans Clonès.

Ces manifestations de bonne volonté ne sont pas du tout étrangères à des pressions exercées sur les protagonistes notamment par la communauté internationale et ses représentants sur place qui interviennent à leur gré. L'ambassadeur des Etats-Unis Brian Dean Curran, agissant ouvertement en proconsul, a clairement ordonné aux belligérants de trouver un compromis politique et aux opérateurs économiques de présenter un programme économique commun. Ces ordres ont été relayés par le nonce apostolique Luigi Bonnazi et le président de la Conférence des évêques, Mgr Hubert Constant.

Depuis lors des initiatives sont lancées de toutes parts: pour le dialogue politique la Convergence a pris les devants bien qu'on ait demandé au pouvoir en place de faire à nouveau le premier pas; le Centre pour la libre entreprise et la démocratie (Cled) a repris le chemin des colloques. Intitulé «Haïti face à l'intégration économique régionale» le dernier en date a débuté ce mardi 17 avril à l'hôtel Montana. Mais chaque camp continue à vouloir montrer que la mauvaise foi se trouve chez l'autre. «Nous croyons qu'il est de notre devoir comme patriote, comme groupe politique de faire un pas en vue d'aller au-delà de notre orgueil pour montrer que nous voulons vraiment participer aux solutions au lieu de rester bloqués sur les problèmes», a dit Evans Paul, qui sait qu'en réalité la Convergence n'a rien à donner et que Fanmi Lavalas devra se soumettre à d'autres concessions.

Néanmoins ces bonnes volontés proclamées n'indiquent pas déjà un facile consensus. L'intransigeance, notamment chez la Convergence, et les coups bas reprendront une fois qu'un adversaire se sera mis en tête que l'étranger est de son côté. «Nous disons que notre priorité, ce qui vraiment nous mobilise et motive, c'est de voir comment débloquer la situation. N'oubliez pas que chacun demeure sur sa position et sur ce qu'ils ont dit. Sur ce que M. Aristide avait conclu avec l'ancien président Clinton, soit ce qu'il avait envoyé M. Antonio dire devant l'OEA. Et nous autres de la Convergence nous maintenons notre proposition en 17 points. Nous avons le Cled qui a fait une proposition. Les propositions sur des propositions, mais le problème est resté le même» a encore dit Paul. On ne saurait être plus clair, malgré le prétendu premier pas, pour remettre la balle dans le camp d'Aristide.

Celui-ci sera au Sommet de Québec à la fin de cette semaine, et il compte y gagner des galons pour ne pas trop céder à ses rivaux au retour au pays. Mais la Convergence ne compte pas lui laisser le champ libre là non plus, et certains des dirigeants de cette alliance ont aussi pris le chemin de l'Amérique du Nord. Tels Grérard Pierre-Charles, qui y vient sans doute relancer entre autres un proche membre du Parti républicain et Chavannes Jean-Baptiste, qui tentera de voir à Montréal si ses anciens contacts, au temps où le Mouvement des paysans de Papaye était considéré comme un groupe progressiste, ne l'ont pas encore démasqué. Mais Aristide n'entend pas se faire damer le pion sur ce terrain, et ses représentants sont depuis longtemps sur place pour remobiliser au besoin la diaspora où il compte effectivement beaucoup plus de troupes que ses adversaires qui doivent uniquement agir dans l'ombre. C'est ainsi que son ministre de l'Intérieur Henri-Claude Ménard venait donner ses instructions à ses «antennes» à Montréal, et que son ancienne ministre du Dixième Département (actuellement ministère des Haïtiens vivant à l'étranger) Farah Juste lance des appels de Floride pour que les partisans de Fanmi Lavalas aillent ovationner le président Aristide à Québec pour impressionner la galerie. «Nous autres de Miami, de New York, New Jersey, Boston, de partout, savons que Lavalas au plan de popularité ne se compare peut-être qu'aux charismatiques, au football et au carnaval. Alors c'est dans ce sens que nous autres allons apporter notre soutien au président Aristide au moment de son discours au Sommet des Amériques», a annoncé cette dernière. Les protagonistes s'arrangent donc pour mettre le paquet, chacun de son côté, comme s'il s'agissait du dernier round, avant qu'ils soient obligés par les tuteurs de trouver un terrain d'entente, ou plutôt qu'ils s'accommodent sur le dos du peuple.

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