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18 au 24  Avril 2001


Pourquoi Fanmi Lavalas
veut-il une nouvelle mission de l'ONU?

Empêtré et entraîné dans une série de concessions qui en entraînent d'autres, le régime Lavalas est prêt à tout concéder pour être «l'élu» de la communauté internationale face à ses rivaux de la Convergence démocratique. Liquidation de ce qu'il reste du patrimoine national, génuflexions et négation complète de la dignité nationale, abandon sans remords de la cause populaire, etc. Tout y passe. D'autant qu'en agissant de la sorte, il pense couper l'herbe sous les pieds de la Convergence démocratique dans la course au meilleur laquais. Les deux adversaires ne reculent plus devant rien pour montrer qu'ils sont les plus aptes à servir les intérêts étrangers dans le seul but d'occuper l'avant-scène d'un pouvoir politique de façade.

Une autre manifestation de cette politique misérable a été la décision du président Jean-Bertrand Aristide d'appeler au retour de la présence de l'ONU en Haïti, à peine quelques mois après que le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan eut décidé de ne pas renouveler le mandat de la mission civile (MICIVIH). Annoncée à un moment crucial où les bailleurs de fonds internationaux (Banque mondiale et FMI) et l'OEA vont discuter à Washington de la question de l'aide internationale à Haïti, la mesure est vue même par le Miami Herald comme «une concession à la communauté internationale et une reconnaissance des conditions économiques précaires d'Haïti, qui a besoin de l'aide internationale pour s'améliorer» (Miami Herald, 11-04-01). Pour une question si importante, le gouvernement n'a même pas daigné mettre le peuple haïtien au courant. Le ministre des Affaires étrangères s'était déjà chargé de présenter la demande à l'ONU sans rien soumettre ni en glisser un mot au Parlement.

L'opinion publique nationale ne compte même plus. N'est-ce pas ironique de croire que pour améliorer la situation économique déplorable d'Haïti, ses dirigeants n'ont besoin que de l'abandonner pieds et poings liés à ceux-là mêmes qui avaient encouragé sinon créé ces conditions économiques précaires? La gestion lavalassienne a largement contribué par sa couardise et ses reniements à nous enfoncer davantage dans ce bourbier.

Les diplomates étrangers s'érigent presque tous en donneurs de laçons, sans le moindre égard et au grand mépris des conventions internationales. Encore une fois, le 11 avril, lors d'une rencontre à la Chambre du commerce du Cap-Haïtien, l'ambassadeur des Etats-Unis, Brian Dean Curran, s'est comporté en véritable pro-consul. «Il est clairement souligné qu'à maintes reprises que le gouvernement et l'opposition ont besoin d'entamer un dialogue dans le but d'arriver à une solution rituellement (sic) acceptable des problèmes associés aux élections du 21 mai 2000. Le président américain et l'administration américaine ont basé leur approche de la crise haïtienne à partir de l'engagement en huit points pris par le président Aristide envers le président Clinton en décembre 2000 et renouvelé au président Bush dans un échange de lettre en février cette année... Les 8 points, particulièrement les 3 points... actuellement à la crise politique n'étaient jamais considérés comme des solutions en soi et ils ne sont que des suggestions. Le président (Bush) a bien dit, les a appelés 'point de départ', donc point de départ pour un dialogue constructif», a déclaré Dean Curran qui a appelé les acteurs politiques (Fanmi Lavalas et Convergence démocratique) et les opérateurs économiques à trouver respectivement un «compromis politique et un programme économique commun.» Comme on peut le voir, malgré les concessions, plutôt la capitulation sans conditions de Fanmi Lavalas, il en est toujours au même point. Et le nonce apostolique disait carrément qu'il fallait des concessions des deux côtés, mais que le pouvoir Lavalas devait «faire le premier pas». Ce qui veut dire que tout ce que le régime a fait depuis est à somme nulle.

Mais les dignitaires Lavalas appellent cela «campagne diplomatique», une campagne diplomatique à leurs propres fins bien entendu, sans considération aucune pour le peuple qui les a élus. Et on n'en finit pas. Car dans le cadre de cette prétendue sensibilisation de l'opinion internationale sur la bonne volonté de son gouvernement, le ministre des Affaires étrangères Philippe Antonio Joseph a présenté sans vergogne comme preuves de cette bonne volonté l'intégration de macoutes, de bourgeois putschistes, de cleptomanes au gouvernement et au CEP, outre la toute dernière et récente concession: l'organisation d'élections législatives anticipées, réduisant de deux ans même les mandats des élus non contestés par la communauté internationale.

De son côté, sans bien sûr contester la capitulation d'Aristide face au maître commun, par contre la Convergence démocratique n'a pas vu d'un bon oeil que Lavalas lui vole ses garanties internationales. «M. Antonio n'avait pas compris le message de la communauté internationale récemment à l'assemblée permanente de l'OEA le 14 mars dernier. Cette communauté est fatiguée avec Haïti, ou bien avec cette politique haïtienne de crise systématique. Ces gens-là sont fatigués de se faire rouler par Lavalas, ils veulent que les Haïtiens assument leurs responsabilités. Ils insistent pour que les élections contestées de l'année 2000 soient réglées et que finalement les Haïtiens soient à même de diriger leur pays», a réagi Evans Paul alias K-Plim face à la demande d'envoi d'une nouvelle mission de l'ONU en Haïti. On voit encore que loin de défendre la souveraineté nationale, Evans Paul et la Convergence ne veulent point que le pouvoir Lavalas ne s'accapare point pour lui seul de la tutelle étrangère.

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