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4 au 10  Avril 2001


Justice, transparence, participation
Trahison des idéaux du 16 décembre 1990

«Les morts avec les morts, les vivants avec les vivants. Sa ki mouri zafè a yo», tel a été l'amer constat que devait faire le secrétaire général du Parti populaire national (PPN), Ben Dupuy, au sujet de l'attitude actuelle des dirigeants au pouvoir, lors de la conférence de presse au local du journal Haïti-Progrès à Port-au-Prince le 2 avril 2001. Il faisait le point sur la position du PPN face à ce qu'il appelle «la trahison des idéaux du 16 décembre 1990» par Fanmi Lavalas. Ces idéaux ont depuis été identifiés par ces trois mots bien significatifs: justice, transparence, participation. Répétés à satiété en 1991 par le président Jean-Bertrand Aristide, ils constituaient alors les principes directeurs du grand Mouvement Lavalas. «Aujourd'hui, que constatons-nous? Y a-t-il de la justice? Y a-t-il de la transparence? Y a -t-il de la participation», s'est demandé Dupuy qui s'est proposé d'en établir le bilan à la lumière des faits.

«En ce qui concerne la justice, jusqu'à aujourd'hui, on se rend compte que l'appareil judiciaire reste bloqué. Je crois que presque tout le monde se met d'accord là-dessus. S'agit-il de crimes politiques, comme l'assassinat de Jean Dominique, Antoine Izméry, etc., jusqu'à cette date 'l'enquête se poursuit', comme toujours», a dit le leader du PPN qui a rappelé les dénonciations de crimes économiques commis par les manitous du régime de Jean-Claude Duvalier qui viennent d'être recyclés dans le gouvernement actuel. Principalement Stanley Théard, actuel ministre du Commerce, qui comme par hasard occupait la même fonction sous Duvalier. Le pillage des fonds publics en complicité avec l'ancien ministre des Finances Frantz Merceron a été clairement et amplement démontré antérieurement, preuves à l'appui (voir Haïti-Progrès, Vol. 19 Nº 1, 21-03-2001).

La combine, qui a coûté 4,5 millions de dollars US au Trésor public, consistait en la passation d'un contrat illégal et fictif avec l'entreprise Soprina (aujourd'hui Spia) montée de toutes pièces pour le stratagème. C'était en 1983. Depuis lors, suite au rapport de la Commission d'enquête administrative créée par le ministre de la Justice d'alors, Stanley Théard était recherché activement par la justice haïtienne qui avait emprisonné deux de ses complices: Jacqueline Volel Brisson et Gilbert Léger. «Nous pensons que dans n'importe quel pays démocratique, avec un tel dossier il y a longtemps que le ministre Théard non seulement aurait démission ou été forcé à le faire. Pour que le ministre de la Justice reprenne le dossier, l'enquête et faire en sorte que les crimes économiques soient punis... Car quand des individus pillent la caisse publique cela occasionne la mort et la souffrance pour des dizaines et des centaines de milliers de personnes. Parce que cet argent qu'ils ont volé devait servir à créer des dispensaires, des hôpitaux, des conditions sanitaires pour que la population cesse de mourir de toutes sortes de maladies. C'est une sorte de crime silencieux», a dit Ben Dupuy. Non seulement Stanley Théard reste toujours ferme au poste, il a déjà entrepris de nouveaux négoces, pour ne pas dire de nouvelles «affaires». Suite à une visite rapide la semaine dernière dans la capitale haïtienne de son homologue dominicain Àngel Lockward, la presse de Santo Domingo a fait amplement état des nouveaux projets du couple. Par exemple, comme le rapportait le quotidien El Nacional le 29 mars dernier, «la République dominicaine vendra à Haïti les excédents de produits agricoles divers et on procédera à la normalisation des relations commerciales, à l'intérieur d'un accord de coopération signé entre les deux nations...» L'accord aurait déjà été signé par Théard et Lockward, si l'on en croit le même journal. Il est même question d'un traité de libre-échange. Mais pour comble d'ironie, alors qu'Haïti serait censée recevoir les «surplus» de la République dominicaine, on apprenait que les douaniers dominicains de Dajabòn avaient procédé à la saisie durant le week-end de 52 quintaux de haricots entrés en contrebande dans trois véhicules tandis que de leur côté des militaires découvraient sept sacs de riz et quinze de fèves rouges. Stanley Théard devrait chercher à garder ses «surplus» plutôt que de les «exporter». Sans parler de l'absence de toute transparence autour de ces contrats et traités qui n'ont point été publicisés en Haïti, et sur lesquels les parlementaires semblent fermer les yeux, trop occupés à faire du spectacle avec des convocations bidon de ministres de leur propre Parti (Fanmi Lavalas) sans que cela aboutisse à quoi que ce soit.

Pour illustrer encore l'impunité face aux crimes politiques et économiques qui caractérise désormais le régime Lavalas, le secrétaire général du PPN a sorti un autre dossier préparé en février 1987 sur les détournements de fonds effectués par l'ancien dictateur Jean-Claude Duvalier, ses parents et ses acolytes. Ce dossier avait été remis personnellement par Ben Dupuy, responsable alors de l'APN (Assemblée populaire nationale), au président Aristide qui à son tour l'avait remis à son ministre de la Justice d'alors, Me Bayard Vincent. Copies de chèques et autres preuves matérielles à l'appui, le document dûment signé par les autorités, atteste que des 800 millions de dollars US d'aide internationale octroyée à son gouvernement, Duvalier, sa famille et des complices notoires tels que Jean Sambour, Auguste Douyon et Frantz Merceron (l'associé de Stanley Théard) ont siphonné 510 millions. Aujourd'hui le peuple haïtien rembourse chaque année 50 millions de dollars de service de la dette! Qu'est-ce qui a été entrepris contre ces dilapidateurs des fonds publics? Rien. Les voleurs d'aujourd'hui protègent leurs devanciers. Cela se comprend. De même, récemment le nouveau ministre du Plan Marc L. Bazin s'est réjoui que la BID allait décaisser 30 millions de dollars en faveur d'Haïti, en faisant remarquer qu'il nous faut déjà payer 3 millions de dollars d'intérêts pour cet argent que nous n'avons pas encore reçu. «Donc, c'est l'application du plan néolibéral... Ce plan dénommé "plan de la mort", "plan américain pour Haïti" que Lavalas avait juré qu'il n'allait pas appliquer», a fait remarquer Ben Dupuy.

De même, Dupuy a également montré et rappelé le «Si m pa rele», ce fameux rapport de la Commission nationale de justice et vérité sur les crimes politiques commis pendant le coup d'Etat (septembre 1991 - octobre 1994). Ce volumineux document, la responsable de la CNJ Françoise Boucard l'a remis à l'Exécutif deux jours avant le 7 février 1996. En même temps, une liste discrète l'accompagnait qui comprenait les noms de personnes sur qui pesaient de lourdes présomptions dans la perpétration des crimes dénoncés (voir Haïti-Progrès, volume 12 Nº 40, 41, 42). Aucune suite judiciaire n'y a jamais été donnée, et le document moisit encore dans les tiroirs du ministère de la Justice. «Les morts avec les morts, les vivants avec les vivants. Sa ki mouri zafè a yo», a dû reconnaître à nouveau le dirigeant du PPN.

Depuis la chute de Duvalier en 1986, les gouvernements qui se sont succédé au pouvoir, ceux des duvaliéristes sans Duvalier et les Lavalassiens d'aujourd'hui semblent se rapprocher de plus en plus. Si on ne commence pas par faire le nettoyage au sein même de ce gouvernement en mettant aux arrêts Stanley Théard, il sera clair pour tous que la tolérance et l'impunité continueront à régner en maîtres et qu'il n'y aura justice ni pour Jean Dominique ni pour personne. Le slogan «zéro tolérance» proclamé par Aristide récemment n'est donc que démagogie et tromperie. Or, «Jean Dominique a été tué justement parce qu'il soulevait ces dossiers de crimes économiques», commis par les nantis à l'encontre des laissés pour compte sous un régime censé être le fruit des combats de ces derniers.

Quant à la transparence, il n'en a jamais eu. Même pas pour jeter de la poudre aux yeux du peuple, à la manière des fameux procès de Carrefour-Feuilles et de Raboteau. Au mépris de la Constitution qu'ils adorent citer, les grands officiels des gouvernements Lavalassiens y arrivent pauvres comme Job et repartent riches comme Crésus, sans avoir déclaré leurs biens ni avant ni après. Il en est de même pour ce gouvernement macouto-bourgeois, bourré de corrompus. Le secteur populaire qui, grâce à sa résistance, a pu déjouer tous les complots et porté Fanmi Lavalas au pouvoir, est toujours mis à l'écart quand l'heure est venue de prendre les décisions engageant l'avenir de la nation. «Ils amassent de grands capitaux, ils construisent de grands palais, ils ont de grandes institutions. Personne ne sait d'où vient cet argent», a déploré Dupuy.

«S'il y a de la participation aujourd'hui, c'est uniquement pour les macoutes et les bourgeois qu'ils qualifiaient de "patripoches'. Comme on peut le voir à travers et le gouvernement et le Conseil électoral provisoire récemment formés», a-t-il poursuivi. Les rivalités actuelles entre la Convergence démocratique et Fanmi Lavalas ne feront point disparaître ce constat: il n'y a aucune différence idéologique réelle entre les deux groupes. Ils se retrouvent tous les deux dans l'application du plan néo-libéral qu'ils honnissaient autrefois. «Ils font les mêmes génuflexions devant la communauté internationale c'est-à-dire les grandes puissances coloniales. Tous les deux ont leurs macoutes, leurs anciens militaires et leurs propres chimères», a dénoncé le dirigeant du PPN Ben Dupuy. Qu'est-ce qui les oppose alors? Ils s'entre-déchirent pour le pouvoir, un pouvoir qui leur permet de s'enrichir au détriment de la caisse publique. Bonnet blanc, blanc Bonnet!

La trahison des idéaux du 16 décembre 1990 par Fanmi Lavalas n'a pourtant pas étonné les gens avertis. Lavalas a suivi en cela le parcours caractéristique de tous les mouvements populistes. Cette misère idéologique et décadence des mouvements populistes a été bien rendue par l'ancien président dominicain Leonel Fernandez dont nous citions le texte à ce sujet la semaine dernièreL: «Au moment de parvenir au gouvernement ce que doivent affronter ces leaders populistes, ce ne sont point les problèmes de la liberté, de la démocratie et des droits humains, mais bien celui de l'hyper-inflation, de déficit fiscal, de dette externe, et le taux élevé de l'inflation et du chômage. Pour résoudre ces derniers ils décident de mettre à exécution le programme d'ajustement structurel, de forte discipline fiscale, de baisse et du contrôle de l'inflation, aussi bien que la libéralisation et l'ouverture des marchés. Finalement ils s'inclinent pour appliquer une politique économique néo-libérale. La difficulté qui surgit alors est de voir comment gouverner en appliquant les mesures opposées à celles qui avaient été offertes durant le cours de la campagne électorale» (Haïti-Progrès, vol 19, #2). En fait, il ne s'agit pas uniquement d'une question de parti populiste, il s'agit du choix des dirigeants qui n'ont pas voulu évoluer ni personnellement ni avec le peuple, en pensant pouvoir continuer à fasciner les masses par leurs discours mais sans cesser de servir les oligarques et les puissants.

En définitive, on finit par se rendre compte que plus que ça change, plus c'est la même chose. Face à cette triste réalité, les masses populaires qui avaient consenti de si lourds sacrifices ne doivent point se laisser aller au découragement. Loin de là. «Je suis certain que le peuple haïtien va continuer à lutter jusqu'à ce que justice soit faite, jusqu'à que les choses changent vraiment dans le pays», a conclu le leader du Parti populaire national.

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Cela fait la 3e fois que les confrères de radio Vision 2000, radio Métropole, Télé Haïti, et radio Quisqueya n'ont pas participé aux conférences de presse du Parti populaire national (PPN), contrairement au passé où ils répondaient toujours présents à toutes ses activités. Cela nous porte à nous poser cette question: qu'est-ce qui se trouve à la base de cette attitude? On n'aura pas à chercher bien loin, si on se rappelle qu'au cours d'une interview accordée à la TNH, le secrétaire général du PPN, Ben Dupuy, avait fustigé l'attitude de ces médias qui sous couvert d'une prétendue objectivité versaient dans la désinformation ou prenaient partie pour un camp politique bien déterminé en déformant les faits dans la prétendue crise post-électorale haïtienne. Tel l'exemple de radio Quisqueya, qui qualifiait les élus issus des élections du 21 mai 2000 de «contestées», sans préciser par qui. Ce qui évidemment laissait entendre qu'elles étaient contestées également par radio Quisqueya.

Pour ces manipulations, Ben Dupuy avait demandé à ces confrères de remettre leurs pendules à l'heure. Depuis lors ces derniers s'absentent régulièrement aux invitations lancées par le PPN. Ce qui prouve que les suspicions initiales n'étaient point préjugées: ce sont des organes de presse qui défendent les causes des secteurs politiques macouto-bourgeois, tel qu'ils le font apparaître de plus en plus clairement. Pour s'en convaincre, il suffit de les capter une seule fois. Chacun a le droit d'avoir sa propre opinion ou position politique, néanmoins l'éthique journalistique exige une certaine décence et une impartialité dans le traitement de l'information. Encore une fois le PPN invite tous les journalistes haïtiens à plus d'objectivité.

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