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28 Mars au 3 Avril 2001
Actualité politique


Fanmi Lavalas et Convergence
en marche vers la réconciliation?

La direction politique de Fanmi Lavalas aurait-elle failli à la tâche que lui a confiée le peuple haïtien. Au cours des derniers mois, chacune de ses décisions a constitué un pas de plus vers l'abandon des idéaux de dignité et de justice du 16 décembre 1990. Jusqu'à présent on pouvait justifier certaines concessions comme tactiques ou bien par manque d'organisation. Mais une fois engagée sur la pente, elle ne semble plus vouloir s'arrêter et se retrouve en même temps à un tournant où un choix doit être fait. Nous ne remonterons pas plus loin qu'au mois de décembre dernier. Aristide, deux mois avant son investiture officielle, faisait parvenir au président Clinton, qui allait, lui, laisser le pouvoir à peine un mois plus tard, une lettre indiquant qu'il se conformerait aux huit points que lui avait transmis quelque jours auparavant Anthony Lake, l'envoyé de Clinton. Dès lors nous avions entrepris de lancer des signaux à Fanmi Lavalas lui indiquant que ce geste constituait un abandon de souveraineté et entrait en flagrante contradiction avec les intérêts du pays. D'autant plus que l'un des premiers actes de la 47e législature avait été de ratifier rapidement un traité signé entre l'ex-président René Préval et l'ex-secrétaire d'État Madeleine Albright autorisant les Etats-Unis à violer l'espace maritime, aérien et le sol du pays sous prétexte de poursuivre des trafiquants. En outre, avec l'arrivée de George W. Bush au pouvoir, on assiste plus à une volonté démesurée de lui plaire pour faire obstacle à la Convergence qui ne serait plus désormais qu'un concurrent à supplanter plutôt qu'un ramassis macouto-bourgeois. Ce que nous n'avions de cesse de démasquer régulièrement.

Mais voici que dans sa démarche, au bout du compte le gouvernement Lavalas nous a paru s'enfoncer de plus en plus dans la même voie. La preuve concrète allait nous être donnée avec la formation au début du mois de mars du gouvernement et l'accueil en son sein de suppôts du régime macoute des Duvalier, de putschistes, d'au moins un repris de justice bien connu. Quelle distance sépare désormais Fanmi Lavalas de la Convergence autre qu'une lutte pour détenir les leviers du pouvoir? Nous avions constamment dénoncé à l'instar du peuple haïtien la Convergence pour ce qu'elle est, nous ne pouvons que constater que le gouvernement Lavalas actuellement ne cherche point à s'en différencier. Au contraire, par la composition de son gouvernement le Parti dirigé par le président Aristide se met au diapason de son adversaire. Comme si cela ne suffisait pas, le CEP qui s'était courageusement consacré à réaliser les élections en surmontant tous les obstacles posés sur son chemin par l'IRI a été arbitrairement «démissionné» pour être remplacé rapidement par un autre au sein duquel on retrouve là encore des macoutes endurcis. Il s'agit en fait d'une attitude délibérée et provocatrice adoptée par Fanmi Lavalas pour se mettre à la remorque des classes dirigeantes sans aucun égard ni souci à l'endroit des revendications du peuple qui l'a porté au pouvoir.

Si dans le cas de la Convergence, on sait très bien qu'elle ne détient aucune base populaire, et que le peuple s'est rendu compte depuis longtemps de quel côté cette clique se situait, sa culture politique ne fait cependant que se renforcer à la lumière de ses nouvelles expériences. Il n'a pas lutté aux côtés de Lavalas pour mettre un frère jumeau de la Convergence au pouvoir. L'adhésion ou le soutien à un parti, à un leader ne sauraient être fonction de représentations mais d'un partage concret des idéaux populaires. Durant ces jours derniers, la population a encore une fois apporté son appui au régime pour faire cesser le chantage de la Convergence, mais pour s'apercevoir par les ambiguïtés et les retournements des dirigeants, ministres et parlementaires Lavalas, que ces derniers ont bien plus à coeur de plaire à la communauté internationale et satisfaire d'une façon ou d'une autre la Convergence, quitte à sacrifier les aspirations populaires, quitte à fermer les yeux sur les militants qui continuent à tomber victimes de ces secteurs auxquels le régime Lavalas fait les yeux doux. D'autres sont tombées au cours des derniers jours devant le local de l'OPL, abattues par les sbires abrités derrière les murs de ce parti, mais on n'a pu entendre de la bouche du président Aristide que ces mots: «Avec l'espoir nous suivons la route de la paix bras dessus bras dessous. Permettez-moi de vous féliciter d'avance.» Des félicitations, pourquoi? Combien de victimes faudra-t-il pour qu'elles cessent? Le régime Lavalas n'a-t-il d'autre but que de convaincre la Convergence qu'il n'existe aucune divergence entre eux, et que désormais la lutte des places a remplacé résolument dans son programme la lutte des classes?

On peut remarquer d'ailleurs qu'aucun des dirigeants de l'un ou l'autre ne s'est jamais aventuré à dénoncer les macoutes présents au sein de l'un et de l'autre. Le gouvernement par exemple n'a point réagi à la suite de la révélation qu'il abritait dans ses rangs un dilapidateur et pillard avéré des deniers publics en la personne de son ministre du Commerce Stanley Théard (voir Haïti-Progrès, Vol. 19 Nº 1), et l'opposition s'est bien gardé de souffler mot à ce sujet. Même sous un régime bourgeois quelconque, une telle affaire, une fraude aussi grossière, un scandale pareil aurait provoqué le renvoi immédiat ou la démission obligée du coupable. Mais le silence demeure la règle et l'impunité la loi.

Malheureusement les similitudes qui se font jour ne s'arrêtent point là. Ces adversaires n'ont point de contradictions entre eux concernant le programme économique, privatisations et autres, que veulent imposer au pays la communauté internationale et les Institutions financières internationales. Au contraire, le gouvernement Aristide - Chérestal s'y engage à marches forcées pour couper l'herbe sous les pieds de la Convergence. D'ailleurs, comme on l'a appris cette semaine, la BID, répondant au zèle du régime pour pouvoir obtenir de l' «argent frais», a su trouver un prétexte «humanitaire» pour annoncer le déblocage de millions de dollars pour Haïti au cours de la réunion qu'elle tenait la semaine dernière à Santiago du Chili. Ni Fanmi Lavalas ni la Convergence n'ont dans leur programme quelque chose qui n'entrerait pas comme un gant dans les visées des Institutions financières. On sait, grâce au rapport du FMI au début de cette année que les privatisations en Haïti sont pratiquement chose faite sinon accomplie. Le régime pour sa part continue à agir dans l'opacité, piétinant sans vergogne un de ses principes fondateurs qu'est la «transparence».

Cette annonce par la Banque interaméricaine de développement (BID) que des fonds allaient être débloqués pour Haïti (cependant par le biais des ONG) aura été sans doute un signal donné aux belligérants qu'il leur fallait trouver une entente. À l'indécision du gouvernement de faire procéder à la comparution de Gérard Gourgue ont répondu des déclarations pour cette fois moins belliqueuses de la part de certains dirigeants de la Convergence. D'abord presque tous les organismes de ou liés directement à la bourgeoisie qui ont fait paraître dans le quotidien Le Nouvelliste du 26 mars une pressante invitation à la reprise du dialogue. Ensuite l'ex-président de facto des militaires en 1987, Leslie Manigat dont les propos sont rapportés dans le même article et qui est intervenu, après un silence relatif, pour se contenter simplement de donner des leçons de «morale» au gouvernement concernant une éventuelle interpellation de Gérard Gourgue: «Il s'agit d'un acte qui ne serait fondé ni sur la raison, ni sur le droit, ni sur la morale, ni sur le réalisme politique.» Et l'intéressé, Gérard Gourgue lui-même qui, après avoir en maintes fois joué au président, a mis de l'eau dans son rhum pour affirmer que le délit d'usurpation de titre ne pouvait lui être imputé sur le plan légal, précisant même: «Je n'ai pas de fonction, je suis un symbole.» Il rappelait même pour l'occasion que le Premier ministre et le ministre de la Justice avaient été ses élèves, pour finalement reconnaître que «Aristide peut adresser une lettre aux membres de la Convergence et dire qu'il souhaite les rencontrer à nouveau, il doit le faire car il représente le pouvoir».

Comme on peut le constater, il s'agit bien désormais de deux groupes concurrents qui agissent sous la gouverne de la communauté internationale, principalement des Etats-Unis. Ils concentrent en leur sein les antagonismes qui peuvent exister entre des secteurs différents des classes dirigeantes. Fanmi Lavalas, à moins d'un brusque et significatif sursaut, s'enfonce de plus en plus et s'éloigne des idéaux qu'il était censé être porteur. Il est aussi vrai que les dirigeants de ce Parti sont toujours restés inamoviblement au stade d'un populisme qui ne pourra remplir ses promesses une fois confronté à la réalité. Il devra cependant rendre compte au peuple qui l'a accompagné et a cru trouver auprès de lui un guide pour affronter les classes dirigeantes et le capitalisme international.

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