Haïti Progrès [HOME]
14 au 21  Mars 2001
Actualité politique


Fanmi Lavalas engagé dans
des concessions sans fin

Qu'est-ce au juste l'Organisation des Etats Américains (OEA), une organisation inter-étatique ou un club international regroupant des associations politiques de l'hémisphère occidental? Telle est la question que tout esprit sensé serait amené à se poser devant un mauvais précédent en passe d'être créé à la faveur de ladite crise post-électorale haïtienne.

En effet, l'opposition réunie au sein de la Convergence démocratique cherche à se faire représenter à la réunion du Conseil permanent de l'OEA prévue pour le 14 mars 2001, au cours de laquelle la situation politique haïtienne sera une fois de plus débattue. On ne sait pas encore si ces démarches aboutiront car le secrétaire général adjoint de l'OEA Luigi Enaudi, lors de sa visite de 24 heures en Haïti (les 8 et 9 mars 2001), a laissé entendre que cela s'avérait difficile mais pas impossible. Vu que la communauté internationale a toujours montré son absence de principes dès qu'il s'agit de défendre les intérêts des maîtres du monde, il ne serait pas étonnant qu'en définitive les représentants de la Convergence arrivent à participer à cette rencontre. Même sur une base informelle, comme l'ont déjà laissé entendre les médias bourgeois proches de cette alliance d'opportunistes et de mercenaires. Si tel était le cas, ce serait une chose inédite dans les relations internationales. Et ce serait la reconnaissance à demi de l'existence de «deux gouvernements» en Haïti, comme le proclament ceux qui en fait soutiennent le «gouvernement provisoire» virtuel et «alternatif» de Gérard Gourgue. En un mot, on aboutirait à une politique réelle et ouverte de la porte semi-ouverte, semi-fermée, si la participation de l'opposition à cette réunion du 14 mars était rendue effective.

Par ailleurs, au lendemain de l'installation du nouveau Conseil électoral provisoire (CEP) intégrant des néo-duvaliéristes, le Centre pour la libre entreprise et la démocratie (CLED), un organisme créé de toutes pièces par l'IRI, sans aucune légitimité ni représentativité, a publié un document qui rejette le gouvernement dirigé par le Premier ministre Chérestal. Selon le CLED, pour n'être pas issu des négociations politiques, ce gouvernement ne peut être que de facto. A ce sujet, la note du 7 mars estime que le président Aristide devrait prendre l'initiative d'une nouvelle ronde de négociations devant aboutir à la formation d'un nouveau gouvernement en accord avec l'opposition. La mission d'un tel gouvernement de consensus «serait d'organiser des élections libres, honnêtes et démocratiques au cours des 12 prochains mois, ce qui favoriserait l'installation d'un Parlement dont la légitimité ne puisse présenter l'ombre d'un soupçon», selon le CLED qui faisait pourtant partie de l'Initiative de cette «société civile» qui servait de médiateur entre Fanmi Lavalas et la Convergence démocratique. Le CLED a également suggéré la formation d'un nouveau CEP en concertation avec la société civile et les partis de l'opposition. De plus, la 47e législative devrait être mise en veilleuse en attendant une entente finale. Il en serait de même pour les collectivités territoriales qui resteraient en fonction jusqu'à la fin de leur mandat mais se garderaient de participer au processus devant conduire à la formation du Conseil électoral permanent avant la tenue de nouvelles élections.

Mais de quelle autorité le CLED se réclame-t-il pour dicter ainsi sa loi au gouvernement constitutionnel? Est-ce un hasard si l'ambassadeur des Etats-Unis Brian Dean Curran a cru aussitôt devoir apporter son appui aux propositions du CLED? «Puisque les propositions du CLED ne sont pas en contradiction avec l'approche du gouvernement des Etats-Unis, nous appelons les parties impliquées dans la crise à les étudier sérieusement et à revenir à la table de négociations, dans un esprit de compromis, aussitôt que possible», a déclaré Curran. Quant à l'ambassadeur de France en Haïti, Yves Gaudeul, il estime que l'accord en 8 points trouvé en décembre dernier avec l'administration Clinton est insuffisant et n'engage que le président Aristide et Bill Clinton (Le Nouvelliste, lundi 12 mars 2001). En d'autres termes, Aristide peut bien ouvrir le CEP et le gouvernement à tous les duvaliéristes et autres opposants à son régime, il n'y a point d'ouverture acceptable tant qu'il ne se soumettra pas aux diktats de la Convergence. En outre, on le met en garde contre toute tentative de formation d'un CEP permanent.

Dans ce contexte, on se demande où donc ces concessions de Lavalas vont-elles nous entraîner? Car plus il en fait plus on en exige de lui, au point de vouloir le vider complètement de son contenu populaire. Parfois, on lui laisse croire qu'il est à la veille de satisfaire la communauté internationale et brusquement, on lui tire la chaise sous les fesses. Lors de la présentation de son rapport au Conseil permanent de l'OEA, il y a à peine une dizaine de jours, après la formation du gouvernement et du nouveau CEP, Luigi Einaudi ne disait-il pas: «Finalement en Haïti, on passe de la parole aux actes»? (voir Haïti-Progrès, Vol. 18 Nº 51, «Einaudi présente son rapport»). Brusquement, tout aurait été vain et Einaudi est celui-là même qui revient cette semaine prendre langue avec la Convergence qui n'a pour sa part jamais bougé d'un cran et qui a refusé toute participation au gouvernement.

On s'aperçoit qu'il s'agit d'un marché de dupes et que Fanmi Lavalas n'arrivera jamais au bout des concessions qu'on lui demandera sans cesse de faire. Si un terme n'est pas mis à cette escalade dans les concessions, Lavalas finira par perdre totalement l'appui populaire qui lui a permis jusqu'ici de résister à tous les assauts. Comme le faisait remarquer le secrétaire général du PPN Ben Dupuy lors de la conférence de presse du 8 mars dernier:«C'est à croire que nous sommes des enfants soumis à une soi-disant communauté internationale, qui est la seule force à soutenir les vendeurs de patrie dénommés Convergence démocratique... Est-ce pour plaire à la communauté internationale que Fanmi Lavalas cherche à couper l'herbe sous les pieds de la Convergence en remettant les macoutes en selle? Est-ce pour la même raison que Fanmi Lavalas a formé un gouvernement d'ouverture et a remis le pouvoir à la petite élite qui a toujours travaillé à maintenir le peuple sous la table.»

Autant dire que le régime Lavalas se fourvoie en s'éclaboussant dans des mésalliances avec les macoutes. Sans pour autant rien gagner sur son flanc droit, il s'aliénera ses partisans de toujours qui se trouvaient à sa gauche. Ses ennemis l'ont bien compris, voilà pourquoi ils ne cessent de forcer la note... Voilà pourquoi les dirigeants de Fanmi Lavalas devraient commencer à se poser de sérieuses questions sur la stratégie adoptée...

www.haitiprogres.com - Cette Semaine/HOME*~http://www.haitiprogres.com/Archiv.htm