Haïti Progrès
7 au 13 Mars 2001
Démission d'Ernst Mirville et
des autres «sous pression»?Ernst Mirville, l'ancien président du Conseil électoral provisoire (CEP), et cinq autres membres ont démissionné la semaine dernière sous de fortes pressions, a dit Mirville à Haïti-Progrès le week-end dernier avant de partir pour quelque jours à Miami. «Personne ne voulait se voir accusé d'être celui qui bloque les choses», a-t-il fait remarquer. Malgré la démission de trois membres du CEP la semaine précédente, c'est seulement après une réunion au Palais national le 21 février que les six autres en ont fait autant.
«Avec exaltation je me suis acharné à ma mission que j'estime encore inachevée tant que le Conseil électoral permanent n'aura pas été formé» avait écrit Mirville le 22 février dans sa lettre de démission. «Malgré tout, si un retrait de ma part doit faciliter la réussite de certaines démarches entreprises pour éviter un dangereux vide institutionnel, prévenir le chaos et garantir les intérêts supérieurs de la nation, tout en restant en réserve de la République, je n'hésite pas un seul instant à offrir ma démission à qui de droit et aux instances administratives hiérarchiques de nomination.» En fait, il semble d'après ce laborieux énoncé qu'il a même eu de la difficulté à identifier à quelle instance il adressait sa démission.
Bien avant la création extra-légale d'un nouveau CEP, Mirville a prévu que les CASECS et ASECS constitutionnellement compétents seraient contournés: «Les assemblés locales probablement ne pourront pas choisir un nouveau Conseil permanent à cause des pressions des forces intérieures et aussi des forces extérieures du pays.»
N'est-ce pas exactement la situation contre laquelle Mirville lançait un avertissement le 20 février en ces termes: «Est-ce que dissoudre le Conseil, l'option zéro, mettre les clefs sous la porte... Suffit-il de réformer le Conseil dans le dialogue avec d'autressecteurs, peut-être avec les membres du Conseil aussi, ou bien sans dialogue du tout? Est-ce que c'est de remanier le Conseil... Si le remaniement du Conseil s'opère mal, cela fera que toutes les pièces du domino tomberont l'un après l'autre... Et on rebattra les cartes depuis les Casecs jusqu'au Président... Jouer avec le feu, c'est un mauvais jeu. Est-ce que la Constitution autorise le pouvoir à casser ou bien à transformer un autre? Après le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif, le pouvoir judiciaire, la Constitution de 1987 est arrivée avec un quatrième pouvoir qui en dépend, c'est le CEP qui est un pouvoir électoral auquel les autres pouvoirs doivent tout le respect qu'il mérite. Si on y touche, beaucoup de tort peut être fait» (voir Haïti-Progrès, Vol. 18, Nº 49, 2/21/01).
Comme il le redoute, la porte pourrait maintenant être ouverte à tout. Il n'y aurait aucune institution légitimement élue par le peuple qui serait désormais à l'abri des arrangements de coulisses.