Haïti Progrès
7 au 13  Mars  2001


Une «politique générale» d'ouverture?

Le nouveau Premier ministre Jean-Marie Chérestal et son cabinet ministériel ont reçu l'investiture du président Jean-Bertrand Aristide au cours d'une cérémonie tenue au Palais national le 2 mars 2001, en présence notamment du Premier ministre sortant Jacques-Edouard Alexis et de représentants des corps constitués de l'Etat. Les ambassadeurs des Etats-Unis, de France, du Canada s'étaient fait représenter par des membres de leurs légations. Pourtant la composition du cabinet étant déjà connue, on ne sait trop ce qui les a retenu de venir manifester leur appui à une «ouverture» aussi flagrante (voir détails):

Jean Marie Chérestal, Premier ministre
Antonio Joseph, ministre des Affaires étrangères
Gustave Faubert, ministre de l'Economie et des Finances
Stanley Théard, ministre du Commerce et de l'Industrie
Gary Lissade, ministre de la Justice
Webster Pierre, ministre de l'Environnement
Marc L. Bazin, ministre de la Planification et de la Coopération externe
Ernst Laraque, ministre des Travaux publics, transport et communications
Georges Mérisier, ministre de l'Education, de la Jeunesse et des Sports
Guy Paul, ministre de la Culture et de la Communication
Henri-Claude Voltaire, ministre de la Santé publique et de la Population
Mme Eudes St-Preux, ministre des Affaires sociales
Mme Martine Deverson, ministre du Tourisme
Mme Ginette Lubin, ministre de la Condition féminine
Sébastien Hilaire, ministre de l'Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural
Lesly Voltaire, ministre des Haïtiens vivant à l'étranger
Henri-Claude Ménard, ministre de l'Intérieur
Jocelerme Privert, secrétaire d'Etat aux Finances
Herman Nau, secrétaire d'Etat à la Jeunesse, aux Sports
Mme Maryse Guiteau, secrétaire d'Etat à l'Alphabétisation
Pierre Richard Pierre, secrétaire d'Etat aux Affaires sociales.
En cette occasion, le chef de l'Etat a d'ailleurs lui-même déclaré: «La formation de ce gouvernement d'ouverture ne saurait insinuer la mort du processus de dialogue. Non, chaque jour, toutes les portes du dialogue seront ouvertes pour faciliter la participation de l'opposition dans ce processus démocratique» Et son Premier ministre Jean-Marie Chérestal devait à son tour exprimer la volonté de Lavalas d'intégrer ses adversaires politiques à la direction de la chose publique: «Je vous demande, chers amis, d'être nos ambassadeurs auprès de ceux qui doutent encore de notre conviction profonde, de notre ferme engagement de créer une société sans exclusive», a dit Chérestal qui ajoutait: «Titid, gardez votre sang-froid. Tous nous allons travailler, toute l'équipe gouvernementale va travailler pour que chaque Haïtien, chaque Haïtienne puisse trouver ``la paix dans les têtes, la paix dans le ventre`` dont vous rêvez.» Encore précédemment, alors qu'il présentait sa déclaration de politique générale à la Chambre des députés, deux jours auparavant, soit le 28 février, Chérestal avait d'ailleurs insisté sur l'«ouverture»: «Oui certainement, nous avons opéré cette ouverture et sinon sur la Convergence démocratique qui a décidé de manière systématique à ne pas participer à ce gouvernement, mais à d'autres représentants de l'opposition, des éléments technocrates et d'une certaine compétence.»

Avec un gouvernement ainsi composé, il resterait à se demander en vue de quel programme? Bien sûr, comme le dit l'expression elle-même de «politique générale», on ne pourrait s'attendre à y trouver tous les détails du plan d'action du Premier ministre, mais certains indices peuvent être révélateurs, surtout les non-dits de ce long document de plus d'une quarantaine de pages que lisait Chérestal aux députés. À noter qu'il prenait bien la peine, et avec raison, de signifier dès le préambule: «L'Organisation Fanmi Lavalas, dont je suis membre, a reçu, à la suite de ses dernières victoires électorales lors des compétitions locales, législatives et présidentielles tenues successivement dans le courant de l'année écoulée, un mandat clair et sans équivoque de la part du peuple haïtien, unique dépositaire, faut-il le rappeler, de la souveraineté nationale... L'électorat haïtien a donc signifié massivement son adhésion à notre projet de société et à nos choix de gouvernement»...

Autrement ses priorités ne devraient point aller à l'encontre des attentes de cet électorat. Cependant si ce projet de gouvernement contient beaucoup de généralités, il est très difficile d'y trouver à part des voeux des marques concrètes de l'orientation populaire de son gouvernement. Il est bien dit comme entrée en matière à la section «Options économiques» que tout cela «ne pourra se faire que dans un esprit d'union et de sacrifices mutuels»... On comprend que ce soit là une formule rituelle, mais n'aurait-il pas pu s'en abstenir vu l'état déjà de «sacrifié» du peuple haïtien? Par contre il est très spécifique quand il indique que «le gouvernement entend mener à terme, simultanément, le programme de Modernisation des Entreprises Publiques en cours».

Sans doute s'il avait voulu se passer de cet euphémisme, il n'aurait eu qu'à faire remettre à chacun de ses auditeurs le vaste rapport de consultation que faisait paraître le FMI à ce sujet au mois de janvier dernier (IMF Staff Country Report Nº 01/04).

Sans détours, il y est question des privatisations qui sont au premier plan et que pour les ports le processus est déjà assez avancé et qu'il entraînera la mise à pied de nombreux employés, et il semble entendu qu'il a déjà été achevé dans le domaine des télécommunications «amenant une amélioration du service à la population». Le FMI ne lésine pas à accoucher d'un mensonge aussi grossier pour faire passer ses vues, comme peuvent en témoigner la plupart des consommateurs haïtiens de ce service qui doivent se rabattre sur le téléphone portable par nécessité plutôt que par choix. Cependant les rédacteurs du rapport notent bien qu'Haïti constitue déjà l'économie la plus libérale de la région avec les tarifs douaniers les plus bas, sinon inexistants comme sur le riz, avec les conséquences que l'on connaît. En fait si le Premier ministre consacre un chapitre à presque chaque domaine - logement, culture, décentralisation, diaspora (aucune mention de la question de la double nationalité par contre), justice, etc., dans la section consacrée à l'économie il n'existe point ne serait-ce une allusion à la dette et à son service.

En résumé on en garde l'impression que cette déclaration de politique générale, à l'instar de la composition gouvernementale, en est une uniquement d'«ouverture» à l'adresse des hommes d'affaires et affairistes surtout, tant nationaux qu'internationaux, et d'absence de transparence sinon de fermeture à l'adresse du peuple haïtien.

www.haitiprogres.com - Cette Semaine/HOME*~http://www.haitiprogres.com/Archiv.htm