Actualité politiqueHaïti Progrès
28 Février au 6 Mars 2001
Le peuple peut-il encore endurer
la surenchère de l'opposition?Les négociations autour de la «crise» en étaient au même point alors que le Premier ministre Jean-Marie Chérestal, ratifié le 23 février, semblait vouloir reprendre des démarches pour la formation d'un gouvernement d'ouverture. De son côté, dans son communiqué de presse du 24 février, l'Initiative de la société civile a annoncé que la commission de facilitation a eu du 19 au 23 février des rencontres informelles avec des représentants de Fanmi Lavalas et de la Convergence démocratique en vue de discuter de l'opportunité et des modalités de reprise des négociations qui doivent «aboutir cette fois-ci à une entente finale».
En attendant, l'un des porte-parole de la commission, Edouard Paultre (Fédération protestante) a demandé au pouvoir de surseoir à la formation du cabinet ministériel pour permettre la reprise des négociations. «L'accord est un préliminaire par rapport à la formation du gouvernement et du nouveau CEP. Il faut qu'on trouve l'accord politique avant cela», a déclaré Paultre qui a poursuivi en ces termes: «Nous avons une seule chose en tête, c'est de voir si nous pouvons trouver un accord politique sur la stabilité du pays, sur sa gouvernabilité, sur la présente crise de légitimité.» Où Paultre situe-t-il cette crise de légitimité? On comprend dès lors de quel côté se place cette commission de facilitation qui ne fait que fournir des armes à la Convergence et l'incite à se montrer encore plus féroce. Et ce, dès le lendemain de la ratification du Premier ministre qui n'aura bénéficié d'aucune trêve de la part de ladite opposition.
En effet, ce même 24 février, le chef de l'OPL/Convergence Gérard Pierre-Charles était déjà sur le pied de guerre, s'écriant jusqu'à la divagation: «Pour nous, ce qui s'est fait hier (la séance de ratification) c'est la continuation d'une politique du fait accompli. Puisqu'ils savent qu'ils ont occupé le pays, qu'ils sont les maîtres du pays, ils n'ont aucun respect pour la population, ils n'ont aucun respect pour la communauté internationale... Monsieur Aristide, c'est le maître absolu de ce pays... Il faut que les citoyens haïtiens prennent les rues, il faut qu'après le carnaval on commence un mouvement de mobilisation»... Rappelons encore une fois que l'OPL de Gérard Pierre-Charles et la quinzaine d'autres formations qui constituent la Convergence n'ont jamais été capables de mobiliser plus d'une centaine d'individus autour d'elles.
Pourtant, trois jours plus tôt, le 21 février, un autre ponte de l'OPL, l'ex-sénateur Paul Denis, suite à une rencontre avec la commission de facilitation, avait annoncé que «de nouvelles pistes avaient été explorées et qu'une évaluation avait été faite entre les parties en présence». Le nouveau porte-parole de Fanmi Lavalas Jonas Petit reconnaissait de son côté: «C'est une belle rencontre qui nous a permis de déblayer le terrain, de préciser les idées et surtout mieux clarifier les propositions. Nous sommes partis avec le sentiment qu'il y a une plus grande compréhension qui s'est dégagée entre les façons dont les idées ont été présentées et la façon dont les facilitateurs ont compris les messages et nous croyons qu'ils sont en mesure de les transmettre à l'opposition.» Un optimisme que voulait partager Jean-Marie Chérestal, deux jours encore avant sa ratification qui devait lui faciliter la tâche pour inviter la participation de l'opposition au gouvernement. Il disait alors: «Je vais faire de mon mieux pour parvenir à cette résolution de la crise en souhaitant toujours avec beaucoup de force pouvoir compter avec un rapprochement avec la classe politique, l'opposition, la société civile et autant que possible commencer à travailler sur la constitution de notre gouvernement avec cette préoccupation d'ouverture que nous avons toujours exprimée.»
Son attente aura été vaine car, comme on vient de le voir avec les imprécations de Gérard Pierre-Charles, l'attitude de son comparse Paul Denis n'était qu'une des ruses habituelles de la Convergence qui use à dessein la multiplicité de ses porte-parole. «La Convergence démocratique qui représente une bonne partie de l'opposition ne veut pas entrer au gouvernement d'ouverture», devait finalement admettre le nouveau Premier ministre qui a indiqué que son gouvernement n'inclura pas de représentants de l'opposition. «Bon, nous essayons quand même de faire des ouvertures à des technocrates», a néanmoins conclu Chérestal.
D'ailleurs pour toute réponse, le lundi 26 février, un autre leader de la Convergence, l'ex-baron duvaliériste Hubert De Ronceray (MDN/MSPN) a prétendu: «Nous ne sommes pas au courant de démarches auprès du gouvernement provisoire. Donc encore une fois, pareille déclaration démontre clairement qu'ils étaient disposés à mettre la corde au cou de la Convergence pour la traîner encore dans la boue afin de donner à Lavalas du temps pour détruire le pays, l'enterrer davantage. Donc, ils se sont rendus compte que ça ne marchera pas, ils se sont empressés d'aller mentir. Comme ils sont nés dans le mensonge, ils mourront dans le mensonge». Son confrère, Sauveur Pierre-Étienne, porte-parole de l'OPL, gueulait à son tour sur les ondes de la station Magic Stéréo ce 26 février: «Nous devons très clairement dire, sans doute vous voulez parler de monsieur Chérestal que nous ne considérons ni comme Premier ministre désigné ni ratifié, parce qu'il lui faudrait être désigné par un président. Et le président que nous connaissons, nous, c'est Gérard Gourgue qui a dit qu'il allait monter son équipe gouvernementale. C'est lui personnellement qui va le diriger»... On imagine sans peine que Gourgue pourra toujours compter sur Pierre-Étienne pour beugler à sa place... «Donc, poursuivait le porte-parole, quand Monsieur Chérestal parle de l'opposition, il ne fait pas allusion à la Convergence démocratique, parce que la Convergence s'est convertie elle-même en un pouvoir alternatif.»
Fort heureusement le Premier ministre Jean-Marie Chérestal paraît avoir tiré les conséquences des artifices de la Convergence, et il déclarait: «La Convergence démocratique, qui représente une bonne partie de l'opposition, ne veut pas intégrer le gouvernement d'ouverture. Parce qu'ils ne sont pas décidés à y participer, je crois simplement que, pour le moment, nous ne pouvons pas demander au peuple haïtien, dans la situation où il se trouve aujourd'hui, de tournoyer à attendre pendant qu'il y a des problèmes à résoudre... Donc on est allé de l'avant.»
La question ne semble pourtant pas épuisée, car le Premier ministre n'a pas encore fixé la date de présentation de sa politique générale au Parlement, et la formation de son cabinet ministériel n'a pas été dévoilée officiellement. Il est cependant un fait certain que le peuple attend impatiemment de voir le gouvernement à la tâche et que ce ne sont point les vaines et incessantes négociations avec l'opposition qui amélioreront son ordinaire. Bien au contraire.