Haïti Progrès
21 au 27 Février 2001
La terreur, dernier recours?La police et la justice s'activeraient autour des événements survenus à Carrefour-Morin dans les environs de la capitale où un policier a été tué au cours d'un échange de tirs avec des bandits. Des investigations menées jusque-là avaient conduit à l'arrestation d'un policier. «C'est un policier du service de la circulation chez qui on a trouvé des armes à feu. On a trouvé d'autres choses encore. Donc nous mènerons l'enquête sur ce cas pour découvrir de quoi il s'agit», a déclaré le juge de paix de la Croix-des-Bouquets. Des munitions de divers types et calibres ont été saisies ainsi que la voiture du suspect.
Le Premier ministre Jacques-Edouard Alexis, qui annonçait qu'il y a avait eu le 15 février un affrontement entre un détachement de policiers et un groupe d'individus armés durant une réunion de ces derniers à Carrefour, expliquait en outre que ceux-ci complotaient pour prendre d'assaut le Palais national pour y installer le «président provisoire» de la Convergence. Alexis indiquait également qu'ils avaient eu le temps de s'enfuir, à l'exception d'un seul, et un policier a été abattu dans l'affrontement. Toujours selon lui, un groupe d'anciens militaires vivant en République dominicaine devait venir prêter main forte aux conjurés. Ces événements survenaient justement la veille du départ du président Aristide pour la Barbade où il devait participer à une réunion de la Caricom.
Des patrouilles policières sillonneraient, dans le secteur en question, le quartier de Vertaillis, où s'était tenu le grand meeting de Roger Lafontant peu avant sa tentative de coup d'État en janvier 1991. Des résidents croient cependant que la personne interpellée, un dénommé Ti Frè, serait innocente et que son implication présumée serait due aux circonstances. «Ti Frè n'y est pas impliqué, Ti Frè est innocent dans cette affaire...C'est dans l'après-midi du vendredi qu'on dit avoir trouvé sa carte d'identité dans la maison...», ont-ils dit, expliquant que le nommé Ti Frè avait vendu sa voiture pour apporter l'argent à l'un des bandits qui lui aurait promis d'organiser son émigration à l'étranger. Il se serait alors trouvé sur les lieux en un bien mauvais moment?
Dans une note de presse en date du 16 février 2001, la Police nationale s'en tenait à la version du Premier ministre, et son porte-parole Jean Dady Siméon précisait: «La même enquête a conduit hier soir la police à une opération à Carrefour Morin, zone Vertaillis, dans une maison où des gens habitués à poser des bombes et des terroristes se réunissaient. Au cours de l'opération, alors que les bandits, les zenglendos et les terroristes prenaient la fuite, ils ont fait feu sur un policier, Semerzier Wilgerson, affecté au bureau de renseignements et d'investigation (BRI), qui est mort. Le policier Semerzier Wilgerson était âgé de 28 ans; il appartient à la 6e promotion de la PNH. Nous soulignons aussi que dans la maison où l'opération a été menée, nous avons trouvé un ensemble de documents politiques, une série de manuels enseignant comment fabriquer des bombes artisanales, un lot de pièces de véhicules volés, des munitions, des tracts subversifs, et un lot de documents avec photos qui faciliteront l'enquête policière.»
Le Premier ministre Jacques Edouard Alexis a insisté sur le caractère politique de ces actions qu'il a attribuées à l'opposition haïtienne: «Nous savons très bien que depuis bien avant les élections du 26 novembre, il y a une nouvelle donne dans la façon dont l'opposition pense qu'elle peut contrer les actions du gouvernement, les actions du régime. Elle recourt aux bombes. Donc, depuis l'explosion des premières bombes, la police, le président, le gouvernement travaillaient de façon à pouvoir identifier effectivement ceux qui posaient ces bombes... Nous avions des indices depuis qu'un poseur de bombes à Pétion-Ville avait failli être estropié par son engin. Après cela l'investigation s'est poursuivie et nous avons abouti à une maison de Carrefour où il y avait ce que nous pourrions presque appeler une fabrique de bombes... Je savais que cette réunion allait se tenir et nous sommes arrivés sur les lieux dans l'obscurité pour les traquer...», a précisé Alexis qui a qualifié de séditieuse la formation par la Convergence d'un gouvernement parallèle.
Le lendemain Evans Paul, l'un des porte-parole de la Convergence tentait de démentir la version du complot offert par le Premier ministre: «Je ne sais pas, bafouillait-il, je n'aimerais pas commenter le fait que, d'après monsieur Alexis, il y ait toujours un complot organisé par les gens de l'opposition. Ce complot reste toujours au niveau de simples déclarations de monsieur Alexis, ce qui veut dire que monsieur Alexis n'a aucun crédit moral quand il dit quelque chose pour qu'on y prête foi... C'est une façon pour lui de justifier la répression»... C'est aussi une manière trop facile pour Evans Paul d'écarter d'un revers de main certains faits. Car des habitants du quartier peuvent témoigner, et aussi la maison où, comme ceux-ci le disaient, vivait une personne inconnue dans le voisinage, porte encore les marques des balles suite à l'échange des tirs. En ce qui a trait à la question d'une tentative de la part du gouvernement de justifier la répression, Evans Paul est assez effronté d'avancer une telle accusation, car jusqu'à présent aucun des meneurs de la Convergence n'a été inquiété par la justice, quoi qu'ils fassent. C'est même le régime qui est réduit à la défensive et qui ne fait qu'offrir progressivement de vaines et continuelles concessions à l'opposition au fur et à mesure que celle-ci augmente ses exigences. Le Premier ministre peut à la rigueur exagérer la portée de l'intervention policière en question, il n'en reste pas moins vrai que les poseurs de bombes ne le font pas pour se distraire et qu'ils agissent conformément à une stratégie globale.