Haïti Progrès
14 au 20 Février 2001
Une investiture impressionnante,
sobre et acclamée!Après une dure lutte qui a vu des «opposants» frustrés recourir à toutes sortes de moyens et d'appuis illégaux, y compris des campagnes de désinformation et même de terreur, le peuple haïtien voyait une nouvelle fois se manifester son triomphe aux urnes. Ils étaient présents en ce 7 février 2001, ceux qui ont voulu encore une fois exprimer leur attachement aux idéaux du 16 décembre 1990, comme ils étaient là, au même endroit, le 7 février 1991 lors de la première investiture du Président Aristide, qu'ils venaient le 26 novembre dernier d'élire à nouveau pour succéder à René Préval.
La foule était partout, devant le Palais national où certains étaient venus au petit jour, et d'autres depuis la veille. Tout aussi nombreuse était-elle devant la cathédrale où allait se tenir le Te Deum après la prestation de serment proprement dite. Une multitude de gens, plus de 75 000 (soixante-quinze mille) suivant un estimé conservateur, certains juchés sur les arbres, allait se presser autour du Palais national quand viendrait le moment du message à la Nation du nouveau président de la République Jean-Bertrand Aristide.
Tout a commencé à l'heure et jamais un programme n'aura été aussi bien respecté. Le Président élu arrivait au Parlement à 9 heures 25, dix minutes avant l'heure de la cérémonie, suivi peu après par le président Préval. Les dignitaires étrangers prévus étaient au complet assis confortablement sur sept à huit rangées. Dans la première rangée, on distinguait le premier personnage et Premier ministre de Bélize Said Musa (on sait que le chef de l'État, les Vice-présidents de Panama, de Taïwan, du Guatemala, respectivement Dominador Bayau, Shui-The Hsu et J. R. Lòpez. Sur la deuxième: un ministre de Taïwan, le représentant du secrétaire général des Nations unies Alfredo L. Cabral, le nonce apostolique Mgr Luigi Bonazzi, le secrétaire général adjoint de l'OEA Luigi Einaudi, le représentant de la Jamaïque Benjamin Clare. Notons que les diplomates et représentants des grands pays «tuteurs», qui continuent à exercer leurs chantages, étaient tous là pour l'investiture du Président constitutionnel, bien en vue, et pas ailleurs: l'ambassadeur d'Allemagne Georg Luy (3e rangée, celui du Canada, Gilles Bernier (3e); de France, Yves Gaudeul (4e); d'Espagne, Matos (4e). Il y avait aussi bien sûr, sur place, l'ambassadeur des Etats-Unis Brian D. Curran (5e), le représentant de l'Union européenne, l'ambassadeur Guy Petit-Pierre. En outre on distinguait dans l'assistance: Cecilia Romero, qui dirigeait l'importante délégation du Mexique; Pedro Saez, membre du Bureau politique de Cuba, les ambassadeurs Fernando Saravia d'Argentine, Markus Kaiser de Suisse, Ismael Mouat du Chili, Walter Moreira du Brésil, Om P. Gupta de l'Inde, Moustafa Ahmed d'Egypte, Marco Requena du Venezuela, Eduardo Acosta de Colombie, Malick El Hadj du Sénégal, Henrique Fernandez du Nicaragua, Rafael Martinez du Liberia, Kanji Kitazawa du Japon, Alexei Er de la Fédération de Russie, Florentina Ukonga du Nigeria, Thai Van Lung du Vietnam, Hans W. Rothe de l'île de Malte, les ambassadeurs de Cuba, de la République dominicaine, de l'Équateur, des Bahamas, du Honduras, l'envoyé special du Gouvernement du Pérou Alberto G. Galvez, etc.
Dans la section des organismes multilatéraux, personne ne manquait non plus: Massimiliano Paolucci, de la Banque mondiale, Jerome Lapittus du FMI, Denneth Modesto de l'OEA, les représentants de l'UNICEF, de l'UNESCO, de la FAO, du BID, du PNUD.
Comme on peut le constater, la cérémonie d'investiture était pour le moins achalandée. Les grands médias internationaux cependant n'y étaient pas. Ils se seraient certainement manifestés s'il savaient qu'il y aurait «du sang et des bombes» pour troubler ou faire échouer cette victoire du peuple haïtien. Même Radio Canada et ses speakers larmoyants n'avaient pas su trouver une autre recette pour venir se lamenter sur le sort des pauvres petits Haïtiens, et répéter cyniquement à satiété «le pays le plus pauvre de l'hémisphère»...
L'absence du président dominicain n'était due, somme toute, qu'à des contraintes. Et c'est assez tard, la veille du 7 février, «après une réunion à sa résidence avec le ministre des Forces armées dominicaines, le lieutenant-général José Miguel Soto Jiménez, en une période où la frontière avec Haïti a été renforcée par des centaines de militaires» (El Siglo, 8-02-01), qu'il annonçait qu'il ne viendrait pas à l'investiture, mais qu'il enverrait une délégation de haut niveau. Il est évident, sans même lire entre les lignes, que le président Mejìa n'a pu s'opposer aux pressions de ses généraux. Par ailleurs, dès le lendemain du 7 février, le chancelier Hugo Tolentino Dipp tenait à déclarer que «la République dominicaine reconnaissait uniquement comme légitime le gouvernement présidé par Jean-Bertrand Aristide et qu'il maintenait fermement sa décision de ne pas intervenir dans les affaires internes d'Haïti».
Faisons une parenthèse dans la description des événements en ce 7 février 2001. C'est une histoire qui a fait sourire bien des diplomates, lorsque à la sortie du Parlement, que les voitures s'approchaient pour faire monter les différentes personnalités. C'est alors qu'un général de la délégation dominicaine, la poitrine bardée de médailles, s'est avancée pour diriger la circulation, lançant des ordres aux policiers haïtiens qui sont restés indifférents à son cirque et ont continué leur travail.
Ensuite ce fut le Te Deum à la cathédrale, tout aussi bondée de monde, où l'officiant principal, le président de la Conférence épiscopale Mgr Hubert Constant présentait son homélie de circonstance, disant entre autres: «Excellence, Monsieur le Président, vous venez d'être investi des pouvoirs de chef d'État (...) Dans le cadre des conventions bilatérales entre le Saint-Siège et l'État d'Haïti nous vous accueillons ici ce matin (...) Le 10 octobre 2000, en effet, au moment de faire acte de candidature, vous avez qualifié votre geste de 'pas historique sur la route de la paix' et le 24 novembre suivant vous avez entonné, cette fois, un véritable hymne à la paix: paix au secteur privé, paix à l'opposition dont, sans doute, vous voulez susciter les initiatives critiques et constructives, la participation responsable au redressement national.» En fait un discours avec des mots bien choisis, sans admonestations intempestives, et qui réclame même une participation «responsable» de l'opposition, et non pas ce sabotage systématique de l'avenir du pays auquel se vouent les dirigeants de la Convergence.
Une affluence sans précédent allait retarder un peu le retour pour les festivités au Palais national où tous se rendaient après le Te Deum. À deux heures, au lieu de midi, débutait alors la dernière partie. Entre-temps le peuple manifestait son allégresse et des groupes musicaux créaient l'animation. Parmi eux, du char de Gwo Lobo partait ce refrain qui soulevait des rires et des applaudissements: «Quand ils font leurs affaires nous ne fourrons notre bouche (Bush) là-dedans, mais quand il s'agit des nôtres ils y mettent leur bouche (Bush)!» L'allusion était claire au coup d'État électoral qui a amené George W. Bush au pouvoir aux Etats-Unis.
Une fois les officiels installés, des milliers de personnes allaient se masser contre les grilles du Palais, quelques centaines s'installaient même à l'intérieur en face du podium, sur les pelouses, pour être le plus près possible du nouveau président qui allait présenter son message à la Nation.
Mais tout cela dans une réelle discipline. Des stands étaient installés pour la presse, aussi là où filmaient la TNH et Crowing Rooster Productions. La partie centrale était réservée aux diplomates. Sur la gauche, on remarquait de nombreux artistes qui devaient présenter leur performance: Farah Juste, Cubano, Jensen Desrosiers et King Kino de Phantom, Dadou Pasquet, Joe Trouillot, Shoubou de Tabou Combo, Douby de System Band, Arnault Poinvil, Medina, une jeune chanteuse vivant au New Jersey, etc.; de même que certaines autres personnnalités tels Abner Louima et l'un de ses avocats, Samuel Rubenstein.
Le programme comprenait plusieurs parties. D'abord l'hymne national chanté par l'une des artistes, puis «L'Union fait la force» par Farah Juste, Cubano de Skah Shah, Jensen Desrosiers et King Kino, Dadou Pasquet, Joe Trouillot, Shoubou, Douby, Arnold Poinvil. James Garçon, un chanteur d'opéra formé en France y allait aussi à son tour; un choeur formé de jeunes enfants prenait la relève tandis que d'autres plus âgés en uniforme défilaient pour finalement s'arrêter pour ouvrir une grande couverture d'où s'élancèrent une cinquantaine de colombes. L'une d'elles alla se poser près du micro où le président Aristide débutait dans l'instant suivant son discours.
Finalement arriva le discours du président Aristide qu'il débutait en créole avec la traditionnelle salutation: «Onè respè pou nou e bravo pou pèp ayisyen», à son prédécesseur et au Premier ministre en exercice, aux visiteurs étrangers et aux Haïtiens du dixième département, à tous les Haïtiens: «Je suis le président de tous les haïtiens...je suis content de choisir la rose du respect et de la paix pour l'offrir à tous les partis politiques qui sont dans l'opposition...et je serai le président de tous sans distinction.»
Comme d'habitude, la foule répondait avec enthousiasme et le président continuait: «Grâce à Lavalas, fini la dictature, il nous faut arriver à débloquer le pays, à bloquer l'insécurité. C'est là une revendication de 8 millions d'Haïtiens. De l'ordre nous en avons besoin la discipline certainement, de l'autorité de l'État, absolument...»
Rappel des événements qui ont conduit à la victoire électorale du peuple et du temps perdu pendant le coup d'État. Le défi se révèle à nouveau entier.
Comment parvenir à relever le pays et atteindre les objectifs inscrits dans Investir dans l'Humain, son livre-programme qu'il présentait en décembre 1999. Et il énumérait 6 points pour démocratiser la démocratie, dont: «reconstruire le pays à partir de la base, donc à partir des 565 sections communales...»
«Nous aurons un État stratège et régulateur». Il mettait l'accent sur la construction des routes, des travaux d'infrastructure capables de créer 140 mille emplois. Enfin, il faisait le tour des questions prioritaires: sécurité, santé, éducation, énergie électrique etc. Et, disait-il, cette «question primordiale et essentielle pour les femmes et les hommes du dixième département, l'octroi de la double nationalité» qu'en attendant que ce soit chose faite, le législateur pourrait voir à abroger certaines contraintes contenues dans la loi mais non contraires à la Constitution.
«Les réformes macro-économiques ne sauraient s'opposer à notre politique visant la réduction de la pauvreté...», faisait observer Aristide. Il entamait une partie du discours en anglais, ensuite en espagnol pour lancer un message aux frères de l'Amérique latine, à la République Dominicaine voisine, «l'autre aile du même oiseau», à Cuba, pour sa généreuse contribution «au bien-être du peuple haïtien, spécialement dans le domaine de la santé» et finalement à l'adresse du Vénézuela pour les liens historiques de Bolivar et de Pétion.
En résumé, un discours qui répond au contexte, qui invite entre les lignes les déstabilisateurs de tous les horizons à déposer les armes, à regarder en face l'état déplorable du pays, et à cesser leurs manoeuvres qui favorisent le chantage des gouvernements étrangers.