Haïti Progrès
7 au 13  Février  2001


Prélude au 7 février 2001

Port-au-Prince a l'air d'un grand chantier en ces jours précédant le 7 février, date constitutionnelle de la passation de pouvoir au président élu Jean-Bertrand Aristide. Des travaux sont réalisés notamment au Palais national, à la cathédrale et au Palais législatif, où doivent se dérouler les différentes étapes de la cérémonie d'investiture; des ouvriers s'activent à remettre en état certaines voies de communication et des unités du CNE-SMCRS et des TPPTC entreprennent le nettoyage de nombreuses rues de la capitale.

Mais le gros du nettoyage a été réalisé par les membres des organisations populaires et des comités de quartier de la zone métropolitaine; des poteaux électriques ont été peints aux couleurs nationales; des canaux d'écoulement des eaux usées ont été déblayées; les rues et les trottoirs ont été balayés; des banderoles portant des slogans pro-Lavalas ont été placés en divers points de la ville, et des posters du président élu ont été apposés sur les murs. Une certaine liesse règne en attendant les fruits de cette victoire électorale chèrement acquise grâce à la mobilisation populaire qui a fait échouer le coup d'État électoral que mijotait de réaliser l'opposition dès le mois de mai 2000. La nuit des groupes musicaux montés sur des stands et des bandes rara sillonnent pacifiquement la ville. Au Champ-de-Mars, plus précisément à la Place Henri-Christophe, la partie culturelle de la semaine de la diaspora amène régulièrement une grande foule au kiosque Occide Jeanty. La situation s'avère presque similaire dans les villes de province. Manifestations pacifiques, coumbite de nettoyage, veillées patriotiques, etc.

Le ministre des Affaires étrangères Fritz Longchamp a annoncé l'arrivée de plusieurs délégations gouvernementales pour la cérémonie d'investiture. Outre certains Etats de la Caraïbe comme Antigua, il a mentionné entre autres le Guatemala, le Panama et Taïwan. La délégation taïwanaise sera conduite par le vice-premier ministre Su Sue Ting. Selon l'ambassadeur Michel Lu, Taipeh a renouvelé son engagement à travailler au renforcement de la coopération entre les deux pays. Pour sa part le représentant de l'Union européenne en Haïti Rafael Matos a indiqué que l'UE participera à la cérémonie de passation de pouvoir. Il n'est pas prévu que des délégations viendront directement d'Europe, mais «les représentations seront assurées par les ambassadeurs de l'Union européenne sur place». Jusqu'au 6 février on ne savait pas encore s'il en serait de même pour les pays dits amis d'Haïti comme les Etats-Unis, le Canada, la France, le Venezuela, l'Argentine.

Mais malgré toutes les pressions, les criailleries de la Convergence démocratique, l'arrivée du président dominicain Hipòlito Mejìa a été confirmée par son ambassadeur en Haïti Alberto «Chico» Despradel Cabral. Ce dernier a annoncé que durant sa visite de 24 heures en Haïti le chef d'Etat dominicain sera accompagné de son ministre des Affaires étrangères Hugo Talentino Dipp, de la veuve de José Francisco Peña Gomez, Peggy Cabral, et du président du PRD Hatuey Descamp. Donc une délégation assez importante et assez significative participation est assez significative, comme un pied-de-nez à l'opposition haïtienne qui, sous prétexte des liens de solidarité entre membres de l'Internationale socialiste, avait demandé au président Mejìa de bouder l'investiture. Le chancelier dominicain Hugo Tolentino Dipp avait d'ailleurs tenu à indiquer à ce sujet qu'«il y en a qui oublient que les deux pays sont limitrophes»... et que «toute cette opposition animée de l'extérieur contre le nouveau président haïtien sera très différente à partir du moment où Aristide prendra le contrôle du gouvernement de son pays» (La Informaciòn, Sto Domingo, 5-02-01).  Toujours d'après Tolentino Dipp, «les organisations internationales ne vont pas abandonner Haïti, parce que cela ne convient point à leurs propres intérêts» (id.)

D'autres personnalités étrangères privées proches de Lavalas ou liées d'amitié avec le président élu Jean-Bertrand Aristide sont venues spécialement pour l'investiture. Tel le fameux avocat africain-américain Johnny Cochran considéré comme un proche de la communauté haïtienne. Interrogé sur la crise post-électorale, il a déclaré que M. Aristide a la capacité de résoudre ce problème. Cochran était, soit dit en passant, l'avocat d'Abner Louima qui avait été torturé par des policiers de New York. Par ailleurs, la grève lancée pour les 6 et 7 février 2001 par le Mouvement inter-syndical indépendant d'Haïti (MOVISIH) et la CATH de Mésyeux en vue de protester contre le «régime lavalas» s'est soldée par un échec encore plus retentissant encore qu'on n'aurait pu imaginer. Pas le plus léger ralentissement des activités habituelles n'a été constaté. Cela n'a fait que discréditer davantage le rayonnement que prétendent avoir ces syndicats jaunes de même que la manifestation convoquée le samedi 3 février par l'opposition devant le Palais national n'avait pu réunir qu'une centaine d'individus pour la plupart stipendiés. À ce sujet, au cours d'une conférence présentée durant le week-end à la faculté de droit de l'Université de Miami, l'avocat américain Ira Kurzban note en effet: «...Par exemple, l'année dernière, notre gouvernement a ouvertement fourni des fonds s'élevant à trois millions de dollars à l'International Republican Institute (IRI) non seulement pour aider des partis d'opposition en Haïti mais aussi pour «mettre sur pied» des partis d'opposition.»

Comme on le sait bien, et comme on peut à nouveau le vérifier, cette opposition est dépourvue de tout appui dans la population et est tenue à bout de bras par la communauté internationale dans l'unique but de fragiliser le gouvernement constitutionnel. Nous ne sommes pas les seuls à le constater. Le quotidien dominicain Ùltima Hora affirmait tout aussi clairement dans son édition du 27 janvier dernier: «L'attitude radicale de l'opposition haïtienne de ne pas reconnaître Aristide a causé que le président élu ait accédé à toutes les pressions de la communauté internationale et des Etats-Unis, dans le but d'affermir sa première année de gouvernement, considérée comme la plus difficile.»

Mais si cette allégresse populaire à la veille du 7 février 2001 devait être teintée d'une certaine appréhension face aux menées déloyales de la communauté internationale et de la clique de l'opposition qui s'accroche à ses basques, cette situation n'est point méconnue parmi les progressistes du monde entier comme on peut le voir par ce mouvement de solidarité international en tête duquel se profile l'éminent linguiste et politologue Noam Chomsky, texte que nous présentons à la page 20.

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