Haïti Progrès
7 au 13 Février 2001
Un échec planifié?Minuit pile dans la nuit du 5 au 6 février, c'était l'heure convenue par les parties en présence, Fanmi Lavalas et la Convergence pour faire aboutir le dialogue. Dès le jeudi 1er février ladite commission de facilitation mettait, semble-t-il les bouchées doubles, rencontrant séparément le président Préval, le Premier ministre Jacques-Édouard Alexis, la Convergence et Fanmi Lavalas. La rencontre du vendredi avec Fanmi Lavalas représenté par les sénateurs Yvon Neptune et Gérald Gilles a duré plus de cinq heures. Cette commission, composée principalement de Mgr Serge Miot, d'Édouard Paultre de la Fédération protestante, de Rosny Desroches président de l'Association des écoles privées, de Paul-Émile Rouzier, semblait avoir l'appui net de la communauté internationale.
Le samedi 3 février le président élu et dirigeant de Fanmi Lavalas Jean-Bertrand Aristide se présentait à la nonciature où il rencontrait et saluait les principaux leaders des 15 partis et groupuscules formant la Convergence. Rien ne devait sortir de cette rencontre, et comme l'a exprimé Philippe Rouzier, membre de la commission de facilitation: «C'était beaucoup plus une question de procédure qu'autre chose.» L'ambassadeur des Etats-Unis Brian Dean Curran paraissait du même avis, et disait de cette rencontre que c'était «un bon début». Il ne tiendrait qu'à lui que la suite s'avère tout aussi positive, puisque c'est lui au nom de son gouvernement le véritable si ce n'est l'unique soutien de la Convergence.
Sur l'entrefaite cependant, la Convergence ne respectait point la trêve qui avait été convenue, telle que réclamée par la commission de facilitation pour mener dans le calme les négociations. Elle commanditait une manifestation devant le Palais national, qui ne réunissait, malheureusement pour elle, qu'une centaine d'individus point du tout convaincus de l'objet de leur manifestation. Le fait de montrer encore une fois l'absence de tout appui à leur endroit au sein de la population ne faisait pourtant que faire redoubler la hargne et la rage des meneurs de l'alliance.
Le lendemain dimanche, c'est contre l'ambassadeur dominicain Alberto Despradel que vitupérait le porte-parole de l'OPL/Convergence Sauveur Pierre-Étienne que celui-ci accusait d'avoir convoqué son allié Victor Benoît du Konakom/Convergence à une réunion à la Nonciature apostolique pour le mettre en contact au téléphone avec Aristide, sans avoir préalablement avisé Benoît. Sauveur Pierre-Étienne s'écriait donc: «C'est une manoeuvre de sape et de division que nous considérons comme une ingérence.» Cela ne prend donc pas grand-chose pour semer la division au sein de la Convergence! Pourtant ils paraissent si unis pour s'attaquer à Aristide! Pierre-Étienne s'emportait encore plus pour lancer: «Il (Despradel) est un fonctionnaire d'Aristide, qui représente les intérêts d'Aristide.» Interrogé cependant à savoir pourquoi alors la Convergence s'était adressée à l'ambassadeur pour la rencontre de Barahona sous l'auspice des dirigeants du Parti révolutionnaire dominicain, l'effronté porte-parole de l'OPL répondait que la Convergence avait accepté parce qu'il s'agissait d'un Parti ami, le PRD, «mais l'ambassadeur Despradel ne défend pas ces intérêts-là, mais les siens et ceux d'Aristide». La Convergence donnait suite à cette affaire en se plaignant à la Chancellerie dominicaine, ce qui portait la station Radio Vision à affirmer rapidement que l'ambassadeur avait été rappelé. Cependant il semble que le voyage éclair de Despradel à Santo Domingo en ait été un de consultation, même si le chancelier Tolentino Dipp communiquait dans une note qu'il lui réclamait des explications sur l'incident en question.
Sauveur Pierre-Étienne et son chef Gérard Pierre-Charles semblent vouloir jouer sur les discordances du côté dominicain où le gouvernement de Mejìa et ses représentants ne veulent point s'engager dans l'aventure et les manoeuvres que fomentent les Forces armées dominicaines aux ordres du Pentagone. Ce n'est point par hasard, au moment où l'armée dominicaine augmente de façon démesurée ses effectifs à la frontière que le général Peter Pace, commandant en chef du Commandement Sud des Etats-Unis soit venu à la fin du mois de janvier offrir de l'entraînement «contre le narcotrafic». Pace n'hésitait pas à déclarer en cette occasion: «Il est clair que la zone frontalière avec Haïti est un thème de souveraineté pour le président et pour les dirigeants dominicains. Et s'il fallait un type d'entraînement requis pour pouvoir amener les Forces armées à une certaine forme d'expérience, c'est quelque chose au sujet duquel le Président (Mejìa) et notre ambassadeur pourraient s'entretenir.» Gérard Pierre-Charles et ses complices seraient donc prêts à tout pour provoquer une intervention dont ils comptent bénéficier?
En fin de compte, l'ambassadeur Alberto Despradel a mis au défi Victor Benoît de nier le fait qu'il était bien au courant avant de venir à la nonciature. Mais cette diversion organisée par Sauveur Pierre-Étienne augurait de la tournure que la Convergence comptait donner aux négociations. On a vu combien ce regroupement est peu fiable, car après avoir sollicité la médiation de l'ambassadeur Despradel, il éructait contre lui, il devait en être de même du «dialogue» qu'il faisait mine de réclamer.
Ce dialogue se poursuivait durant la journée du dimanche 4 février et jusque dans la nuit du lendemain à l'hôtel El Rancho avec des représentants de la communauté internationale en tant qu'observateurs, tels les ambassadeurs d'Allemagne, de France, du Canada. Jean-Marie Chérestal, Yvon Neptune, Gérald Gilles et Jonas Petit représentaient Fanmi Lavalas et la Convergence pour sa part: Paul Denis (OPL), Micha Gaillard (Konakom), Hannibal Coffy (Mochrena) et Marcel Pereira (RDNP). Quelles étaient les chances d'aboutir à un accord?