Haïti Progrès
7 au 13  Février  2001
Actualité politique


Des conditions inacceptables
Gérard Gourgue «président» épouvantail

Si Fanmi Lavalas au cours de ces négociations ne reculait point sur les concessions déjà faites, c'est-à-dire les huit points contenus dans la lettre d'Aristide à Clinton, acceptant entre autres de mettre en jeu 10 des sièges au Sénat considérés comme en ballottage le 21 mai dernier, la Convergence s'amenait au contraire avec encore plus de conditions qu'elle n'en avait jamais eues. Celles-ci étaient au nombre de 17, sans compter les subdivisions de chaque point, présentées sous le titre pompeux et trompeur de «Proposition d'un Accord politique pour une sortie de crise et le renforcement de la démocratie».

Pour n'en citer qu'un, le Nº 1. se lit ainsi: «la mise en place d'un gouvernement de consensus et d'union nationale (Fanmi Lavalas - Convergence Démocratique - Société civile) pour une durée de deux ans, avec

  • a.  M. Jean-Bertrand Aristide, Président. Son mandat commence le 7 février 2001 et prend fin le 7 février 2003. Il prête serment

  •       devant la Cour de Cassation.
  • b.  Un Premier Ministre issu de la Convergence Démocratique.
  • c.  Le Premier Ministre choisit les ministres en consultation avec le Président de la République.
  • d.  Les Directeurs généraux des ministères seront choisis par les ministres respectifs.
  • e.  Les Délégués départementaux et les Vices-délégués seront choisis, en concertation, par le Président et le Premier Ministre.
  • 2. Que l'État peut fonctionner dans l'intervalle des deux ans par décrets pris en Conseil des ministres et par arrêtés.  ....

    6. Les Ambassadeurs et les Consuls généraux seront choisis, en concertation, par le Président et le Premier Ministre

    Le tout est à l'avenant. Et le plus important, la Convergence jusqu'au dernier moment ne reculait pas d'un iota sans avoir rien à offrir en échange que le chantage de ses tuteurs, la communauté internationale, s'arrogeant même en tant que «démocrates» le droit d'effacer d'un trait de plume des milliers d'élus à l'échelle du pays pour gouverner «par décrets et par arrêtés». Au nom de quoi, au nom de qui? On ne sait trop. Il était clair que les membres de la Convergence n'avaient point l'intention de négocier quoi que ce soit. Et ce lundi 5 mai, le «dialogue» s'achevait comme il avait commencé, et comme la Convergence avait voulu qu'il s'achevât.

    Et cela devait se confirmer rapidement, car dès le lendemain, le mardi 6 février, la Convergence convoquait une conférence de presse pour remettre une «Proclamation», comme son nom l'indique.

    Le 7e point est entre tous le plus notable qui dit: «PROCLAMONS le citoyen Gérard GOURGUE, Président provisoire de la République pour un mandat ne dépassant pas vingt quatre (24) mois.» Au point 2, on peut lire: «CONFORMÉMENT à la Déclaration de Marlik du 7 décembre 2000, recommandant la transformation de la Convergence Démocratique du FRONT DU REFUS à un pouvoir alternatif à Lavalas.» Bien entendu il est question dans d'autres articles du «pouvoir illégal et illégitime de Jean-Bertrand Aristide au Palais National le 7 février 2001»…(4), ainsi que de la mission qui incombe à la Convergence «de proposer un gouvernement alternatif au pouvoir Lavalas et de combler le vide institutionnel le 7 février 2001» (6).

    Six signatures en date du 6 février 2001 accompagnent ce torchon. Ce sont: Gérard Pierre-Charles qui prend plaisir à signer juste à côté des macoutes qu'il disait combattre, Hubert De Ronceray et Luc Mesadieu, ensuite Victor Benoît, Marcel Pereira. Mais que sont donc devenus les signataires - en théorie au nombre de 15 - des neuf autres Partis formant la Convergence?

    En fait pourquoi avoir choisi Gérard Gourgue, un type qui, il n'y a pas longtemps, faisait l'éloge de Duvalier père sur les ondes et qui n'a aucune crédibilité. On comprend pourquoi il a aussitôt répondu présent pour cette mascarade. La Convergence croit-elle se faire redouter davantage en recrutant cet épouvantail?

    Évidemment ce n'est là que le début d'une suite de provocations. D'ailleurs, les dirigeants de ce ramassis de comploteurs n'ont-ils pas lancé un mot d'ordre pour que des gens aillent manifester devant le Palais national pour empêcher le Président constitutionnel d'y pénétrer après la cérémonie religieuse à la cathédrale. Il est certain que ces malfaiteurs veulent provoquer des confrontations violentes qui devraient servir leurs desseins: crier à la dictature et obtenir un prétexte pour leurs tuteurs. Ils croient ainsi pouvoir lier les mains du Président constitutionnel et exercer la sédition en toute quiétude. Mais le peuple haïtien dans la condition socio-économique qu'il connaît depuis trop longtemps ne pourra tolérer indéfiniment qu'un renégat, qui a déjà utilisé sous des accoutrements divers nombre de patriotes à ses propres fins, vienne interrompre sa marche vers la dignité et la justice.

    N.B. Les lecteurs voudront bien nous excuser d'avoir dû garder telle quelle la typographie saugrenue utilisée par les intellectuels de la Convergence dans leurs textes que nous citons.
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