Haïti Progrès
31 Janvier au 6 Février  2001


Le fiasco des «états généraux»

Les états généraux annoncés par la Convergence démocratique ont effectivement eu lieu le samedi 27 janvier 2001, rassemblant des membres et partisans des 16 partis composant cette alliance des secteurs opportunistes, bourgeois et macoutes. Il y avait bien quelques centaines d'individus, mais les milliers attendus n'avaient point répondu à l'appel d'Alexis Clérius, dirigeant de l'Étoile populaire, une organisation «populaire» instrument de la Convergence qui avait invité la population à «participer en masse».

Les contestataires se sont finalement réunis au local de l'OPL, situé dans le quartier du Bois-Verna dans la capitale au lieu du Rex Théâtre qui a été en définitive décommandé. La réunion en elle-même n'aura point été troublée et n'aura pas justifié les bruyantes mises en garde lancées auparavant - comme s'ils souhaitaient qu'il en fût autrement - par les ténors de la Convergence à l'adresse des organisations populaires liées à Fanmi Lavalas. Encore la veille, le 26 janvier sur les ondes de Radio Galaxie, le porte-parole de l'OPL Sauveur Pierre-Étienne, qui venait juste l'avant-veille de se faire dire par le juge de modérer ses propos (voir article dans ce même numéro: «Comparutions pour menaces!»), reprenait ses violentes vitupérations, proférant même délibérément de graves accusations: «Nous entendons toujours les 'chimères' faire des menaces; la Convergence démocratique leur envoie une mise en garde, parce qu'il y a des moments où les choses marchent autrement que lorsque Ronald Cadavre avait abattu le sénateur (Yvon) Toussaint...»

Malgré que ces «états généraux» n'aient revêtu aucun caratère officiel et que, bien au contraire ses participants pouvaient être accusés de sédition pour leur projet déclaré de former un gouvernement parallèle, une imposante ceinture de sécurité a été mise à leur disposition par la PNH aux abords du siège central de l'OPL, et la circulation automobile a été interdite dans tout le quartier.

Cependant tout ne semblait pas tourner rond, car une atmosphère de frustration, inexplicable au début, régnait dans les lieux. En fait, la formulation ampoulée dite «Résolution de la session d'ouverture des états généraux de la nation», qui allait être présentée, cachait mal ce qui devait se révéler n'être finalement qu'une rencontre de vulgaires conspirateurs dépourvus de l'appui, autre que circonstanciel et intéressé, des différents secteurs de la communauté internationale. Cette résolution contient dix points: Rappel des différentes déclarations internationales: Déclaration universelle des Droits humains, Charte des Nations unies, de l'OEA, etc.; puis «les dix ans (1991-2001) durant lesquels le gouvernement Lavalas a étranglé l'économie nationale haïtienne, 'imposé un parti politique unique,' emprisonné injustement et exilé d'honnêtes citoyens», etc. L'OPL ne verrait donc pas de contradiction à s'auto-accuser puisque jusqu'à l'année 1997 le parti de Gérard Pierre-Charles était partie intégrante du gouvernement Lavalas, et surtout le document omet de mentionner que de 1991 à 1994, c'était la période du coup d'État auquel justement avaient participé ouvertement la plupart des membres de la Convergence. Au troisième point, la «Résolution» s'en prend bien entendu au déroulement des dernières élections, mais note finalement que les «irrégularités comprennent de nouvelles méthodes de calcul des votes en faveur du Parti Lavalas». On en vient ensuite à l'affirmation effrontée que «la population, en refusant d'endosser le crime électoral de mai 2000, en s'abstenant de prendre part au coup du 26 novembre 2000, a manifesté sa totale adhésion aux efforts entrepris par la Convergence Démocratique». Même si cette abstention aurait été véritable, ce rapport de cause à effet a de quoi faire tiquer même ceux qui ne sont pas des partisans de Fanmi Lavalas. Le point 5 est de la même eau, mais le suivant (6), qui introduit les quatre derniers est d'une audace sans pareil, et il y est dit: Considérant que les différentes couches de la population font pression pour la désignation du Chef du Gouvernement Provisoire; 7. Demeurons ouvert à la négociation; 8. Déclarons inacceptable et de nul effet toute tentative de prestation de serment du pouvoir illégal et illégitime de J «B» Aristide au Palais national le 7 février 2001; 9. Avons décidé de remplir le vide institutionnel en formant un gouvernement provisoire de consensus national et d'unité, dont la composition sera annoncée sous peu; 10. Par la présente invitons la communauté internationale à prendre note de cette décision nationale.»

D'abord quelles sont ces «différentes couches» de la population qui poussent les leaders de la Convergence dans cette voie? Pourquoi n'organiseraient-ils pas alors leurs propres élections pour montrer une popularité, des appuis dans cette population dont ils se savent bien dépourvus? Et surtout pourquoi ce tour de passe-passe?, car en fait leur forum du 3 janvier dernier à l'hôtel Montana avait été réalisé en fonction de présenter la formation de ce gouvernement parallèle de salut public à l'occasion de ces états généraux. Il en est à nouveau question au futur, de sa «constitution sous peu»? C'est se moquer des «pressions» qu'exercerait cette «population»!

L'objectif de ces états généraux n'a donc pas été atteint: la formation d'un gouvernement parallèle à installer le 7 février 2001 pour combler le prétendu vide constitutionnel que laisserait le départ du président René Préval. Les participants ont insisté en vain pour que les leaders de la Convergence leur révèlent les noms des membres du «gouvernement». L'ancien sénateur du Sud Paul Denis a prétendu que «le moment n'était pas propice» à cette fin. Cet échec avait un goût d'autant plus amer que les hautes personnalités étrangères annoncées avaient brillé par leur absence. Même pas un délégué de l'extrême droite républicaine pour représenter le sénateur Jesse Helms avec qui de hauts dirigeants de l'OPL de Gérard Pierre-Charles, Irvelt Chéry par exemple, se vantent d'entretenir d'étroites relations. Pas signe non plus des diplomates accrédités en Haïti, même pas l'ambassadeur des Etats-Unis Brian Dean Curran, qui a, au contraire jeté une douche froide sur ses protégés en déclarant cette fois: «Les Haïtiens peuvent résoudre leurs propres problèmes. Un étranger peut apporter son soutien, mais les Haïtiens doivent résoudre eux-mêmes leurs problèmes.» L'ambassadeur n'aura donc pas daigné offrir le «soutien» de sa présence ou même d'un bref passage à ces «états généraux». Mais ce revers du sort n'était encore rien en comparaison des autres attentes, des certitudes du coordonnateur de l'OPL Gérard Pierre-Charles qui annonçait triomphalement et textuellement le 24 janvier: «Nous avons invité le Copal (Confédération des organisations politiques d'Amérique latine). Effectivement le Copal a accompagné le peuple haïtien dans toutes ses luttes depuis 86. L'Internationale socialiste a deux membres de plein droit dans la Convergence, c'est le Panpra et le Conacom qui font partie de la Convergence, et l'OPL qui est observateur au sein de l'Internationale socialiste. Et nous avons invité aussi quelques parlementaires américains et d'Amérique latine. Nous voulons que les forces du progrès soient présents avec nous dans ce moment!»... Que s'était-il donc passé pour que trois jours plus tard ces «forces de progrès» n'aient pas jugé bon de venir accompagner la Convergence? Le Copal a-t-il compris qu'en effet ce ramassis de politiciens stériles travaillait à l'encontre des intérêts du peuple haïtien? D'un côté ou de l'autre de l'assemblée, pas signe de quelqu'un pour se réclamer d'être le représentant d'une quelconque organisation ou institution internationale. Dur coup donc pour Pierre-Charles et ses complices de la Convergence. Mais pourquoi diantre s'était-il aventuré à annoncer ces visiteurs qui n'ont même pas fait parvenir une carte pour expliquer cette absence? Entre autres, l'absence du secteur privé était tout aussi remarquable.

Il ne restait plus à ces leaders qu'à plier leur queue. Cependant ils avaient une autre carte en réserve pour essayer d'attendrir l'opinion publique internationale: celle de la provocation. C'est ainsi que parmi les manifestants qui lançaient des huées autour du siège de l'OPL et contre les participants à ces états généraux, la Police en a arrêté cinq. Ils étaient en possession de sacs de pierres et de tracts anti-Convergence. Cependant quand les policiers ont voulu les emmener, c'est un dirigeant de la Convergence qui est intervenu pour demander leur libération. Par bon coeur?, aurait-on pu penser. Point du tout car deux des brigands ont été clairement identifiés comme des membres de l'Étoile populaire, ce groupe d'agitateurs à la solde de la Convergence. Ce qu'a confirmé le porte-parole de la Police Jean Dady Siméon.

La Convergence a tenté finalement de sauver la face. C'est ainsi que Rosemond Pradel du Conacom a estimé que les «états généraux» n'auraient pas d'impact négatif sur les négociations entre Fanmi Lavalas et la Convergence. Mais Sauveur Pierre-Etienne de l'OPL, toujours égal à lui-même a continué à aboyer et a dit à propos de la commission de facilitation: «Une fois qu'elle aura trouvé une solution qui soit une solution nationale permettant de revenir à l'ordre constitutionnel, de réactiver le processus d'institutionnalisation démocratique, la Convergence l'acceptera. Autrement, les "chimères" du coup d'Etat doivent savoir que le coup d'Etat ne passera pas.»

Ce fiasco des «états généraux» était prévisible, rien que par les propos sibyllins de l'un de ses leaders, Evans Paul, qui croit toujours pouvoir tirer ses propres marrons du feu, et qui déclarait déjà après la rencontre avec les médiateurs dominicains que leur but n'était pas de former un gouvernement parallèle. En fait jusqu'à présent la Convergence joue sur la confusion, car chaque chef de parti, de bande plutôt, peut dire ce qu'il veut. Durant tout ce temps, en effet, ils ne sont pas arrivé à se donner un porte-parole unique, comment arriveront-ils alors à choisir leur «Leader»? Par des élections? On en doute, surtout qu'il n'y a rien au monde qu'ils redoutent tant!

Vont-ils s'arrêter là? Point du tout.  Et les propos que tenait le dirigeant du Conacom Victor Benoît en disent long sur leurs desseins: «Pour rétablir l'ordre constitutionnel nous proposons à la nation d'utiliser aussi un moyen extra-constitutionnel. La seule différence entre Aristide et nous c'est qu'il l'avait fait avec 20 mille soldats, nous autres le faisons par des moyens pacifiques avec le peuple haïtien.» Bien entendu la communauté internationale va continuer à les utiliser à ses fins, ils le savent et ils seront toujours prêts à «servir» et à encourager la déstabilisation sous une forme ou une autre.

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