Haïti Progrès
24 au 30 Janvier 2001


Signaux troubles de la
communauté internationale

Le prochain chef de la diplomatie des Etats-Unis, l'ancien chef d'état-major de l'Armée et secrétaire d'État désigné Colin Powell a donné une idée de ce que pourraient être les relations entre l'administration Bush et le prochain gouvernement haïtien. De prime abord, il semble vouloir ne point renverser la situation et maintenir l'ordre des choses, du moins pour ce qu'il considère comme l'essentiel. Il a laissé entendre que son équipe reconnaît et soutient l'accord en huit points conclu entre le président élu Jean-Bertrand Aristide et l'administration Clinton. Cet accord peut conduire au déblocage de 600 millions de dollars en faveur d'Haïti. Rappelons que dans sa lettre du 27 décembre dernier au président Bill Clinton, Aristide s'était engagé: à rectifier les problèmes issus des élections du 21 mai; à mettre sur pied un Conseil électoral crédible; à renforcer la coopération dans la lutte contre la drogue; à professionnaliser la force de police et à réformer le système judiciaire; à respecter les droits de l'homme; à former un gouvernement d'ouverture; à entamer un nouveau dialogue avec les institutions financières internationales; à négocier un nouvel accord sur le rapatriement des immigrants illégaux. «Nous considérons cela comme un guide approprié pour commencer», a dit Powell alors qu'il répondait aux questions du sénateur Dodd de la commission des Affaires étrangères le 17 janvier 2001. «Je pense que nous devons nous engager avec le président Aristide. Il semble que nos objectifs demeurent ce qu'ils étaient il y a 10 ou 12 ans: comment faire marcher la démocratie et l'économie, et comment maintenir le peuple haïtien chez lui mais non point sur les mers en direction de la Floride.» Cependant il a cru nécessaire d'ajouter: «Mais nous n'écartons pas que nous pourrions avoir d'autres conditions ou d'autres choses que nous pourrions vouloir ajouter à cela», tout en reconnaissant que «ce sont déjà là des conditions assez exigeantes». Quelles pourraient être alors ces autres conditions si celles posées par Clinton vont déjà assez loin, trop loin même?

Une autre position à considérer est celle du représentant de l'ONU, Alfredo Lòpez Cabral, qui avait tenu à honorer de sa présence l'ouverture de la 47ème législature au grand complet, reconnaissant de fait sa légalité et sa légitimité. Ceux qui avaient voulu bouder le nouveau Parlement, les représentants des Etats-Unis, de France et du Canada s'étaient abstenu de se présenter. Pourtant ce 23 janvier 2001, sur les ondes de Radio Haïti Inter, on s'aperçoit que Cabral n'a point lui non plus tourné la page: «Nous avions, disait-il, à l'instar de l'OEA porté une appréciation sur les élections du 21 mai (...) Nous constatons comme du reste l'a fait l'OEA (...) qu'il y a nécessité de corriger certaines irrégularités et de faire en sorte que les résultats qui ont été publiés puissent faire l'objet d'une acceptation nationale.»

En fait cette attitude, et de Powell et de Cabral, ne peut qu'encourager l'opposition dans ses manoeuvres déstabilisatrices. Les dirigeants de la Convergence, tout en prenant note qu'ils n'obtiendront pas tout ce qu'ils ont exigé, perçoivent clairement leur rôle d'agents intérieurs devant faciliter la tâche de la communauté internationale pour lier les mains du prochain régime Lavalas. Mais sont-ils déjà allés trop loin? Certains d'entre eux ne commenceraient-ils pas déjà à se démarquer de leurs complices, puisque parmi tant d'appelés, Washington devra bien finir par trier ses «élus»!

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