Actualité politiqueHaïti Progrès
10 au 16 Janvier 2001
Le complot se précise
Conférence de presse du PPNDénoncer les complots tramés par la Convergence démocratique de l'autre côté de la frontière et mettre le peuple au courant et en garde, tels ont été les objectifs de la conférence de presse donnée par le Parti populaire national (PPN) au local du journal Haïti-Progrès le 8 janvier 2001.
Ces alertes arrivent à point nommé: le chef d'état-major de l'armée dominicaine, le général Manuel Ernesto Polanco Salvador a annoncé le déploiement de quatre brigades le long de la frontière sous prétexte de freiner le trafic illicite des armes à feu, de la drogue, la contrebande et l'entrée d'immigrants illégaux haïtiens. Ces exercices entreraient encore dans le cadre des efforts permanents visant à garantir la sécurité de la frontière. Parallèlement, depuis son arrivée au pouvoir, le président dominicain Hipòlito Mejìa a institué une direction des affaires frontalières chargée de coordonner un programme socio-économique. Ce programme a pour objectif le relèvement du niveau de vie des populations des zones frontalières au moyen d'initiatives telles que le reboisement, l'élevage, la couverture hospitalière, l'alphabétisation et l'aménagement des ressources naturelles. Le président dominicain ne passe pas une semaine sans parler de son plan de développement de la frontière.
A ce sujet, un certain «Plan Hispaniola» a été conçu par le financier américano-dominicain Luis Herrera Bonetti en vue de «réduire la misère» des deux côtés de la frontière. Un «Fonds Hispaniola» de financement de ce Plan aurait eu l'aval du Département d'Etat des États-Unis, de l'ONU et des institutions financières internationales. Mejia se propose même de demander aux Etats-Unis de divertir sur son projet les dettes contractées à son égard par les deux pays de l'île. Mejìa est allé jusqu'à se plaindre de la lenteur manifestée à ce sujet par Haïti, disant que son projet «devrait progresser plus et que réellement Haïti n'a pas été à la hauteur ou aussi rapide que la République dominicaine pour le convertir en réalité» (Listin Diario, 2-01-01). Il s'est plaint à nouveau de la crise politique haïtienne. Mais les membres du PPN se demandent comment Mejìa peut se permettre de concocter à sa guise des plans de développement pour Haïti? Au début de cette semaine, le 7 janvier, il en causait à nouveau avec l'ambassadeur des Etats-Unis en République dominicaine Charles Manatt. Mais ce n'est là qu'un aspect de la question, car dans l'immédiat ce sont plutôt ses militaires qui mènent le jeu.
Car cet intérêt pour la région frontalière sert bien d'autres desseins qu'économiques. Et tout ce va-et-vient de troupes n'est point destiné à barrer la route aux immigrants illégaux haïtiens. «Nous pensons que c'est un simple prétexte parce que tout le monde sait que l'économie dominicaine dépend de la main-d'oeuvre haïtienne. Nous savons que ce sont les Dominicains eux-mêmes qui envoient des rabatteurs recruter des travailleurs haïtiens pour aller travailler dans la coupe de la canne dont la saison vient justement de commencer. Nous savons aussi que toute l'industrie, les infrastructures de la République dominicaine, le secteur de la construction dépendent dans une très large mesure de la main-d'oeuvre haïtienne. Nous pensons que c'est une sorte de couverture que se donne l'armée dominicaine pour expliquer sa présence massive sur la frontière», a déclaré le secrétaire général du PPN.
L'alliance macouto-bourgeoise dénommée Convergence démocratique prépare une invasion par des mercenaires, d'anciens macoutes réfugiés en République dominicaine afin de renverser le gouvernement avant le 7 février 2001. On ne saurait prendre à la légère un macoute endurci tel Hubert de Ronceray du MDN/MPSN/Convergence, qui déclarait il y a une dizaine de jours que son gouvernement provisoire sera installé peut-être même au Palais national ou ailleurs dans la capitale. Un deuxième porte-parole de la Convergence Evans Paul vient d'annoncer ce mardi 9 janvier que «des dirigeants politiques, disons des partis politiques de l'opposition haïtienne ont reçu une invitation du PRD (parti du président Mejìa) à se rendre à une réunion quelque part près de la frontière». Dupuy a donc exhorté le peuple haïtien et ses dirigeants à ne pas prendre à la légère ces propos et actions. «Le plan vise simplement à provoquer une sorte de guerre civile, et dès lors la République dominicaine, l'armée dominicaine prendrait prétexte qu'il y a une situation extraordinaire dans le pays, et que pour leur propre protection elle est obligée d'intervenir. Alors ils demanderaient aux Etats-Unis et à l'OEA l'envoi d'une force multinationale de maintien de la paix en Haïti», a révélé le secrétaire général du PPN.
On se rappelle que le sénateur républicain Jesse Helms avait demandé à l'OEA de prendre Haïti en charge. De plus la Convergence démocratique compte plusieurs partis comme le Panpra de Serge Gilles et le Conacom de Victor Benoît qui, comme le Parti révolutionnaire dominicain (PRD) du président Mejia, sont membres de l'Internationale socialiste (IS). Ils attendraient seulement l'investiture de George W. Bush pour mettre leur plan en marche, en complicité avec la CIA. Ils croient qu'ils peuvent compter sur leur camarade Mejìa qui a dû accorder sa protection aux groupe de policiers haïtiens dénommé «Les Equatoriens» impliqués dans une tentative visant à assassiner Aristide et Préval au mois d'octobre dernier. Dupuy a rappelé les coups similaires réalisés par la CIA dans le monde: en 1954, le Honduras avait été utilisé comme base de lancement du renversement du président nationaliste guatémaltèque Jacobo Arbenz; plus récemment Laurent Kabila de la République démocratique du Congo, a vu la moitié de son territoire occupée par les nations voisines comme le Rwanda et l'Ouganda appuyées par la CIA. «Nous ne pourrons pas attendre qu'ils mettent leur plan à exécution pour que le gouvernement réagisse. Nous autres du PPN lançons un appel au peuple pour qu'il reste mobilisé. Et nous disons à ces mercenaires, à leurs acolytes et alliés qu'ils peuvent entrer dans le pays mais ils ne savent point comment ils en sortiront. C'est cet avertissement que nous leurs lançons», a dit le leader du PPN qui leur a rappelé le sort de l'expédition française Leclerc en 1802. A ce propos, il a demandé aux militants de base du Parti populaire national (PPN) de rester mobilisés.
En attendant aucune mesure - si ce n'est de simples dénonciations - n'est prise par les autorités pour stopper les actions subversives. Ben Dupuy a suggéré de mettre ces politiciens sous contrôle avant le 7 février. En attendant Evans Paul poursuit ses va-et-vient en République dominicaine, et vient d'annoncer que sa Convergence devrait s'y rendre pour rencontrer les responsables du PRD autour de la situation politique en Haïti. Le PRD aurait invité des membres de la Convergence à une réunion qui doit se tenir à Barahona le 10 janvier sur la crise en Haïti. «Ils estiment qu'à chaque fois qu'il y a une crise, ils en paient la conséquence. Beaucoup d'Haïtiens traversent la frontière, et parce qu'ils sont aussi des associés des partis politiques haïtiens à travers l'Internationale socialiste (IS). Alors pour toutes ces raisons les dominicains pour la première fois veulent faire un effort afin de jouer un rôle dans la solution de la crise», a cru devoir expliquer Evans Paul croyant justifier ainsi cette ingérence. Il n'est point dit cependant qui dans le PRD a pris sur lui d'inviter ces «dirigeants politiques de l'opposition». Ce ne peut être qu'à l'instigation de l'armée dominicaine qui est «un État dans l'État», comme le signalait le secrétaire général du PPN. Tout cela s'inscrit dans la suite du complot des commissaires de police envers qui d'ailleurs la hiérarchie militaire avait manifesté toute son attention, les faisant même accompagner par un général à leur départ de la République dominicaine vers l'Équateur. Sauveur Pierre-Etienne de l'OPL n'a même pas pu retenir sa langue pour se vanter que c'était lui et ses complices qui avaient fait avorter le projet de visite du président élu Jean-Bertrand Aristide en République dominicaine. On en ainsi loin de faire de la spéculation, puisque les comploteurs poussent de plus en plus leur audace, bénéficiant d'une impunité inimaginable, puisqu'à toute tentative de restreindre leurs activités criminelles, ils pourront toujours crier à l'aide leurs «amis» de la communauté internationale en criant à la dictature. Il est évident que d'ici le 20 janvier, date de l'investiture du nouveau président républicain à Washington, ils vont montrer encore plus d'audace dans la mise au point de leur projet de la dernière chance.