Haïti Progrès
3 au 9 Janvier 2001


JANVIER 91 - JANVIER 2001
Réédition du coup de Lafontant?

L'opposition haïtienne persiste dans son projet d'installation d'un «gouvernement parallèle de transition» à la date du 7 février 2001. La Convergence démocratique a annoncé l'organisation, à partir du 3 janvier à Port-au-Prince, d'un forum avec les partis d'opposition et les organisations de la société civile qui lui sont proches. Cette rencontre doit être suivie des «états-généraux des forces démocratiques», en vue de la formation d'un gouvernement provisoire dont la mission essentielle serait l'organisation de nouvelles élections. L'un des leaders de la Convergence et coordonnateur de l'OPL, Gérard Pierre-Charles, a élaboré tout un programme: «Ce forum aura lieu le 3 janvier à partir de 8 heures et demie du matin et durant la journée. Nous pensons effectivement organiser des ateliers, toucher certaines questions fondamentales liées, disons, à la forme de l'Etat.» Son associé, le sénateur sortant du Sud Irvelt Chéry, dit de son côté avoir effectué une tournée dans ce département pour «sensibiliser» la population autour de son projet. Dans une déclaration à la presse, il a en quelque sorte complété le discours de Pierre-Charles: «Il y aura un gouvernement de large consensus, il y aura un conseil consultatif pour contrôler le gouvernement». C'est donc chose faite, il ne resterait plus que les «détails» à régler.

Pour en revenir à ce projet de la Convergence, il n'y a en fait rien de nouveau, du moins en apparence. Ses dirigeants maintiennent leurs pressions sur la communauté internationale, mettre le pouvoir en place sur la défensive et semer la confusion. D'eux-mêmes, il n'ont ni les moyens ni les soutiens internes nécessaires à la réalisation de leurs prétentions, à moins de vouloir utiliser tous les moyens. Le dirigeant de l'OPL Gérard Pierre-Charles fignolait son plan: «C'est tout un processus, nous n'allons pas signaler tous les aspects d'une stratégie qui est bien étudiée, une stratégie pacifique, une stratégie qui tienne compte des réalités nationales et des réalités internationales», a expliqué Gérard Pierre-Charles pour justifier son projet. De quelles réalités veut-il parler? Et quant à sa «stratégie pacifique», son allié néo-duvaliériste dans la Convergence Hubert de Ronceray a laissé planer un doute certain quand il a dit: «Nous ne pouvons pas dire que le gouvernement (de la Convergence) ne sera pas installé au Palais national, car nous ne savons pas ce qui va se passer demain. Il y a de fortes probabilités qu'il soit installé au Palais national, tout comme à une autre adresse à Port-au-Prince.»!

Ces mots ne sont pas lancés gratuitement. De plus, le fait que le porte-parole habituel de l'OPL Sauveur Pierre-Étienne cède l'avant-scène à son chef Gérard Pierre-Charles peut laisser suspecter que de grandes manoeuvres sont en vue! Par ailleurs, les anciens militaires, dont on n'avait plus entendu parler depuis belle lurette, réapparaissent bruyamment avec des revendications. Sans compter les deux explosions de la semaine dernière: l'une dans la soirée du 26 décembre non loin du Palais national et du siège du CIMO, ce corps d'élite de la Police nationale et l'autre dans la matinée du jeudi 28 décembre ayant fait un blessé. Ces actes de violence rappellent les attentats à la bombe artisanale à la veille des élections du 26 novembre. En effet, le porte-parole de Fanmi Lavalas, le sénateur Yvon Neptune ne prend point à la légère les menaces et les rumeurs sur d'éventuels attentats terroristes. Tout en reconnaissant le droit des Haïtiens à se réunir dans les limites de la loi, il a déclaré: «C'est la responsabilité de l'Etat, du gouvernement, de la police de faire tout ce qui est nécessaire avec la force de la loi pour empêcher qu'il y ait des actes de terrorisme dans le pays.»

Et pour ne rien laisser au hasard, ce mardi 2 janvier, le Premier ministre Jacques-Édouard Alexis faisait, de façon assez explicite et sans détours diplomatiques, cette déclaration à la Télévision nationale (TNH): ...«Les composantes de l'opposition, connue comme la Convergence, ont annoncé qu'ils se réunissent demain (3 janvier) dans l'objectif d'installer un gouvernement au Palais le 7 février, date du départ du président Préval... Cela n'a aucune chance d'aboutir. Je suis bien content de les entendre faire cette déclaration. Les gens de l'extérieur qui les appuient, certains représentants de pays étrangers, je pense qu'ils ont là l'occasion pour voir qu'ils n'ont pas affaire à des démocrates... Le peuple haïtien a fini de décider à travers les élections du 26 novembre qui il a choisi pour le diriger; et voilà qu'une bande de nostalgiques de coup d'État... Quand le président Aristide allait entrer en fonction en 1991, nous avions eu Lafontant qui avait tenté un coup d'État... Eh bien c'est exactement ce que ces gens qui remplacent Lafontant tentent aussi de rééditer. J'en profite pour dire à l'opposition et aux gens qui la financent, - d'ailleurs il y en a parmi eux qui reçoivent de l'aide étrangère pour avoir même leur propre sécurité chez eux - j'en profite pour leur dire, en tant que Premier ministre et ministre de l'Intérieurque nous n'allons pas tolérer cette affaire, et comme le peuple l'a déjà démontré, ensemble avec le peuple nous apporterons la réponse qu'il faut à la tentative de coup d'État qu'ils veulent faire. Et je ne peux donner aucune garantie à ceux qui s'oublient et qui sont entrés dans une telle conjuration. À bon entendeur, salut!»

Comme on le voit, le plan des commissaires de police aujourd'hui en exil n'était point une entreprise isolée. Ce n'est certes pas une pure coïncidence si ses dirigeants de la Convergence mettent à exécution ce projet, ces «états généraux», en ce mois de janvier, juste un mois avant l'investiture du nouveau président constitutionnel. Le président René Préval a pour sa part appréhendé de la même manière que son Premier ministre les événements en cours en déclarant, également ce 2 janvier à la TNH: «C'est une initiative que je pourrais qualifier de folie. De la même façon que celle de Lafontant, en Haïti tout le monde voit que c'est de la folie politique. Mais les fous, quand ils ont une idée, ils essaient de la concrétiser... Cependant je crois que la personne qui remplace Lafontant aujourd'hui, c'est-à-dire l'opposition, elle est plus pressée que Lafontant qui avait attendu le 7 janvier. Cette fois-ci, c'est dès le 3 janvier qu'ils commencent à bouger. Mais même si c'est une entreprise que politiquement je qualifierais de folie, nous la prenons au sérieux.» On ne saurait être plus clair sur le projet de la Convergence, un plan d'ailleurs que De Ronceray, ainsi que son acolyte, ne sauraient nier. Mais comme Alexis le rappelait, le peuple sera présent pour faire échec une nouvelle fois aux aventures des putschistes habituels et leurs recrues.

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