Haïti Progrès
20 au 26  Décembre  2000
Actualité politique


«Positionnement» d'un gouvernement parallèle

L'opposition haïtienne réunie au sein de ladite Convergence démocratique a maintenu son projet d'installer à la date du 7 février 2001 un gouvernement provisoire parallèle face aux élus légitimes issus des dernières élections. Et ce, en dépit des appels au dialogue et à la paix réitérés par le président élu Jean-Bertrand Aristide, du scepticisme et de l'indifférence de l'opinion publique. La mission essentielle de ce gouvernement auto-proclamé serait d'organiser des élections générales dans le pays, afin de se partager le pouvoir entre dirigeants de l'opposition. Cette idée d'un gouvernement de «salut public» germait au sein de la Convergence depuis sa défaite électorale du 21 mai; elle n'a donc fait que renouveler ses exigences lors de sa rencontre du jeudi 14 décembre. «Nous multiplions les contacts avec tous les secteurs de la société haïtienne pour les intéresser à ce projet», a déclaré l'ancien sénateur Paul Denis (OPL, Organisation du Peuple en Lutte) qui s'est exprimé avec les poncifs habituels: «Cette majorité silencieuse qui, le 26 novembre, a rejeté Lavalas, nous disons que nous devons nous tourner vers cette majorité silencieuse qui a rejeté Lavalas pour qu'elle dise ce qu'elle veut.» On ne peut en dire autant du petit clan auquel appartient Denis, tant celui-ci est bavard. Ces leaders ont fixé comme échéance le mois de janvier 2001 pour annoncer publiquement la formation de ce gouvernement parallèle.

Le Premier ministre Jacques-Edouard Alexis, le sénateur du Sud Yvon Feuillé et une bonne partie de l'opinion qualifient de «folie» cette ultime initiative de l'opposition. Cependant il va sans dire que ces politiciens désespérés vont recourir à bien des moyens pour tenter de se remettre de leurs échecs successifs à s'emparer du pouvoir. Ils ont déjà suffisamment montré de quoi ils étaient capables dans l'exécution de leurs plans de déstabilisation, surtout s'ils se sentent soutenus par un certain secteur de «l'International», comme le dirigeant de l'OPL Gérard Pierre-Charles se plaît désormais à qualifier ses tuteurs étrangers de la droite conservatrice. D'ailleurs son allié dans La Convergence, le néo-duvaliériste Hubert De Ronceray (MDN/MPSN, Parti Mobilisation pour le Développement National/Mouvement Patriotique pour le Sauvetage National), ne se gênait pas pour l'avouer: «Je crois que la communauté internationale attend que nous fassions ce que nous devons faire. Car ce n'est pas à elle de nous dire ce que nous devons faire ni assumer nos responsabilités. Je crois qu'elle montre sa bonne disposition à l'endroit de l'opposition puisqu'elle n'a pas reconnu les résultats (des élections) du 21 mai et du 26 novembre. Par conséquent je crois qu'elle a donné à l'opposition suffisamment d'appui moral pour que cette dernière maintenant prenne ses responsabilités pour avancer.»

De son côté, le secrétaire général du Parti National Démocratique et Progressiste Haïtien (PNDPH), Turneb Delpé, n'a pas voulu être ignoré et est réapparu sur la scène, jugeant le moment opportun pour rappeler la lutte solitaire de son parti pour la tenue de sa «conférence nationale». «Le PNDPH voudrait croire que les idées de dialogue dont on parle dans le pays devraient être un dialogue profond qui aille dans le sens de l'idée d'une conférence nationale devant réunir sans exclusive tous les fils du pays, ceux de l'intérieur et ceux de l'extérieur», a dit Delpé.

En même temps, émerge un «nouveau» mouvement socio-politique dénommé «Comité d'initiative, d'action civique pour la réconciliation de la nation avec elle-même» (CIRENE) qui dit se pencher depuis septembre 1998 sur la crise haïtienne. Ses démarches auraient été stoppées par l'accord du 6 mars 1999 conclu entre l'Exécutif et une partie de l'opposition et qui avait abouti à la formation d'un gouvernement d'ouverture et d'un CEP de consensus. Se référant aux déclarations de personnalités étrangères et d'organisations locales, le CIRENE est arrivé à la conclusion que «la réconciliation de la nation avec elle-même s'impose aujourd'hui, comme une nécessité historique». Se disant la voix de la sagesse et un troisième camp se situant entre Fanmi Lavalas et la Convergence, le CIRENE par la voix de Seymour Romain s'est montré favorable à l'idée de conférence nationale prônée par le PNDPH de Delpé. Rien de surprenant à cela si l'on se rappelle que Seymour Romain avait été en 1991 le candidat à la primature soutenue par le FNCD (Front National du Changement et de la Démocratie) sous l'égide de Delpé et d'Evans Paul. En effet, on retrouve à la tête du CIRENE des membres du PNDPH (FNCD) comme Jacques Bernadin, Turneb Delpé, Varnel Durandisse, Pierre André Guerrier, rejoints par une aile de la bourgeoisie traditionnelle représentée par Gérard Gourgue, Odette Roy Fombrun, Abel Léger, Edouard Tardieu, Charles Poisset Romain.

«Nous leur disons qu'ils ne pourront rien faire dans le vent. Cessez de converger des énergies dans l'espace, revenez sur terre pour vous asseoir autour de la table avec nous afin de résoudre les problèmes du pays, donnant ainsi au pays la priorité sur les petits intérêts personnels de partis politiques. Répondez à l'appel du nouveau président élu Jean-Bertrand Aristide en vue de mettre le pays sur les rails du développement», a pourtant repris le porte-parole de Fanmi Lavalas. Il a même mis sur pied un conseil de juristes, nommé par le président élu, pour traiter la controverse électorale du 21 mai. Tout en considérant le dossier électoral clos, le Premier ministre Jacques-Edouard Alexis a quant à lui précisé que l'Exécutif est encore disposé à appliquer toute entente trouvée entre les parties, pour autant que le consensus ne soit contraire aux prescrits constitutionnels: «Je rappelle la position que le président Préval a toujours exprimée, et c'est la position du gouvernement. Nous avons organisé des élections et leurs résultats ont été publiés. Pour nous c'est fini. Maintenant qu'il y a des controverses autour des élections du 21 mai par exemple, et bien les hommes et les femmes de bonne volonté du pays et de l'étranger peuvent essayer de trouver des solutions qui permettent de ramener la paix, la tranquillité, la sérénité dans le pays». Il est manifeste que l'opposition ne va pas accepter si vite ces appels répétés au dialogue. D'autant plus qu'avec son projet de gouvernement parallèle, elle tente de se positionner le mieux possible dans l'espoir de voir jouer en sa faveur l'installation de la nouvelle administration à Washington. Il ne faut pas négliger que l'attitude d'un secteur de la communauté internationale favorise ces entreprises de sédition. Des déclarations telles que celles du porte-parole de l'ambassade des Etats-Unis Daniel Whitman: «d'ici le 7 février, il y a quand même quelques deux mois» (Voir Haïti-Progrès, Vol 18 Nº 39, «Les dénégations de Whitman») ne peuvent qu'encourager dans leurs manoeuvres des leaders dépourvus d'un quelconque appui populaire.

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