Haïti Progrès
13 au 19 Décembre 2000
Les Organisations populaires
veulent participer...Le rameau d'olivier tendu par le président élu Jean-Bertrand Aristide à tous les secteurs rencontre toujours l'antagonisme entêté et systématique de l'opposition, c'est à dire des meneurs de la dite Convergence démocratique. Si les représentants d'un secteur de la bourgeoisie se sont montrés sensibles à l'appel au dialogue, dans la «classe» politique seul Marc Bazin du Mouvement pour l'Instauration de la Démocratie (MIDH) y a publiquement répondu. Nonobstant des contacts individuels, l'opposition réunie au sein de l'alliance macoutes/bourgeoisie fait toujours montre d'une bruyante hostilité.
La coordination des Ti Kominote Legliz (TKL) de St-Jean-Bosco, lors d'une conférence de presse du 6 décembre, a pris note de la volonté d'Aristide de diriger le pays avec la participation de tous. «Nous avons lancé un appel au dialogue à tout le monde à chaque moment. Nous disons que cet appel au dialogue est une dernière chance», a dit le porte-parole des TKL Paul Raymond qui en a profité pour prévenir l'opposition contre toute tentative de rééditer la tentative de coup du 6 janvier 1991 par Roger Lafontant ou le putsch du 29 septembre 1991 par les militaires Cédras et Michel François.
Faisant référence au leader du MIDH Marc Bazin, René Civil de Jeunesse Pouvoir Populaire (JPP) a pour sa part dit «souhaiter que ces gens laisseront finalement ainsi le pays sortir du dernier niveau du sous-développement où il se trouve aujourd'hui». Tout comme leurs camarades de la capitale, les militants de base de Fanmi Lavalas à Petit-Goâve ont dit détenir un «bâton démocratique» pour les concitoyens de bonne volonté et un «bâton révolutionnaire» contre ceux faisant preuve de mauvaise foi. Fanmi Lavalas a par ailleurs réitéré son appel au dialogue: le sénateur de la Grand'Anse Gérald Gilles a précisé que «le président élu Jean-Bertrand Aristide souhaite rencontrer les membres de l'opposition pour discuter des moyens à mettre en place pour assurer le développement du pays».
L'aile dure de la Convergence démocratique, représentée par les néo-duvaliéristes du MPSN et l'OPL, est restée quant à elle sur la même position intransigeante et jusqu'au-boutiste. Sauveur Pierre Etienne de l'OPL, passé champion dans l'art de la surenchère, s'est empressé de s'écrier tel un déséquilibré: «Nous autres, notre position est claire, nous disons que les résultats du coup de force du 21 mai doivent être annulés, il faut que les résultats de la mascarade électorale du 26 novembre soient annulés. Et nous sommes prêts pour nous asseoir avec le président Préval afin de négocier les conditions de son départ et parvenir à mettre en place un gouvernement provisoire et un conseil électoral équilibré nous permettant d'organiser des élections générales dans le pays dans un délai ne dépassant pas deux mois.»
Le porte-parole du Mochrenah/Convergence, Ernst Colon, s'est demandé de son côté pourquoi Aristide a tant attendu pour concéder la mise sur pied d'une commission d'évaluation des élections du 21 mai. Comme on peut le constater, chaque tentative de Fanmi Lavalas pour débloquer la situation est considérée comme un signe de faiblesse. Et Colon a renouvelé ses exigences, posant comme conditions à la participation du Mochrenah au dialogue prôné par Aristide la prise en compte des cinq recommandations faites par le groupe de Convergence lors de la dernière mission de bons offices de l'OEA lors de la crise post-électorale. Recommandations qui incluaient «la nomination d'un nouveau Conseil électoral provisoire et d'un nouveau gouvernement chargés de réaliser des élections honnêtes dans le pays». Quand on sait que cette Convergence démocratique regroupe au moins une dizaine de meneurs, les conditions pour les satisfaire tous ne seront jamais épuisées!
Sauveur Pierre Etienne en apportait à nouveau la preuve en annonçant que la vraie solution durable, «c'est le renversement du régime Lavalas, et la mise en place d'une alternative». Laquelle? Personne ne sait, sauf que cette multitude de leaders sans appui populaire envisage de former un gouvernement provisoire appelé à combler le «vide» qui sera laissé par le président sortant René Préval à la date du 7 février 2001.
De son côté, le porte-parole de Fanmi Lavalas, le sénateur Yvon Neptune s'est félicité de l'esprit d'ouverture de son parti qui, d'après lui, ne peut en effet trafiquer les verdicts populaires formellement exprimés ni remplacer les institutions étatiques qui les ont certifiés. Dans ces débats, justement, on peut remarquer que cette opposition ne fait jamais référence à la représentation du secteur populaire qui appuie Fanmi Lavalas. Cette représentation est pourtant fondamentale et a été ainsi exprimée par le responsable de Jeunesse pouvoir populaire René Civil: «Nous recommandons au président élu de commencer par s'asseoir avec les organisations populaires... Le secteur populaire et le secteur paysan exigent de la part du président élu, du nouveau gouvernement à installer une participation effective, claire et nette du secteur populaire au sein du pouvoir car le pouvoir est déjà celui des masses. Ce sont les masses qui se sont sacrifiées pour établir ce pouvoir dans le pays.»
Il ne serait en effet pas souhaitable, au moment où les ennemis d'hier sont invités au dialogue pour garantir la paix sociale, de laisser de côté ceux qui ont toujours lutté pour tout au moins ramener l'espoir. D'autant plus que seul le peuple s'est continuellement mobilisé pour défendre les idéaux de justice prônés par Fanmi Lavalas.