Haïti Progrès
13 au 19  Décembre  2000


Les dénégations de Whitman
Ce que dit la lettre de Clinton

Daniel Whitman, le porte-parole de l'ambassade des Etats-Unis en Haïti a, bon gré mal gré, été le catalyseur d'une cabale orchestrée autour d'une lettre adressée à Jean-Bertrand Aristide par le président des Etats-Unis Bill Clinton. Dans le contexte actuel, les partisans d'Aristide veulent autant y voir la reconnaissance par le gouvernement des Etats-Unis des résultats des élections du 26 novembre que l'opposition, suspendue aux basques de l'étranger, redoute un tel «verdict». L'opposition et la presse qui lui est acquise ont donc de prime abord déclenché un tollé général au sujet des présumées «félicitations» contenues dans cette missive et que le porte-parole de Fanmi Lavalas Yvon Neptune aurait mentionnées. Daniel Whitman a bien sûr sauté sur l'occasion pour cautionner l'opposition. «Je pense que ce serait aller un peu loin d'appeler cela une note de félicitations. La lettre, qui a pour date le premier décembre, exprime les préoccupations, les soucis et les espoirs du président Clinton en ce qui concerne l'évolution de la démocratie en Haïti. Il n'a fait aucune mention des élections présidentielles qu'on a vues le 26 novembre», a-t-il dit tout en faisant remarquer que c'était une correspondance personnelle entre deux particuliers dont il ne pouvait révéler le contenu. Il n'en a pas moins continué de «révéler» que «le président Clinton a prié instamment M. Aristide de poursuivre toutes les idées possibles pour trouver une solution à l'impasse électorale connue depuis les élections du 21 mai 2000.» Tel un farouche adepte de l'option zéro, il ajoutait: «Dans la compilation de 8 à 10 sièges du Sénat, le système a été erroné. Il est obligatoire(!) que les autorités haïtiennes restaurent, avec un nouveau Conseil électoral qui aurait la crédibilité, son propre processus électoral afin de restaurer la confiance du peuple haïtien et de la communauté internationale.» Rien de tout cela ne se trouve dans la lettre du président Clinton, et l'on pourrait dire que Whitman divague s'il n'agissait pas sciemment. Les leaders de la Convergence démocratique ont tout de suite repris «confiance» après avoir entendu les dires du porte-parole de l'ambassade des Etats-Unis pour s'élancer avec plus de hargne: «Nous disons que cela ne nous a pas étonné car nous savons que c'est ainsi que fonctionne Lavalas: dans le mensonge et le bluff», a dit Ernst Colon du Mochrena.

Le plus regrettable, c'est que la version de Whitman a été aussitôt répercutée dans la presse internationale. Même la vénérable BBC de Londres ne s'est pas donné la peine de contre-vérifier, tout en faisant référence à sa source privilégiée, «l'ambassade des Etats-Unis à Port-au-Prince»!

Avant d'en venir à la lettre proprement dite, disons tout d'abord que le sénateur Yvon Neptune n'avait pas prononcé le mot de «félicitations». D'autre part, le bureau de presse de la Maison-Blanche a clairement qualifié M. Aristide de «président élu». En effet, pour couper court à toutes les spéculations, le 7 décembre, l'attaché de presse de la Maison-Blanche a fait paraître une note dont voici la teneur intégrale: «Des questions ont été soulevées au sujet d'une lettre adressée par le Président Clinton à Jean-Bertrand Aristide, président élu de la République d'Haïti, le 1er décembre 2000. En effet, le président Clinton a écrit au président élu Aristide pour lui faire part de ses espoirs et des ses préoccupations quant à l'évolution de la démocratie en Haïti au moment où le président élu Aristide se prépare à reprendre ses fonctions. Le président a souligné son engagement personnel en vue d'un meilleur avenir pour Haïti et de meilleures relations entre nos deux pays, en insistant sur l'importance de construire une société inclusive dévouée aux objectifs de la justice sous l'égide de la loi»... Les termes de «Président élu» apparaissent trois fois dans cette petite note postérieure aux errements de Daniel Whitman. Au premier alinéa du dernier paragraphe de la lettre du président Clinton au président élu Jean-Bertrand Aristide, très significativement on peut lire: «Maintenant, alors que je me prépare à quitter le pouvoir et vous à y revenir».

Whitman s'est empressé de tergiverser pour se reprendre - tout en lançant de nouvelles flèches - en déclarant au micro de Radio Haïti Inter: «Je peux vous dire que le mot "félicitations" ne figure pas dans la lettre en question», prétendant même qu'il n'y avait rien de différent entre la (sa) position de l'ambassade et les propos du sénateur Yvon Neptune: «Rien du tout, je dis, et à plusieurs reprises que la caractérisation donnée par Yvon Neptune hier était précise, correcte, il n'y a aucun différend.» Invité par le journaliste à dire s'il participera à la cérémonie d'investiture de M. Jean-Bertrand Aristide le 7 février 2001, Whitman s'est montré cependant moins impulsif, mais tout aussi insidieux, en estimant qu'il était «très hypothétique et très prématuré de se prononcer à ce sujet. D'ici le 7 février, il y a quand même quelques deux mois. Certainement les choses vont se clarifier entre-temps». Un «entre-temps» qui devrait servir à Daniel Whitman en attendant les manoeuvres éventuelles d'un dénommé George W. Bush!

Nous donnons ci-dessous notre traduction de la lettre de Bill Clinton à Jean-Bertrand Aristide, qui est somme toute d'une teneur assez cordiale, à part la visite annoncée de Anthony Lake, visite qui devrait servir sans doute à «arrondir les angles» et peut-être à faire face à l'arrivée à la Maison-Blanche de George W. Bush, qui voudra en compagnie de Jesse Helms saper les démarches de Clinton.
 

Maison-Blanche
Washington, le 1er décembre 2000

Monsieur Aristide,

Aussi bien qu'Haïti et les Etats-Unis, les deux plus anciennes Républiques de l'hémisphère occidental, ont en commun une grande part de leur histoire, votre carrière publique et la mienne ont été étroitement liées. La restauration de la démocratie dans votre pays a été un thème important de ma première campagne présidentielle il y a plus de huit ans; prôner l'emploi des forces américaines pour vous aider, vous et le peuple haïtien à parvenir à ce but, a été un thème majeur de ma seconde campagne.

Au cours de ces dernières années, soit directement soit par l'intermédiaire de la Secrétaire d'État Albright, de Sandy Berger, Tony Lake, Arthur Valenzuela et Don Steinberg, je vous ai fait part de mes préoccupations et de mes espoirs quant à l'orientation des événements en Haïti, spécialement en ce qui concerne l'évolution de la démocratie. Ces éléments ont été et demeurent profondément enracinés dans mon engagement personnel en vue d'un meilleur avenir pour Haïti, et de meilleures relations entre nos deux pays.

Maintenant, alors que je me prépare à quitter le pouvoir et que vous vous préparez à y revenir, je pense que nous avons une occasion d'établir les bases pour affermir nos relations dans les années futures. Ensemble, nous devons prendre des mesures concrètes pour améliorer les conditions de vie du peuple haïtien et construire une société non exclusive autour des objectifs de justice et de la règle de droit. Je sais que vous avez mis en avant des idées constructives à cet égard, et j'espère que prochainement vous accueillerez M. Lake pour aborder d'autres étapes. Vous pouvez être assuré que le peuple des Etats-Unis sera toujours prêt à aider le peuple haïtien dans la poursuite de la démocratie, de la prospérité, de la dignité et de la place qui lui revient dans la communauté internationale.

Bien à vous
Bill Clinton


ciacia.
La CIA a déjà nommé Bush!

Au moment de mettre sous presse, nous apprenons, ce mardi dans la nuit, que la Cour suprême fédérale, après avoir précédemment stoppé le recomptage des bulletins accordé à Al Gore par la Cour suprême de Floride, en est venue (comme prévu) à rejeter le verdict de cette juridiction, c'est-à-dire à mettre fin définitivement au recomptage. Déjà Al Gore avait implicitement capitulé en déclarant qu'il accepterait le verdict. Et pour cause, car l'establishment avait déjà fait son choix, et la CIA principalement quand une de ses éminences grises s'est rendue à Austin, au Texas, dès le début de la semaine dernière, pour faire son compte rendu à George W. Bush sur «l'état de la Sécurité nationale», un rapport qui est présenté normalement quotidiennement au président en exercice Bill Clinton.
 

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