Haïti Progrès
29  Novembre  - 5 Décembre  2000


Victoire du peuple
Echec à la terreur!

Les élections du 26 novembre se sont avérées une autre victoire du peuple haïtien, malgré une vaste campagne de terreur déclenchée contre leur réalisation. Le scrutin s'est plutôt déroulé dans le calme à travers le pays, à part l'explosion de trois bombes artisanales à Brochette 98 (Carrefour) et à Delmas 48 ayant causé un seul blessé. La sécurité avait été assurée notamment à Port-au-Prince par les agents de la police nationale, soutenus par des membres d'organisations populaires. Ces derniers avaient érigé des barricades un peu partout dans la capitale pour fermer le passage aux véhicules d'éventuels terroristes durant le déroulement du scrutin.

Le candidat de Fanmi Lavalas Jean-Bertrand Aristide accompagné de son épouse Mildred Trouillot-Aristide est allé voter à une école publique de Tabarre où il a été salué par une foule de partisans. Après avoir déposé son bulletin dans l'urne, Aristide a fait le signe de la victoire et promis dans une brève déclaration la paix à la population et à l'opposition. «Tout le monde doit se remettre ensemble pour réaliser ce beau rendez-vous de paix. Nous avons voté pour la paix, la paix pour tous les Haïtiens sans distinction», a-t-il dignement déclaré.

Au cours d'une conférence donnée dans la nuit du 26 novembre, le CEP a qualifié la journée de vote de succès et chiffré à une moyenne de 60,5% la participation des électeurs au niveau national. L'Artibonite viendrait en tête avec 70% de participation. Il ne manquait pas d'observateurs, qui n'étaient point là pour s'ingérer, mais bien pour observer le déroulement du vote. À noter que la Caricom avait envoyé une mission d'observation de quatre personnes avec à sa tête, assez significativement, l'ex-Premier ministre de St Lucie John Compton. On comptait aussi la présence d'une trentaine d'autres observateurs étrangers délégués venus du Canada, du Danemark, des États-Unis et d'organismes indépendants aussi crédibles que le Global Exchange de San Francisco en Californie, Pax Christi, Marin Interfaith Task Force, Witness for Peace, Haiti Reborn/Quixote Center qui présentaient par ailleurs leur témoignage au cours d'une conférence de presse à l'hôtel Plaza à Port-au-Prince ce mardi 28 novembre 2000: «Nous faisons partie d'une Coalition internationale d'observateurs indépendants... Tous ces observateurs ayant suivi les élections durant ce week-end sont des volontaires. Afin d'obtenir l'accréditation officielle pour l'observation des élections nous nous sommes présentés au CEP. Nous sommes indépendants de tout gouvernement et de toute structure internationale. Nous sommes aujourd'hui sur le panel sept de notre groupe de 25 personnes: Melinda Miles de Haiti Reborn/Quixote Center, Moira Feeney de Global Exchange, Raymond Giraud, Dale Sorenson, Vivian Tortora, Espérance Étienne. Dans le cadre de ce qui se passe aux Etats-Unis, nous venons ici en toute humilité comme observateurs indépendants dans le but de partager nos observations. Nous sommes des volontaires qui ne viennent pas ici à titre d'experts électoraux internationaux. Nous espérons nous montrer honnêtes et justes et nous n'avons pas l'intention de venir donner des leçons. Nous sommes aussi venus ici parce que la communauté internationale n'a pas reconnu les élections du mois de mai. Nous sommes ici aussi pour pouvoir diffuser nos observations sur les conditions dans lesquelles se sont déroulées les élections et faire part de l'intégrité du processus haïtien au monde. La Coalition internationale des observateurs indépendants a suivi 152 bureaux de vote dans quatre départements. Nos observateurs étaient stationnés ici à Port-au-prince dans le département de l'Ouest, dans le Nord, l'Artibonite et la Grand'Anse. Les résultats préliminaires de nos observations concernant la participation à ces endroits sont: Jérémie: 90 %; Cap-Haïtien: 50-60 %; Gonaïves et le village de Gros-Morne: 62 %; Port-au-Prince: de 30 à 75 % suivant les secteurs». La moyenne correspond assez bien aux chiffres fournis par le CEP et même par l'Agence France Presse (AFP) qui note dans sa dépêche en date du lundi 27 novembre 2000 que «l'affluence aux urnes était juste en dessous de 61 % aux élections en Haïti qui se sont poursuivies dans le contexte d'un boycott des politiciens d'opposition et dans une atmosphère de tension exacerbée par plus d'explosions de bombes le dimanche». Sur le plan national, il y avait aussi le Kozepèp dirigé par Charles Suffrat.

Ce que l'on peut constater, c'est que cette participation a été pour le moins exceptionnelle, non seulement par rapport aux élections de 1995 où à peine 10 % des électeurs s'étaient déplacés quand les parlementaires de l'OPL de Gérard Pierre-Charles se faisaient élire! Et encore mieux qu'aux Etats-Unis où les records de participation se situent au grand maximum à 40 %! Ce qu'il faut encore noter, c'est que si l'opposition a cru un instant que la campagne de terreur avait réussi à dissuader la population à aller aux urnes, elle a dû vite déchanter. En début de journée, comme en faisaient aussi foi les premières dépêches des agences, la participation paraissait faible, mais bien vite il a fallu se rendre à l'évidence que le peuple avait adopté une stratégie pour éviter les attroupements et faciliter ainsi l'action des terroristes. Les gens allaient voter par petits groupes réguliers là où existerait un éventuel danger d'attentat. Car il fallait voter, même si tout le monde savait qu'avec ou sans la participation de l'opposition Aristide allait l'emporter haut la main à la présidence. Mais surtout pour donner un camouflet à cette clique regroupée au sein d'une Convergence, lui montrer qu'elle n'a aucune crédibilité dans la population. Si les Gérard Pierre-Charles, les Sauveur Pierre Étienne, les Paul Denis, les Evans Paul, les Serge Gilles, les Leslie Manigat, les Hubert De Ronceray, etc. avaient cru détenir quelque popularité, ils auraient demandé à leurs partisans d'aller déposer des bulletins blancs en signe de protestation. Mais ils n'ont même pas osé, sachant que les bulletins blancs en leur faveur n'auraient pas atteint les quatre chiffres! Double victoire donc pour le peuple haïtien, qui renouvelle ainsi sa confiance au dirigeant de Fanmi Lavalas dix ans après et qui démasque les ennemis de la démocratie qui n'ont pour seule alliée qu'une «communauté internationale» voulant les imposer au peuple.

«Le CEP apprécie particulièrement l'esprit d'ordre et de discipline dans lequel se sont déroulées les joutes électorales du 26 novembre sans incident majeur» a dit son président Ernst Mirville. Pour sa part, le conseiller électoral chargé des opérations électorales Carlo Dupiton a indiqué que les résultats définitifs seraient publiés dans les 48 à 72 heures. Le président René Préval et le Premier ministre Jacques-Edouard Alexis ont fait montre de la même satisfaction. Après avoir voté au bureau Nº 6 de l'Ecole normale supérieure non loin du Palais national, Préval a déclaré: «Nous pouvons dire que depuis l'entrée en vigueur de la Constitution de 1987, c'est la première fois qu'une élection présidentielle s'est tenue à la date indiquée par la Constitution, c'est-à-dire le dernier dimanche de la 5e année du mandat présidentiel en cours.» Quant à Alexis, il a félicité la façon dont la sécurité des élections a été assurée par la police et la population qu'elle avait encouragée à s'organiser en brigades de vigilance le 22 novembre, au cours de sa déclaration de politique générale. «Je vous dis merci parce que vous avez bravé les dangers et les menaces. Malgré toutes les attaques qu'ils ont faites sur vous, qu'ils ont faites sur la population, particulièrement à Port-au-Prince, malgré tout vous êtes allés remplir votre devoir civique. Vous vous êtes présentés dans les bureaux de vote et vous avez voté librement», a dit Alexis. Et au sujet du boycott, c'est en présence de nombreux journalistes, lors de la conférence de presse post-électorale, que le conseiller du CEP Carlo Dupiton disait, sans rencontrer aucun démenti: «L'opposition voulait boycotter les élections; il y a cependant une grande différence entre boycotter et vouloir boycotter... Donc si le peuple a su sortir pour aller voter, il ne saurait y avoir de boycott..., vous en êtes bien conscients que cet appel au boycott n'a pas été écouté par la population... Il y a 565 sections communales dans le pays, et au niveau de toutes les sections communales, il y a eu, n'est-ce pas, des bureaux de vote et la population est allée voter... Donc on ne saurait dire que ces élections ont été boycottées. Et boycottées par qui alors?»

Pour couronner cette réussite, et célébrer cette victoire contre laquelle des embûches de toutes sortes avaient été dressées, plus de cinquante mille manifestants pro-Lavalas gagnaient pacifiquement les rues de Port-au-Prince à divers moments de la journée du lundi 27 novembre. Des groupes ont sillonné en musique la capitale, munis de posters d'Aristide et de la candidate au Sénat pour l'Ouest, Mirlande Libérus-Pavert. Même tableau aux Cayes, à Jacmel, aux Gonaïves et au Cap-Haïtien. «Ma participation à cette manifestation vise à montrer à la Convergence, et surtout pour donner une réponse directe à Evans Paul qui cet après-midi avait dit remercier le peuple de ce qu'il n'est pas sorti pour aller voter», a dit un manifestant du Cap.

En proclamant la victoire de Lavalas et du peuple haïtien tant au niveau de la présidentielle que des sénatoriales partielles, le porte-parole du Parti Fanmi Lavalas, le sénateur Yvon Neptune a déclaré: «Il y a des gens qui pensent pouvoir se jouer du peuple haïtien. Et nous de Fanmi Lavalas disons toujours que le peuple haïtien est un peuple intelligent. Les élections récentes l'ont prouvé une fois encore, de même que le peuple haïtien aura prouvé son intelligence au cours des élections du 21 mai.» En effet, le parcours a été ardu: d'abord il a fallu faire échouer le coup d'État électoral du 19 mars 2000, ensuite ne pas céder aux pressions de la communauté internationale, contrecarrer les actions terroristes et les conspirations téléguidées par le «laboratoire», ne pas céder à la terreur et enfin «boycotter» le boycott!

Le peuple devra cependant se montrer encore plus intelligent pour consolider sa victoire en vue d'entreprendre effectivement la conquête des idéaux prônés le 16 décembre 1990.

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