Haïti Progrès
29  Novembre  - 5 Décembre  2000


Une opposition irréductible!

Décidément, l'opposition haïtienne réunie au sein de ladite Convergence démocratique s'avère incorrigible. Malgré toute évidence, sans aucune légitimité ou crédibilité, elle a trouvé moyen de vouloir désavouer ces élections qui viennent justement de lui prouver - ainsi qu'à l'opinion publique nationale et internationale - que ses contestations n'avaient trouvé aucun écho dans le peuple. La campagne de terreur, les menaces de la communauté internationale n'ont pas pu dissuader le peuple d'aller aux urnes.

Il était à prévoir que ces opposants n'allaient pas capituler, même après avoir tout essayé. Cette fois, c'est l'ex-Premier ministre pressenti, Hervé Denis, qui est apparu à l'avant-scène, croyant sans doute qu'il aurait plus de crédibilité que la troupe des putschistes frustrés. Il n'a fait que montrer qu'il n'en fallait pas beaucoup pour qu'il revienne à ses anciennes attaches. En effet, à l'aube de la mise en place du projet néolibéral en Haïti, n'est-ce pas lui qu'on dépêchait comme chef de cabinet de Marc Bazin, lui-même parachuté comme ministre des Finances de Jean-Claude Duvalier au début des années quatre-vingts? Denis s'évertuait au début de cette semaine à déclamer sur les ondes en ces termes:«C'est un mensonge bien entendu évident pour tout le monde et ils veulent faire croire des choses, ils ont des hallucinations... Il n'y a pas eu 5% de participation. Eh bien, le peuple a montré sa maturité encore une fois et ce peuple tenait à participer à de libres et démocratiques élections, ça n'a pas été le cas», a dit Hervé Denis. «Le peuple a d'autre part sanctionné un régime qui a échoué... En même temps que le peuple sanctionnait le pouvoir Lavalas, le peuple demandait une alternative, cette alternative nous allons la bâtir ensemble... L'alternative, ce n'est pas une personnalité, il s'agit de voir plus loin que cela, il s'agit de construire un projet, le projet d'une alternative démocratique, une alternative de développement», a-t-il poursuivi sans jamais indiquer en quoi consisterait son «alternative». Ses acolytes et complices non plus, qui ont eu plusieurs années pour le faire, qui ont même eu la majorité au Parlement et un Premier ministre à leur dévotion et n'ont jamais rien proposé.

Ce mot «alternative» revient en fait sans cesse sur les lèvres de tous les leaders de l'«opposition». «Nous autres, ce que nous avons en tête, c'est de nous asseoir avec les autres partis politiques de l'opposition, avec les organisations de la société civile pour mettre sur pied une alternative démocratique et nationale», a encore dit Sauveur Pierre Etienne de l'OPL. Tout comme Ernst Colon du Mochrenah, le néo-duvaliériste Hubert De Ronceray du MPSN et son allié Gérard Pierre-Charles de l'OPL ont respectivement effrontément annoncé «la fin», «le suicide», «la fin de la popularité» de Lavalas et d'Aristide.

Toujours plus audacieux que les autres, Evans Paul alias K-Plim a félicité la population pour son «abstention». Quant à Leslie Manigat, toujours fidèle à lui-même, il a voulu avoir des mots historiques: «On a mal fait quelque chose, il faut défaire pour le bien faire cette fois-ci. C'est un problème essentiel», sinon, d'après-lui, «On va à la continuation de la crise politique, vers l'impasse politique, on va à l'aggravation de la crise économique et sociale». Il a donc promis tous les malheurs au peuple haïtien et révisé à la baisse les taux de participation électorale, lui qui a été bombardé président le 17 janvier 1988 dans une mascarade électorale organisée par les militaires, et qui n'avait même pas attiré 1% de l'électorat. Rappelons qu'à l'époque Manigat avait sorti un autre de ses mots «historiques» et clamé que même s'il n'y a que quatre personnes à voter, «il y a élections!» Quant à De Ronceray, ministre du Travail sous la dictature de Jean-Claude Duvalier, il vendait à proprement parler, contrats à l'appui, des braceros aux compagnies sucrières en République dominicaine et était le maître d'oeuvre de la censure. Et qui peut prendre au sérieux Gérard Pierre-Charles, «communiste convaincu», auteur entre autres de «Haïti et sa voie de développement», qui a tourné casaque, ou du moins retourné sa veste pour se montrer sous son vrai jour, une fois que le vent avait changé, et a embrassé l'extrême-droite néolibérale en vue d' «accomplir son destin»? Même s'il lui a fallu envoyer des émissaires tel Irvelt Chéry faire antichambre dans les bureaux de Washington de l'ultra réactionnaire sénateur républicain Jesse Helms... Quelle alternative peuvent donc proposer au peuple haïtien ces laquais et ces girouettes qui se mettent à tourner bien avant que le vent se lève?

En effet, si le pouvoir et la mise en pratique des politiques néo-libérales n'étaient pas leur unique but, pourquoi s'obstinent-ils à vouloir créer continuellement l'instabilité dans le pays et à servir de fer de lance au chantage de la communauté internationale?

Quoi de plus erratique que les membres de cette Convergence racontant qu'ils vont faire comme au Pérou, en Yougoslavie et en Côte-d'Ivoire? Pourtant, la comparaison est doublement mal placée. D'une part, Haïti n'est ni le Pérou de Fujimori, ni la Yougoslavie de Milosevic, ni la Côte d'Ivoire du général Guei, leur a rappelé le secrétaire général du PPN Ben Dupuy. Il leur a expliqué qu'ils étaient en outre dépourvus de tout soutien populaire et que les doigts d'une main seraient trop pour compter le nombre de manifestants qu'ils arriveraient à rassembler. En effet, pourquoi au lendemain du vote ne se sont-ils pas rendus en «foule» pour protester?

«Donc nous pensons que maintenant nous sommes arrivés à une situation où le peuple doit bien comprendre que ces messieurs sont des opposants irréductibles. Ils commencent déjà à faire appel à la sédition, ils parlent de renversement du gouvernement. Il faut que le peuple comprenne que ces messieurs ne vont pas mettre bas les armes», a prévenu Dupuy dans des déclarations à la radio le lendemain du 26 novembre.

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