Haïti Progrès
Novembre 22 - 28 2000
USA: Magouilles,
embrouille et cafouillageQuinze jours après le scrutin du 7 novembre, les Etats-Unis n'ont toujours pas élu leur nouveau président. Tout cela à l'heure de l'Internet où tout se fait si vite et au pays où la technologie ne connaît pas de barrières! Pourtant George W. Bush et son Parti républicain pensaient avoir la présidence dans la poche dans la nuit même du vote. Il lui fallait, à Bush, seulement s'assurer les 25 Grands électeurs de la Floride qu'avait dû lui promettre son frère Jeb Bush, gouverneur de cet État et membre d'office de la commission électorale. Car Al Gore, son adversaire démocrate avec 260 grands électeurs n'irait pas plus loin si, lui, Bush, avec ses 246 déjà en mains obtenait les 25 de Floride pour arriver au nombre magique de 270 voix nécessaires et même le dépasser d'une voix. Pourtant quelque chose n'a plus fonctionné, dès qu'il a été question des «irrégularités», un euphémisme pour désigner les fraudes diverses et monstrueuses qui ont été enregistrées. Bien sûr, ce n'est pas la première fois, mais rarement ont-elles été, ces fraudes, aussi flagrantes. Incidemment les dirigeants américains avouaient que leurs élections n'ont jamais été tout à fait orthodoxes. Mais dans ce cas-ci, non seulement qu'au niveau national Gore avait la majorité du vote populaire, mais encore cette fois-ci, il s'agit d'un État déterminant pour gagner l'élection. Par exemple si le recomptage au Nouveau-Mexique avait fait perdre au candidat démocrate les cinq Grands électeurs de cet État, il en aurait encore suffisamment, car les 25 voix de la Floride s'ajouteraient à ses 255.
Dilemme pour les classes dominantes de ce pays et particulièrement pour les grands médias qui, d'un «commun accord» avaient précipitamment déclaré George W. Bush vainqueur. D'un commun accord, disons-nous, puisque comme pour la guerre contre l'Irak où c'était l'armée des Etats-Unis qui leur fournissaient les «informations», ils s'étaient abreuvés cette fois tous, CNN, ABC, CBS, NBC, au «Voter News Service» qui savait sans doute pour sa part qui il devait élire.
Mais le scandale prenait des proportions. Et la machine s'est à nouveau ébranlée pour essayer de réparer les dégâts. Mais plus question de parler de fraudes, car le système judiciaire était aussitôt sollicité pour faire du rafistolage et redonner une apparence de crédibilité à un processus vicié dans son déroulement, comme nous l'avons montré la semaine dernière. Alexis de Tocqueville n'écrivait-il pas déjà dans le premier quart du XIXe siècle que «rarement une question politique se pose... sans qu'elle n'aboutisse tôt ou tard à une question judiciaire» aux Etats-Unis. La secrétaire d'État du gouvernement de Floride, Katherine Harris, qui avait failli envenimer la situation en usant d'un pouvoir discrétionnaire pour faire fi du recomptage exigé par les Démocrates d'Al Gore, a dû céder la place à la Cour suprême de son État qui a été saisie de la controverse et a autorisé que le recomptage se poursuive jusqu'au prochain week-end inclusivement. En fait cette cour coupe la poire en deux, et évite que Gore ait à se pourvoir en Cour suprême fédérale, tout en n'étant pas sûr que le temps alloué, surtout avec le traditionnel long week-end de la Thanksgiving, que le recomptage effectué sera suffisant pour lui assurer la victoire.
Comme nous l'avons dit plus haut, la question des fraudes est désormais hors sujet, il ne s'agit plus que d'une question technique, judiciaire; les milliers d'électeurs à qui on a refusé de voter, envolés, disparus! Pourtant comme l'ont clamé plusieurs manifestants, le vote en Floride devrait être repris du tout au tout, si la déclaration de la Cour suprême pour autoriser la prolongation du recomptage, à l'effet que l'électeur a droit à son vote, devait être prise à la lettre. Pourtant En Haïti, le chef des observateurs de l'OEA Orlando Marville, après avoir déclaré que le déroulement des élections du 21 mai avaient été honnêtes, alarmait ensuite le monde entier sur l'interprétation du pourcentage requis pour être élu sénateur au premier tour. Il ne s'en était même pas référé aux autorités compétentes, s'autoproclamant unilatéralement juge et seigneur pour l'évaluation des élections haïtiennes. En fait c'est justement en Haïti où il n'était pas question de fraude que la décision revenait au CEP tel que prescrit. On ne peut nier que Marville en a beaucoup sur la conscience sinon dans les poches, car il est en grande partie responsable de la situation qui règne jusqu'à présent dans le pays, et même il devrait s'interroger sur le sort de tous ces innocents qui se voient mitrailler en pleine rue pour lui donner satisfaction de voir annuler les élections du 21 mai. Si les dirigeants de Washington n'avaient vu en lui autre chose qu'un valet de pied, sans doute auraient-ils fait appel à ses services pour une «interprétation» et pour collaborer à ce cafouillage pour masquer les fraudes.
Par ailleurs la question est loin d'être tarie, et les interrogations sont encore nombreuses comme le prouvent les nombreuses heures et les longues pages consacrées par les médias des Etats-Unis à ce nouvel épisode floridien. Nos collaborateurs, nos lecteurs aussi apportent dans nos pages intérieures de cette édition leur collaboration pour essayer de démêler cette embrouille.