Haïti Progrès
Novembre 22 - 28 2000
26 NOVEMBRE:
Résolution de la crise?Les élections du 26 novembre auront-elles la vertu de débloquer la crise haïtienne? Non seulement la crise post-électorale qui est artificielle puisque créée de toutes pièces par une clique d'ayants droit rassemblés au sein d'une kyrielle de particules politiques impopulaires et jouissant de la complicité des secteurs réactionnaires de la communauté internationale. Mais aussi et surtout la crise haïtienne dans ses composantes économique, sociale et plus largement politique. Les dispositions ont été prises, assurent les autorités gouvernementales et le Conseil électoral; le vote doit se tenir, peu importent les circonstances, avec ou sans la participation de ladite opposition, avec ou sans l'aide financière de la communauté internationale. «De toutes façons, le peuple haïtien va se prononcer le 26 novembre sur celui qu'il veut voir diriger le pays et en même temps sur le choix des neuf nouveaux sénateurs. Je pense que cela se fera quand même», a déclaré le Premier ministre Jacques-Edouard Alexis. Pourtant, force est d'admettre que vu l'inefficacité des mesures habituellement adoptées, les possibilités de dérapage demeurent bien réelles. Cela, le secrétaire général du Parti populaire national (PPN) Ben Dupuy l'a bien exprimé en ces termes: «Ce que je peux dire c'est que les forces des ténèbres, les macoutes et les leurs alliés, ceux qui peuvent en tirer parti, c'est certain qu'ils aimeraient qu'il y ait du grabuge, puisqu'ils l'ont dit ouvertement et autrement. Nous pensons que le peuple doit avoir l'opportunité de dire son mot. Or ces messieurs ne sont pas d'accord à ce que le peuple décide de la politique. Le peuple serait là seulement pour faire des bruits et puis alors ils iraient derrière les rideaux régler ce qu'ils avaient l'habitude de régler», a-t-il observé tout en indiquant que les autorités doivent prendre des dispositions très sérieuses pour contrer toutes les actions des forces terroristes et de leurs alliés. Ces derniers oublient que le CEP du 21 mai avait été leur CEP de compromis agissant sous une loi électorale acceptée par tous. Loi qui stipule que le CEP est le dernier recours en matière électorale, tout comme la Cour de cassation l'est en matière judiciaire.
Quant au processus proprement dit, les préparatifs en sont à leur phase finale. L'opération d'enregistrement des «nouveaux majeurs» et de ceux ayant égaré leur carte électorale a pris fin dans les 1595 bureaux mis en place dans les 11 départements électoraux du pays. Et un certain appui de la communauté internationale pointe timidement à l'horizon. Le nonce apostolique en Haïti, Mgr Luigi Bonazzi, a déclaré une semaine avant le 26 novembre que ces élections représentent un rendez-vous important en Haïti pour la résolution de la crise politique: «Il ne m'appartient pas de me prononcer sur les prises de position des partis politiques relatives à leur participation aux prochaines élections... Il semble qu'il y a la volonté de consentir des efforts pour susciter l'intérêt de tous les citoyens à prendre part aux prochaines joutes électorales».
Dans la même veine, des organisations internationales d'observation électorale viendront superviser la présidentielle et les sénatoriales partielles du 26 novembre. Ces observateurs de la Coalition internationale des observateurs indépendants (ICIO), qui regroupe des organisations telles que Global Exchange et Quixote Center, arriveront des Etats-Unis, du Canada et de certains pays d'Europe. Comparant le 26 novembre au 16 décembre 1990, l'ICIO a critiqué certains secteurs étrangers qui boudent visiblement ces élections, alors que selon elle le processus électoral aux Etats-Unis est entaché de fraudes honteuses. Sur ce point, elle a retrouvé le leader du PPN Ben Dupuy qui a déclaré sur les ondes de radio Quisqueya: «Nous avons vu que ce qui s'est passé aux Etats-Unis a montré que ces messieurs sont les experts en coup d'État électoral. Nous croyons que la crise électorale surgie aux Etats-Unis a montré clairement qu'ils n'ont aucune autorité morale pour venir faire la leçon à personne.»
Parallèlement, une nouvelle organisation dénommée Unité nationale d'observation électorale (UNACO) se dit prête à déployer quatre à cinq mille (!) observateurs à travers le pays pour superviser les élections. Son coordonnateur Jean Alix a précisé que son groupe n'a aucune affiliation politique, et que ses activités sont financées par les citoyens et le secteur privé!
Malgré son immense popularité, sans contrepartie, à l'échelle du pays, le candidat présidentiel du Parti Fanmi Lavalas ne joue pas au triomphateur et poursuit sa campagne électorale. Meetings, banderoles, posters, graffitis, spots dans les médias, défilés, Lavalas s'affiche et s'affirme. «En outre le parti de Monsieur Aristide, Fanmi Lavals, dispose d'une implantation solide à travers le pays et surtout de puissants moyens financiers», a dit Radio Haïti Inter. Nous dirions plutôt qu'il dispose d'une structure qui a su bien coordonner et répartir les contributions financières et la participation des partisans et des sympathisants. Quant à son implantation dans le peuple, elle n'est plus à démontrer. En fait, c'est bien là la principale raison de l'abstention des différents partis membres de la Convergence démocratique. Les dirigeants de cette opposition avaient déjà donné un aperçu significatif de leur impopularité quand, aux élections du 21 mai, ils sont sortis en 6e et 5e position dans leur fief. On peut comprendre ainsi, mais non pas admettre que ces intrigants n'aient trouvé d'autres moyens d'arriver rapidement au pouvoir que par des méthodes anti-démocratiques et délictueuses.
Comme de fait, cette opposition continue à maintenir qu'il ne saurait y avoir d'élections dans la «conjoncture actuelle». Cependant en de pareilles circonstances, elle disait la même chose contre l'Organisation du Peuple en Lutte (OPL), victorieuse des législatives de juin 1995, et qui aujourd'hui fait cause commune avec elle. Elle espère une abstention massive de l'électorat que le climat d'insécurité et d'autres moyens devraient retenir à la maison. Ainsi un certain syndicat, le Comité des ouvriers haïtiens (COH) a choisi justement les 25 et 26 novembre (veille et jour du scrutin) pour lancer un mot d'ordre de grève sous le prétexte de la hausse du prix de l'essence. Une hausse qui, remarquons-le, date de près de deux mois et qui n'avait point inquiété ce groupe à l'époque. Des pressions ont même été exercées sur l'archevêque co-adjuteur de Port-au-Prince, Mgr Serge Miot, pourtant si discret auparavant. Ce dernier invitait plutôt à une recherche de la stabilité pour permettre de s'attaquer à la situation économique: «On ne saurait parler d'élections si l'opposition ne participe pas à ces joutes», a-t-il déclaré. Tandis que des rumeurs de poursuite des négociations sous l'égide de l'OEA ont été démenties par le ministre des Affaires étrangères Fritz Longchamp.
En effet le pays ne peut plus se permettre de vivre dans un perpétuel état électoral voulu par des individus sans aucune crédibilité populaire et dénués de toute légitimité quant à leurs prétentions. Le 26 novembre prochain est une étape nécessaire pour ouvrir la voie à la mise en place d'un gouvernement muni d'un mandat clair du peuple qui veillera alors à ce qu'il agisse pour le bien du pays. Le Parti Fanmi Lavalas détient la confiance de la majorité de la population, et ce ne sont point les magouilles, les entraves et les présomptions de ces cliques assoiffées de pouvoir qui devraient l'empêcher de briguer le 26 novembre la majorité des suffrages pour se mettre à la tâche le plus vite possible.