Haïti Progrès
Novembre  15 - 21   2000
Actualité politique


Violente offensive contre les
élections du 26 novembre

Les divers et multiples événements enregistrés dans le pays ces derniers jours attestent que les élections du 26 novembre font l'objet d'une vaste campagne de déstabilisation. A une dizaine de jours de l'échéance, on constate ici et là des attentats en série, les uns plus meurtriers que les autres, des affrontements armés, des réunions secrètes, des appels à la violence et des menaces par la voie des médias ou par voie postale et par téléphone.

La préparation des élections a fait directement l'objet d'attaques concertées: le 10 novembre des explosions dans trois bureaux électoraux de la zone métropolitaine (Port-au-Prince, Delmas, Carrefour) et au siège du CEP à Delmas ont causé un certain émoi. S'il n'y a eu que des dégâts matériels légers, et pas de victimes, ces actions sont assez explicites quant au but visé.

La situation d'aujourd'hui pourrait rappeler celle qui prévalait dans le pays avant le massacre des électeurs le 29 novembre 1987, ou encore le climat créé lors de l'attentat meurtrier dans un meeting électoral d'Aristide à Pétion-Ville le 5 décembre 1990. «Les questions qu'on pourrait se poser: qui a intérêt à essayer d'intimider le Conseil électoral, et qui a intérêt à lancer des grenades sur l'institution électorale? Une autre question qu'on pouvait se poser: qui ne veut pas de la sécurité électorale dans le pays?», a déclaré le porte-parole de Fanmi Lavalas qui a désigné implicitement le secteur politique de l'opposition. Les condamnations de la tentative de sabotage émanant du MPSN, membre de la Convergence démocratique, ne peuvent faire diversion. Car comme le rappelait le secrétaire du Parti populaire national, Ben Dupuy, quand on applique à la réalité la question classique «à qui profite le crime?», apparaissent les mêmes têtes de Turcs: ceux qui n'ont rien à perdre et tout à gagner d'un bouleversement général de la situation politique actuelle. Un bouleversement qui est d'ailleurs leur seule et unique chance de refaire surface après la sévère sanction des masses populaires lors des élections du 21 mai 2000. Car le danger serait pour eux de laisser le peuple libre reconfirmer le 26 novembre prochain cet arrêt de mort de toute une «classe» politique traditionnelle. Ils profitent donc de la faiblesse de l'Etat, de l'indécision des dirigeants, de la complicité de ceux chargés d'assurer l'ordre, pour maintenir le pays presque à feu et à sang. L'objectif final étant de contenir l'avancée politique des masses, et du même coup ramener le secteur féodalo-bourgeois au-devant de la scène politique. Au nom de cet enjeu, tous les crimes sont permis, et à de tels criminels l'impunité est toute garantie.

C'est dans cette ambiance que le CEP maintient le cap tant bien que mal sur le 26 novembre 2000. Les fonds nécessaires lui ont été alloués par l'Exécutif, l'inscription des nouveaux électeurs a démarré dans 1595 Bureaux d'inscription (BI) dans les onze départements électoraux du pays, et le président du Conseil supérieur de la police nationale, le Premier ministre Jacques-Edouard Alexis a réitéré ses promesses d'une sécurité qui n'arrive pas encore à se matérialiser.

Le conseiller électoral responsable des opérations électorales, Carlo Dupiton a déclaré que le nécessaire avait été fait pour l'impression des bulletins de vote: «... C'est à la maison Deschamps... Naturellement il faut six ou huit jours avant qu'ils remettent les bulletins et les matériels de vote», a-t-il dit. Les négociations sous l'égide de l'OEA, si elles n'ont abouti à rien, ont quand même retardé le processus. L'Exécutif a cependant réitéré sa volonté de respecter les obligations constitutionnelles. «Nous l'avons dit à plusieurs reprises, les élections présidentielles et sénatoriales sont un impératif. Il faut les réaliser puisque nous ne pouvons pas laisser le pays dans un vide constitutionnel... Donc il faut qu'il y ait un nouveau président à entrer au pouvoir», a dit le Premier ministre pour qui la date du 7 février demeure «incontournable».

Entre-temps, Fanmi Lavalas poursuit sa campagne électorale par des spots dans les médias, les rassemblements de ses permanences régionales, l'apposition de posters géants d'Aristide et le déploiement de banderoles en certains points de la zone métropolitaine. L'opposition - ladite Convergence démocratique -, de son côté, déjà non seulement impopulaire mais ses dirigeants totalement discrédités, aura d'abord choisi son «salut» dans le boycott des élections qui sont pourtant un impératif pour ouvrir la voie à une dynamique socio-politique et économique. Donc ce boycott ne saurait constituer un motif valable pour le non-respect de l'échéance constitutionnelle. Cette opposition semble vouloir aller plus loin dans ses manoeuvres. On voit par exemple Marc Bazin, l'ex-Premier ministre de facto du coup d'État, qui pour un temps avait voulu jouer le rôle du conciliateur, du modéré, retourner à nouveau sa veste dont il n'arrive plus à distinguer ni l'envers ni l'endroit. Bazin explique maintenant que sa non-participation procède de l'échec des négociations entre Fanmi Lavalas et l'opposition.

Au cours de son séjour la semaine dernière en République dominicaine, il «a prévenu que la situation haïtienne empirerait si avant le 26 novembre il ne se produisait pas un accord mettant fin au conflit entre Lavalas et l'opposition» (El Siglo, 14-11-00). L'ex-ministre de l'Information du gouvernement Aristide/Malval s'est aussi mis sur les rangs et était du voyage. Mais c'est surtout Evans Paul qui mettait à nu le vide, l'inanité de toute cette clique. En effet, celui-ci avait saisi l'occasion du décès du père de l'ex-président Leonel Fernandez pour soi-disant aller saluer celui-ci en République dominicaine. Il se trouve qu'il s'est rendu à la chapelle funéraire juste au moment où, comme par coïncidence, l'actuel président Hipolito Mejìa s'y trouvait. Malheureusement pour lui, Mejìa ne faisait que poser pour une photo avec lui, sans autres cérémonies, tout en en le consolant pour lui dire vaguement qu'ils se verraient «à une prochaine occasion». Ce qui ne devait point satisfaire Paul qui a presque perdu les pédales en déclarant à la presse qu'«Aristide est l'unique objectif à combattre pour l'opposition»..., qu'«il en est ainsi pour le moment» (El Siglo, id.).

Il donnait ensuite sa vraie mesure en croyant sans doute impressionner ses hôtes et criait que des élections tenues le 26 novembre prochain non seulement feront d'Haïti un pays ingouvernable mais aussi «comporteraient de graves conséquences pour la République dominicaine»; que la Présidence d'Aristide «affectera grandement la République dominicaine parce que les gens fuiront (d'Haïti) à la recherche d'autres formes de vie». Que veut Evans Paul? Serait-il déjà si désespéré de la tournure des élections aux Etats-Unis qu'il se chercherait déjà d'autres protecteurs pour une intervention? Ou cet opportuniste irresponsable veut-il relancer officiellement la chasse aux Haïtiens en République dominicaine? En outre, il précisait que le 26 novembre il n'y aurait pas d'élections en Haïti «bien qu'on insiste à les réaliser avec la seule participation de Fanmi Lavalas» (El Siglo, id.). Il a omis, pour l'instant du moins, d'indiquer les moyens qui seront mis en oeuvre pour empêcher la tenue de ces élections! Comme on peut le constater, cette opposition, par l'intermédiaire de l'un de ses principaux porte-parole, montre qu'elle est prête à tout pour réaliser ses sombres desseins. Et elle ne peut nier sa connivence directe ou indirecte avec ceux qui veulent maintenir un climat de terreur dans le pays à la veille des élections.

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