Haïti Progrès
Novembre 15 - 21 2000
Les menaces de mort
contre Ben Dupuy!Des menaces de mort proférées contre le secrétaire général du Parti populaire national (PPN) Ben Dupuy, la recrudescence de l'insécurité à l'approche des élections et la position du parti face à la crise électorale aux Etats-Unis d'Amérique, tels ont été les thèmes débattus au cours de la conférence de presse du 10 novembre donnée à Port-au-Prince par le PPN. Pour un groupe de journalistes qui n'en revenaient pas, M. Dupuy a lu une lettre anonyme truffée de propos grossiers et de menaces incongrues qui traduit l'état d'esprit des partisans incorrigibles de l'alliance macouto-bourgeoise baptisée pompeusement «Convergence démocratique». Des menaces téléphoniques font partie du menu quotidien du journal Haïti-Progrès et du PPN, mais c'est la première fois que, dans sa frustration par rapport aux vérités que nous clamons, l'aile réactionnaire de la société haïtienne s'est donné la peine d'écrire une missive. Est-ce la preuve qu'elle prendra tout son temps pour mijoter un autre grand coup? «Vous, Ben Dupuy je prédis que vous aurez le sort de Jean Dominique qui a été assassiné par Aristide, et tout le monde le sait y compris la veuve de Dominique. L'âme de Mireille Bertin, Max Mayard, Michel Gonzales, Colonel Lamy, père Ti Jean etc.,,, crie justice. Bientôt votre nom sera ajouté à la liste des victimes. Salopard veillé zo ou, tour pa ou derrière... Le jour n'est pas trop loin, salopard, vous irez vous réfugier chez l'impérialiste, espèce de K.K. Vous n'êtes qu'un vil personnage», a dit le correspondant des ténèbres qui aura voulu intimider par la référence à Jean Dominique tout en mélangeant les cartes, assimilant bourreaux et victimes.
«Nous pensons que ce type d'intimidation ne marchera pas. Ils peuvent continuer à faire des menaces, mais nous autres ne nous laisserons pas intimider. Il y a beaucoup de journalistes qui ont payé un prix pour leur travail, même s'ils dérangent la nostalgie des forces des ténèbres. Mais elles ne pourront pas arrêter le cours de l'histoire. Ils peuvent tuer des gens mais non des idées», a répondu le directeur de Haïti-Progrès.
Ces manoeuvres d'intimidation entrent dans le cadre plus large d'un plan de déstabilisation par les provocateurs et les actes de banditisme se multiplient à l'approche des élections présidentielles et sénatoriales partielles du 26 novembre. «Plus la date fatidique du 26 novembre approche, plus les forces des ténèbres et leurs alliés sèment le trouble dans le pays. La Convergence applaudit tout en se disant pour rien dans ces événements», a fait remarquer le secrétaire général du PPN. Néanmoins, il a mis en garde contre une tendance à l'anarchie exprimée par certains maires du pays qui mettent sur pied des groupes armés pour faire échec aux zenglendos, se substituant ainsi à la police avec des risques de dérapage. «Il ne faudrait pas que des gens se revêtent du gilet de Fanmi Lavalas et permettent ainsi aux ennemis du peuple d'infiltrer ce mouvement et de commettre des désordres», a dit M. Dupuy jugeant inappropriées ces brigades municipales armées.
La crise électorale surgie aux Etats-Unis d'Amérique a été l'un des thèmes de choix de cette rencontre. Avec le coup d'état électoral préparé par les Républicains contre le candidat démocrate Al Gore en Floride, on ne peut qu'établir le parallèle avec la tentative de coup d'État électoral qu'avait voulu réaliser le 19 mars dernier l'opposition, justement avec la complicité du secteur républicain, de l'USAID, de l'IFES...
Les résultats du scrutin du 7 novembre n'ont pu être proclamés par la Commission électorale de Floride à cause de fraudes monumentales réalisées notamment à Miami. Les bulletins de vote ont été disposés intentionnellement de façon à confondre les votants. En conséquence, 19000 votes ont été annulés dans des zones où vivent des minorités traditionnellement acquises à la carte démocratique. Bush a alors été proclamé vainqueur, en emportant les 25 votes des grands électeurs de cet Etat par un avantage de seulement quelques dizaines de votes populaires. Pis encore, avant même le dépouillement des «Absentee votes» (Votes par correspondance) des milliers de militaires et civils expatriés! «Comme Malcolm X eut à le dire après l'assassinat du président Kennedy,: "The chicken are coming home to roost" (les poulets se retournent contre leurs propriétaires); en d'autres termes quand vous organisez les coups d'État électoraux dans d'autres pays, quand vous envoyez l'IFES réaliser des coups d'État électoraux, quand vous semez toutes sortes de troubles dans le processus démocratique et électoral dans d'autres pays, finalement les agents que vous formez viennent faire de même chez vous. Comme avait dit un gros macoute: ...qui frappe par le P périra par le même P!», a ironisé M. Dupuy qui a rappelé que le frère de Georges W. Bush est l'actuel gouverneur de Floride et que leur père Georges Bush est un ancien directeur du laboratoire (CIA), de même que le Vice-président qu'il s'est choisi.
Le leader du PPN en a profité pour montrer le caractère anti-démocratique du système électoral des Etats-Unis. Avec une majorité de voix populaires, on peut encore perdre des élections avec cette affaire de «grands électeurs» qui siègeront au Collège électoral pour élire le président à la place du peuple! Les Pères fondateurs des Etats-Unis l'avaient voulu ainsi, soi-disant pour contrer les passions populaires. En clair, «le modèle de démocratie» à l'échelle planétaire ne fait pas confiance au peuple! «Remember Pearl Harbour» (souvenez-vous de Pearl Harbour) avait pourtant clamé l'establishment en vue de chauffer à blanc les masses populaires et justifier la participation à la Deuxième Guerre mondiale. Les Etats-Unis sont donc devenus la risée du monde, quand comme dans n'importe quel pays sous-développé, Al Gore a exigé la reprise totale des élections dans l'Etat de Floride. Une crise électorale qui risque donc de perdurer.
Le leader du PPN en a conclu que les Etats-Unis «n'ont aucune autorité morale pour faire la leçon aux autres, parce qu'ils viennent de donner la preuve qu'ils sont des diplômés ès magouilles électorales. Donc je ne vois pas qui ils enverront pour venir résoudre la prétendue crise électorale en Haïti». Au sujet de l'opposition haïtienne, M. Dupuy a poursuivi: «Nous avons vu que les messieurs de la Convergence, l'alliance macouto-bourgeoise ont quelque peu froid ces jours-ci... Et ils ont débouché leurs bouteilles de champagne, mais ils n'ont pas encore bu le champagne. Nous leur dirions de reboucher les bouteilles de champagne car il semble que ce champagne, ils ne le boiront pas.» Le dirigeant du PPN a estimé que Léopold Berlanger du Conseil national d'observation électorale et l'ex-président du CEP Léon Manus actuellement en Floride, devraient aider la Commission électorale des Etats-Unis à dénoncer cette crise. Parlant plus sérieusement, il a expliqué que l'establishment (l'industrie de l'armement notamment) veut à tout prix la victoire électorale de Georges W. Bush qui leur a promis une manne de plusieurs centaines de milliards de dollars dans un programme de missiles anti-missiles en violation de traités internationaux et injustifié vu l'unipolarité du monde actuel. On voit bien, comme le PPN et Haïti-Progrès l'ont toujours répété, que les peuples doivent compter sur eux-mêmes, au lieu de se laisser influencer béatement par des «modèles» étrangers qui ne le sont pas vraiment. Car ceux qui disaient que les Haïtiens semblent avoir un chromosome en moins, paraissent eux-mêmes en avoir un de trop!
~*15 Novembre 2000*~