Actualité politiqueHaïti Progrès
Novembre 8 - 14 2000
Les contradictions de la
communauté internationaleLe processus électoral a été bel et bien relancé, et au début de cette semaine on en était aux derniers préparatifs, malgré l'annonce qu'une nouvelle mission du secrétaire général adjoint de l'OEA, l'ambassadeur Luigi Einaudi, restait toujours possible, et les menaces que des élections organisées en dépit du boycott de l'opposition pouvait aboutir à l'isolement du pays.
Cependant les autorités électorales n'ont pas le choix que de poursuivre leurs tâches. Surtout quand les manoeuvres dilatoires des rondes de négociations répétées à l'infini, patronnées par la communauté internationale, visent insidieusement à engager le pays dans l'incertitude et l'inconnu d'une vacance présidentielle au-delà de l'échéance constitutionnelle du 7 février 2001. Dans ces conditions, elles, les autorités électorales, ne pouvaient objectivement soumettre l'organisation des comices aux caprices d'une opposition politique impopulaire qui se dérobe constamment au moment du dialogue et se montre au contraire toujours plus inflexible, et qui veut parvenir au pouvoir par des chemins détournés et à coups d'artifices, pareils à ceux concoctés par le trio USAID-IFES-Code Inc pour le 19 mars dernier.
Fort de ces considérations, le CEP a maintenu le cap sur le 26 novembre. La formation des BI (bureaux d'inscription) devait être achevée cette semaine pour recevoir les inscriptions des 800 mille nouveaux électeurs majeurs potentiels. En attendant, un numéro a été octroyé à chaque candidat pour une meilleure identification par les électeurs le jour du scrutin. Pour les candidats à la présidence, l'ordre est le suivant: Calixte Dorisca (Nº 1), Jacques Philippe Dorcé (Nº 2), Paul Arthur Fleurival (Nº 4), Serge Sylvain (Nº 7), Jean-Bertrand Aristide (Nº 11, celui de Fanmi Lavalas pour les élections du 21 mai), Jean Arnold Dumas (Nº 24) et Evans Nicolas (Nº 26, celui de l'URN pour les mêmes élections).
N'empêche que les dits dirigeants de l'opposition continuent leurs «mobilisations» et manoeuvres de déstabilisation, sur fond de violences, de menaces et d'intimidations. Dans leur volonté d'empêcher par tous les moyens le retour d'Aristide au pouvoir et du même coup refouler les masses populaires de la scène politique, ces politiciens agitent même le fallacieux prétexte d'une «lutte anticipée contre une dictature» qu'ils appréhendent, alors que la plupart de ces lascars sont les mêmes qui avaient appuyé le coup d'État sanglant de septembre 1991!
«A longueur de journée, ils tempêtent à la télévision, à la radio. Ils ne disent pas que ce qu'ils ont oublié, et nous avons vu ces derniers temps la plupart des stations de radio et de télévision verser complètement dans la réaction. Ils parlent en faisant des menaces, des menaces de mort, etc. Pas un cheveu n'est tombé de leur tête, et puis ils parlent de dictature», avait fait précédemment remarquer le secrétaire général du Parti populaire national (PPN) tout en rappelant la réalité dictatoriale des régimes pro-bourgeoisie, de l'Occupation américaine jusqu'à la satrapie dictatoriale des Duvalier.
De telles défigurations de la réalité socio-politique sont commises avec la complicité du secteur dominant de la communauté internationale, qui semble «déchirée» entre les principes qu'elle dit prôner et ses actions qui les contredisent. La position du facilitateur dans la crise post-électorale artificielle haïtienne, Luigi Einaudi, en est un exemple probant. Il a admis sur les ondes de la Voix de l'Amérique que le gouvernement haïtien était disposé à organiser des élections honnêtes et démocratiques, ouvertes à l'opposition mais que cette dernière n'a pas voulu y participer. Pourtant le même Einaudi a déclaré que «la pire option» pour le gouvernement haïtien, c'est d'organiser ces élections malgré ce boycott! À remarquer que cette communauté internationale, qui dit vouloir aider au développement de la démocratie en Haïti, n'en est pas à une contradiction près; ce qui est dans l'ordre des choses. Et en l'occurrence justement, profitons pour rappeler ce que, déjà en 1994, l'avocat des droits humains d'origine colombienne et ex-membre d'une des missions de l'ONU en Haïti, Federico Andreu, écrivait: «La crise haïtienne, conjointement à la solution prescrite par ladite "communauté internationale", a été un cas type pour révéler nombre des rouages politiques du nouvel ordre international. D'abord cette crise a mis en lumière l'évidente contradiction entre l'agenda global de démocratisation et celui consistant à maintenir en place le pouvoir dominant. Cette contradiction est mise en évidence par la différence existant entre les principes du droit international et la pratique politique de la communauté internationale... Sans aucun doute les actions menées par les Nations unies et l'organisation des États américains (OEA) concernant Haïti étaient basées sur les préoccupations de la politique étrangère des Etats-Unis, les démarches entreprises par ces organisations internationales reflétant les contradictions internes entre républicains et démocrates et entre le Pentagone et le Département d'État» («The International Community in Haiti: Evidence of the New World Order» par Federico Andreu, Occasional Papers Nº. 6, University of London, Ont., Canada, 1994).
Cette communauté internationale voudrait faire croire que, comme un pays mineur, Haïti ne saurait réaliser des élections crédibles sans son aval, sans l'observation des pays tuteurs, ou mieux sans ses «pays amis». «Moi je pense, comme dit l'adage, qu'avec de tels amis nous n'avons pas besoin d'ennemis», a ironisé Ben Dupuy qui a poursuivi en ces termes: «Pourquoi les Etats-Unis ne s'intéressent pas à des pays comme l'Arabie Saoudite, le Koweit où il n'y a jamais d'élections? Ce sont des monarchies absolues, des régimes anti-démocratiques, atroces où on ampute à titre de châtiment les membres des gens pour des vétilles.» C'est bien entendu toujours la politique de «deux poids deux mesures» dans toute son acuité.
Einaudi a plus qu'implicitement admis en maintes fois que vu l'impasse des négociations, le processus électoral se poursuivrait et, ensuite obéissant à quelque directive il laisse entendre que «la pire option», c'est d'organiser ces élections du 26 novembre prochain! Face à cette dure réalité dans les relations internationales, les peuples dominés n'ont d'autre choix que de compter sur eux-mêmes et de marcher dignement sur la voie solidaire de la dignité.
** 8 Novembre 2000**