Haïti Progrès
Novembre  8 - 14   2000


Déstabilisation et provocations

La population appréhendait qu'au fur et à mesure que se rapprocherait la date des élections - le 26 novembre prochain -, le climat d'insécurité allait connaître un autre sommet. Plus précisément depuis que le CEP s'est montré résolu à relancer réellement le processus électoral, après l'avortement des négociations sous l'égide de la mission conduite par le secrétaire général adjoint de l'OEA Luigi Einaudi. La situation devient plus dangereuse, car désormais les victimes peuvent être choisies au hasard par les criminels et leurs sbires pour créer la pagaille et la peur.

Le vendredi 3 novembre vers les 6 heures du soir au Carrefour de l'Aviation, à l'entrée nord de la capitale, des bandits circulant à bord d'une voiture ont ouvert le feu sur des passagers attendant les véhicules de transport public. La fusillade a causé sept morts et plusieurs blessés. Des riverains ont manifesté leur colère en érigeant des barricades enflammées sur la chaussée. La situation est restée tendue dans la zone, et les chauffeurs de transport en commun et autres ont évité le secteur. Ces malfaiteurs savaient bien qu'ainsi leur action pouvait avoir des conséquences en chaîne. «Des policiers affectés au sous-commissariat étaient là, et se sont déplacés en entendant les détonations», se sont plaint des témoins. D'autres disaient que «ces actions, c'est pour intimider le peuple, c'est-à-dire le porter à ne pas aller voter, à ne pas aller aux élections... mais nous autres, nous ne nous laisserons pas intimider».

Un autre événement sanglant survenu à Hinche le jeudi 2 novembre est encore de toute évidence lié aux prochaines élections. Dans ce cas-là, il s'agit clairement d'une assez grossière provocation. Neuf personnes auraient été en effet blessées, cinq motocyclettes, plusieurs bicyclettes, un véhicule du Mouvement des paysans de Papaye (MPP) et la maison du coordonnateur régional de l'Espace de concertation Hébert Cérissaint ont été incendiés, à la suite d'une réunion politique organisée par le leader du MPP Chavannes Jean-Baptiste. Au moins sept blessés, parmi lesquels un frère de ce dernier, Ducange Jean-Baptiste. Plusieurs commandos de Maïssade et de Thomode étaient venus renforcer l'équipe de Hinche pour cette action, a indiqué Chavannes Jean-Baptiste qui a déclaré: «Nous ne voulons pas encore commenter des informations que nous recueillons, parce que beaucoup de gens parlent non seulement de complicité de la police mais aussi de la participation d'une série d'éléments de la police dans la préparation du complot pour attaquer une population réunie pacifiquement afin de réfléchir sur sa situation.» Et de l'avis de Jean-Baptiste et non uniquement de celui «des gens», comme il le dit, qui a intérêt à effectuer ces crimes en ce moment? Rappelons pour ceux qui pourraient l'ignorer que le dirigeant du MPP est une des personnalités de l'OPL, membre du regroupement de l'opposition connue sous le nom de Convergence démocratique. Et suivant le raisonnement simpliste qui semble faire l'affaire des membres de ce groupe, toute attaque contre eux ne pourrait provenir que de Fanmi Lavalas et de l'appareil gouvernemental auquel ils associent ce parti.

Mais selon la version des faits rapportée par Radio Quisqueya le 3 novembre: «Un groupe d'individus lourdement armés munis ostensiblement de portraits de l'ancien président Jean-Bertrand Aristide ont tiré sur le local du Mouvement des paysans de Papaye où se tenait une réunion.» Chavannes Jean-Baptiste n'est certainement pas intéressé à se poser la question, à savoir pourquoi ces malfaiteurs voulaient ainsi se faire passer pour des sympathisants de Fanmi Lavalas?

Dans un compte-rendu, de son côté le sénateur Yvon Neptune, porte-parole de Fanmi Lavalas rapporte que: «Des citoyens allaient apposer des posters électoraux du président Jean-Bertrand Aristide, dans le cadre de la campagne électorale, quand des individus armés de machettes se sont lancés contre eux... C'est ce qui est à la base de l'incident survenu au Plateau Central. Il y a eu des victimes... dans l'échauffourée... Les informations qui nous sont parvenues indiquent que c'était de l'autodéfense.» Neptune a également estimé que la police et la justice devraient mener des enquêtes afin «de commencer à retirer ces armes lourdes» des mains de «deux ou trois politiciens qui assurément possèdent des armes lourdes». L'essentiel dans cette affaire, c'est que quelqu'un est intéressé à créer une situation pour nuire au déroulement des prochaines élections. Et ce n'est certainement pas le parti de l'ex-président Aristide qui vise ce but.

De son côté, le dirigeant néo-duvaliériste Hubert de Ronceray (MPSN/MDN/Convergence) a aussi voulu ajouter son grain de sel en racontant (vrai ou faux?) que sa maison située dans le quartier de Christ-Roi, dans la capitale, a été criblée de balles dans la nuit du 1er novembre. Et ce n'est pas tout, car dans la cour du siège de l'ALAH, le parti de son acolyte de même allégeance, Reynold Georges, a été retrouvé un cadavre. L'opinion de Georges était toute faite, et il déclarait aussitôt: «Je crois qu'ils jouent avec la vie humaine, ils tuent des gens ou bien prennent des cadavres, ils ne respectent pas les morts, font comme autrefois pendant le coup d'Etat: prendre des cadavres de la morgue et puis les badigeonner de sang de boeuf, des choses de ce genre; nous dénonçons cela», a dit Georges qui en a appelé à la communauté internationale. Notons que Reynold Georges était un des acteurs du coup d'État de septembre 1991 en question et que c'était effectivement le prétexte évoqué par les dirigeants du putsch, particulièrement le ministre des Affaires étrangères de facto Charles David, pour nier effrontément les multiples massacres qu'ils effectuaient.

Il va sans dire que l'opposition saisit au passage ses propres actions ou celles dont elle est complice pour tenter de discréditer le régime Lavalas et les prochaines élections. «Nous autres, nous attribuons ces comportements délinquants aux frustrations d'un pouvoir Lavalas défaillant qui décharge son agressivité sur des personnalités politiques jugées gênantes», a prétendu Hubert De Ronceray secondé par Reynold Georges. Quant à l'OPL, son porte-parole Sauveur Pierre Etienne a dénoncé des «manoeuvres d'intimidation» du pouvoir en place et déclaré que «La Convergence appuie toutes activités de mobilisation que les organisations démocratiques entreprennent dans le pays pour empêcher que Lavalas y instaure un pouvoir totalitaire, un pouvoir fasciste». Mais pourquoi le gouvernement voudrait-il les intimider s'ils ne sont pas partie prenante des élections?

Des manoeuvres, il y en a en effet, mais surtout celles de déstabilisation visant à empêcher le retour au pouvoir de Jean-Bertrand Aristide. C'est ce qu'a bien montré le dirigeant du Parti populaire national (PPN) Ben Dupuy, invité du journal du 3 novembre de la Télé nationale d'Haïti: «Ces messieurs savent très bien que c'est l'armée qui traditionnellement donne le pouvoir... Ils savent qu'en démocratie cela revient enfin au peuple. Ce sont des éléments qui sont fondamentalement anti-peuple, alors ils aimeraient qu'il y ait un chambardement», a-t-il dit après avoir rappelé le passé horrible des leaders de l'opposition et la fausse démocratie établie en Haïti par les Marines depuis 1915.

Dupuy a ainsi fait une lecture assez juste des intentions de l'opposition et des complices directs et indirects de celle-ci: «Moi je crois qu'actuellement il y a une sorte de prolongement de la tentative de coup d'Etat car... quand nous voyons des éléments comme De Ronceray, le duvaliériste Reynold Georges parlant d'attentats à leur encontre, disant qu'on menace de les abattre... Moi je pense que le «laboratoire» ne chôme pas. Le laboratoire a précisément besoin de créer le trouble dans le pays; ce n'est pas seulement les partisans de la cause populaire qu'ils abattront, il tuera même ces messieurs...», a-t-il fait remarquer. Personne n'est exempt car en définitive, pour le «gouvernement invisible» des Etats-Unis, c'est la fin qui justifie les moyens.
 

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Menaces de mort contre le co-directeur d'Haïti-Progrès

La déstabilisation ne connaît point de limites et tous les moyens sont bons, comme nous le disons ci-dessus, pour le secteur réactionnaire et conservateur et macoute de la société haïtienne. Ses composantes n'auront pas changé ni dans la défense de ses intérêts mesquins qui maintiennent le pays dans la crasse et au dernier rang dans le concert des nations ni dans sa façon de s'en prendre à ceux qu'ils voient défendre la cause des classes laborieuses et des démunis, ni dans leurs méthodes. Quand la désinformation, la confusion, les tentatives de coup d'Etat n'aboutissent pas aux résultats escomptés, il lui reste encore, à ce secteur, le mensonge, la calomnie, l'intimidation et les menaces directes. C'est ce qui ressort d'une lettre anonyme, bien entendu, adressée récemment au co-directeur du journal Haïti-Progrès et secrétaire général du Parti populaire national (PPN) Benjamin Dupuy. Nous reproduisons cette grossière missive telle quelle, sans aucun ajout ni correction, avec l'orthographe, le style et la vulgarité et la violence haineuse caractéristiques du secteur représenté par son auteur. Le lecteur pourra juger de lui-même. Voici la teneur de la lettre manuscrite reçue au bureau du journal à Port-au-Prince le 6 novembre 2000. La réponse de la rédaction est à la suite.

Ben Dupuy
Tout le monde pensait que vous aviez changé votre fusil d'épaule, mais vous voilà de retour à fustiger l'impérialiste americain qui vous donne à manger. Si vous haïssez tellement l'américain qu'est ce que vous faites chez lui. Pourquoi avez vous épousé une américaine? c'est pour son argent espèce de gigolo. Ce n'est pas étonnant vous êtes comme votre boss le K.K. Aristide qui après avoir fustigé l'impérialiste charlemagne peraltement est à présent en train de lécher les culs de clinton, de Barnes, Kennedy etc. Salopard, vous de lavalas, vous vous dites très fort pourquoi avez vous organisé des elections bidon. pourquoi avez vous volé les bulletins de vote. si aujourd'hui on a un CEP neutre vous serez battu à plat de couture. vous, Ben Dupuy je prédis que vous aurez le sort de Jean Dominique qui a été assassiné par Aristide. (souligné par nous). et tout le monde le sait y compris la veuve de Dominique. L'âme de Mireille Bertin, Max Mayard, Michel Gonzalez, colonel Lamy, père Ti Jean etc, crie justice.Bientôt votre nom sera ajouté à la liste des victimes. Salopard veillé zo ou, tour pa ou derrière (souligné par nous). par ailleurs dites à Préval qu'il ferait mieux de fermer sa gueule parce que chaque fois qu'il parle il accouche d'une bétise. il est le président le plus sot et le plus nul que Haiti ait connu. Il se dit agronome, ce n'est que pur mensonge. ce salaup n'a aucun diplome d'agronomie. On répète qu'Antoine Simon était un sot mais Préval l'a dépassé. Bande de KK laissez donc vivre le pays. quand il fallait retourner le K K Aristide au pouvoir c'était normal que l'étranger foutte son nez dans les affaires internes du pays. c'était normal que votre lider demande à ses maitres blancs de foutre un embargo sur le peuple, c'était aussi normal de demander aux yankees d'occuper Haiti. Bande de traites. Vous meritez que l'on vous juge. Fouttez la paix aux gens. on en a assez. Le jour n'est pas trop loin. salopard, vous irez vous réfugier chez l'imperialiste. espèce de K K. Vous n'êtes qu'un vil personnage.
 

Réponse de la Rédaction d'Haïti-Progrès

Il va sans dire que ce texte révèle l'état et la pauvreté d'esprit des partisans de l'alliance macouto-bourgeoise dénommée pompeusement «Convergence démocratique». Pour ces individus, quelqu'un opposé aux injustices causées dans le monde par l'impérialisme des Etats-Unis d'Amérique ne saurait avoir de rapport avec aucun citoyen de ce pays. A croire que tous les citoyens des Etats-Unis sans exception approuvent les actions répréhensibles de leur gouvernement, organe exécutif des classes dominantes. Fidel Castro lui-même s'est montré fier de ce que son pays soit le seul où on ne brûle jamais de drapeaux des Etats-Unis, par respect pour le peuple des États-Unis qui n'est pas forcément responsable des actes de ses dirigeants!

«vous, Ben Dupuy, je prédis que vous aurez le sort de Jean Dominique qui a été assassiné par Aristide... Le jour n'est pas trop loin. Salopard, vous irez vous réfugier chez l'impérialiste...», voilà ce qu'annonce celui qui semble bien branché au monde interlope des putschistes et autres ennemis du peuple haïtien. De là à dire qu'un autre coup d'Etat se prépare, il n'y a qu'un pas. L'on doit prendre très au sérieux ces propos, car ce fut après le coup d'Etat avorté de Roger Lafontant en janvier 1991 que le coup de septembre de la même année eut lieu. «Veillé zo ou, tour pa ou derrière», poursuit le macoute dans un créole francisé qui trahit une personne conservatrice et rétrograde.

Est-ce un hasard si cette lettre a été écrite juste après la conférence du PPN au cours de laquelle Ben Dupuy a retracé le fil de la tentative du coup d'État des commissaires de police au service de..., et éclairé l'opinion publique sur ses tenants et aboutissants? Est-ce étonnant aussi si ce réactionnaire exprime avec rage ses sentiments à l'égard de celui qui sait analyser pour dénoncer publiquement leurs macabres projets? Pas du tout. Pour nous, ces réactions étaient bien prévisibles. Voilà pourquoi soutenant la thèse que le coup d'Etat contre le peuple haïtien se poursuivait, le secrétaire général du PPN, Ben Dupuy avait demandé aux autorités de continuer et d'approfondir l'enquête judiciaire sur la base du principe classique: «A qui profite le crime?», afin de déterminer toutes les responsabilités et poursuivre les meneurs aussi bien que les exécutants. Haïti-Progrès et le dirigeant du PPN poursuivront la tâche, la voie qui a toujours été la leur, celle de défendre et d'accompagner le peuple haïtien dans sa lutte en dépit des intimidations et menaces qui ne nous étonnent point, surtout en cette étape de la lutte où les forces obscurantistes voient le sol glisser sous leurs pas et le peuple haïtien défier leurs coups de boutoir.

www.haitiprogres.com ** 8 Novembre 2000** http://www.haitiprogres.com/Archiv.htm