Haïti Progrès
November  1 - 7     2000
Actualité politique


COUP D'ÉTAT ET CRISE
Le PPN fait le point

Qu'est-ce qui se cache derrière cette audacieuse tentative de coup d'Etat des commissaires de police qui vient d'échouer? Pour répondre à cette épineuse question, le Parti populaire national (PPN) a donné le mercredi 25 octobre 2000 au local du journal Haïti-Progrès à Port-au-Prince une conférence de presse. Le secrétaire général du parti, Ben Dupuy, en a profité pour expliciter l'échec des négociations autour de la «crise» post-électorale entamées entre Fanmi Lavalas et ladite opposition sous la médiation de l'OEA représentée par son secrétaire général adjoint Luigi Einaudi.

Cela a été une autre occasion d'éclairer la lanterne du public en général et des progressistes en particulier dans ces circonstances où la confusion et la désinformation se donnent libre cours.

En ce qui concerne la tentative de putsch, rappelait Dupuy, c'est le Premier ministre Jacques-Édouard Alexis qui en faisait part en tout premier lieu, le 14 octobre, lors de l'ouverture de la foire gastronomique au Champ-de-Mars. La nouvelle a été confirmée, deux jours plus tard, par le président René Préval à son retour de Taïwan. Alors que les faits sautent aux yeux, a fait remarquer M. Dupuy, l'alliance macouto-bourgeoise, rassemblée au sein d'une prétendue Convergence démocratique, émet deux versions plutôt contradictoires.

D'un côté certains membres de ce regroupement déclarent que c'est un auto-coup d'État fomenté par les lavalassiens eux-mêmes; et de l'autre que c'est un événement inventé par le pouvoir en place afin de pourchasser ses ennemis politiques à la manière du dictateur François Duvalier. Ils ont ainsi dénoncé de manière pour le moins abusive et totalement effrontée l'instauration d'un régime dictatorial en Haïti. «Ils disent que c'est une dictature qui va s'établir, mais tous les jours ils sont sur les ondes de la radio et de la télévision, ils font le va-et-vient partout. A croire qu'ils n'étaient pas dans le pays pendant le régime de Duvalier. A croire qu'ils sont atteints d'amnésie. Donc, si c'est cela la dictature, eh bien cette dictature devrait être éternelle!», a souligné le secrétaire du PPN, qui a précisé que l'opposition est libre de faire jusqu'à des menaces.

Retraçant le fil des événements («Autopsie d'un coup raté», Haïti-Progrès Vol # 32, du 25 au 31 octobre 2000), il a rappelé que tout avait commencé par deux réunions organisées en la résidence privée de l'attaché militaire de l'ambassade des Etats-Unis en Haïti avec certains commissaires de police dénommés «le Groupe 13» ou Groupe des «Equatoriens» à la tête duquel se trouvait le commissaire Guy Philippe directeur département adjoint de la police du Nord.

A ce sujet, Ben Dupuy a rappelé qu'aux Etats-Unis il existe deux gouvernements: l'administration officielle et le gouvernement invisible désigné souvent sous le vocable de «Laboratoire», c'est-à-dire la CIA et le Pentagone, auxquels est lié le président de la commission des Affaires étrangères du sénat des Etats-Unis, le très réactionnaire sénateur républicain Jesse Helms, foncièrement opposé aux gouvernements procédant de la volonté des masses populaires. Pour illustrer cette distinction entre le gouvernement officiel et celui de l'ombre, il suffit encore une fois de se rappeler les événements entourant l'arrivée du navire Harlan County en 1993, où le chef de station de la CIA en Haïti John Kambourian, de concert avec les paramilitaires du Fraph, avait mis en échec le déploiement de la mission envoyée par le président Clinton. Le Harlan Country avait dû rebrousser chemin, comme on le sait, égratignant la crédibilité de Clinton.

Cette fois-ci, le secteur démocrate de l'ambassade des Etats-Unis comprenant le jeu du gouvernement invisible, surtout dans le contexte électoral chez eux, n'aura pas laissé faire et aura prévenu les autorités haïtiennes du complot qui se tramait. Car un tel coup en Haïti en pleine campagne électorale aux Etats-Unis aurait apporté de l'eau au moulin des républicains qui insistent sur «l'échec» de la politique haïtienne de Clinton-Gore. Ils auraient ainsi, avec l'aide des cadets (devenus entre-temps commissaires de police, envoyés par le général putschiste Raoul Cédras étudier en Equateur pendant le coup d'Etat), réédité la tentative de Roger Lafontant (7 janvier 1991) visant à empêcher l'accession d'Aristide au pouvoir à cette époque-là.

On se rappelle que la directrice de l'ICITAP (International Criminal Training Assistance Program) avait été renvoyée pour s'être opposée au recrutement par la CIA de membres de la PNH. «Dans cette affaire de coup d'Etat, nous pensons que le gouvernement doit faire vite. Peut-être nous n'avons jusqu'à présent que la partie visible de l'iceberg», a prévenu M. Dupuy face à la négligence habituelle qui caractérise les autorités, comme lors du coup d'Etat du 30 septembre 1991. En effet le coup raté des commissaires pourrait être le prélude à une autre tentative de renverser le gouvernement constitutionnel.

Au cours de cette conférence de presse, Ben Dupuy a également mis l'accent sur les exigences farfelues de la Convergence démocratique, qui ont conduit les négociations à l'impasse. Tout en voulant rejeter l'échec des négociations sur Fanmi Lavalas, Victor Benoit du Konakom/Espace de Concertation/Convergence démocratique n'a pas eu froid aux yeux pour réitérer les demandes jusqu'au-boutistes de son groupe qui devaient faire échouer les pourparlers. C'est ainsi que Benoît exigeait la cessation des activités du Parlement et des collectivités territoriales, le renvoi du CEP, la nomination d'un nouveau CEP déterminant le sort des élections du 21 mai. À l'évidence, autant de manœuvres dilatoires visant à obtenir «l'option zéro» par le débordement de l'échéance constitutionnelle du 7 février 2000 où un nouveau président élu doit être installé. «Nous nous demandons combien de temps cela avait pris leurs pourparlers avec Bob Manuel (ex-secrétaire d'État à la Sécurité publique) pour former l'actuel CEP, ce qui leur avait permis d'y introduire leurs membres et des ministres au gouvernement? Combien de temps cela avait-il pris? Cela avait pris 3 mois, alors qu'on est à un mois des élections du 26 novembre!», a rappelé Ben Dupuy. D'après lui, l'opposition n'a jamais voulu de ces négociations conduites sous l'égide de l'OEA, auxquelles elle a été obligée de faire semblant de participer pour dissimuler à la communauté internationale, surtout à l'opinion publique, que c'est elle qui bloque tout en Haïti. Si l'on devait monter un nouveau CEP à chaque fois que l'opposition foncièrement impopulaire perd les élections, on n'en finirait pas. A propos de la présence d'Aristide à la table des négociations, le dirigeant du PPN a lancé à l'adresse de Victor Benoit: «Depuis quand est-ce que ce sont les personnalités les plus élevées qui participent aux pourparlers? On n'a jamais entendu les membres du Conseil de Sécurité exiger de l'ambassadeur des Etats-Unis la présence du président Clinton aux négociations décidant de l'avenir même de la planète!»

Pour finir, Dupuy a montré le caractère artificiel de cette crise actuelle, qui est l'œuvre d'une petite élite qui en deux cents ans d'exploitation a fait d'Haïti l'un des pays les plus pauvres du monde et le plus pauvre de l'hémisphère occidental. «Cette petite élite, c'est l'armée d'Haïti qui la met toujours au pouvoir; maintenant elle est bloquée. Elle n'a jamais accepté que le peuple ait son mot à dire dans les affaires politiques. Donc aujourd'hui elle a besoin de voir les chose se gâter, parce que seul un coup d'Etat peut leur permettre de rebattre les cartes en leur faveur.» Une raison de plus de réclamer une attention de tous les instants du peuple. Car cette dite opposition sans aucune base dans le pays, qui n'a pu faire fléchir la résistance du gouvernement constitutionnel avec l'assistance de la communauté internationale, s'en remettra à tous les mauvais coups et à tous les massacreurs pour tenter de parvenir à ses fins.

www.haitiprogres.com **   1 Novembre 2000  **http://www.haitiprogres.com/Archiv.htm