Haïti Progrès
25 au 31 Octobre 2000
Caracas: Une action de
«coopération solidaire»Le président René Préval est revenu le 20 octobre du Venezuela où il s'était rendu pour signer officiellement l'Accord énergétique de Caracas, un accord par lequel le président Hugo Chàvez s'engage à fournir 80 000 barils de produits pétroliers à un prix préférentiel sur une base quotidienne à dix pays de l'Amérique centrale et des Caraïbes.
D'autres conditions très avantageuses comportent entre autres un crédit à 2 % s'étendant sur 15 ans avec un délai de grâce d'une année. Cet accord de plus n'abroge pas celui connu comme le Pacte de San José signé en 1980, renouvelable le 3 août de chaque année, où le Mexique s'entendait avec le Venezuela pour fournir 160 000 barils. Le Venezuela avait proposé au Mexique en mars 1999, lors de la réunion du Groupe des 15 à la Jamaïque, de l'étendre à d'autres pays de la région, surtout que ce pacte comportait d'assez rigides conditions pour en bénéficier, mais Mexico n'avait point donné suite. Finalement dans un geste de solidarité concrète Chàvez a décidé d'assumer le fardeau surtout en ces moments particulièrement difficiles pour les petits pays non producteurs qui doivent faire face à la montée vertigineuse des prix. Et cela n'a pas été sans peine, il lui a fallu beaucoup de courage pour s'imposer face aux critiques locales qui disaient que cela ne rapporterait rien au Venezuela, ou comme ce professeur universitaire vénézuélien, Carlos Romero, qui déclarait que le gouvernement agissait de façon «idéaliste» sans considérer le coût économique pour le Venezuela où «la moitié de la population vit dans la pauvreté». En réalité, pour un intellectuel, c'est une vue très étroite de la situation, car l'idéalisme de Chàvez est tout à son honneur, surtout qu'il offre ainsi aux pays riches un exemple que ces derniers devraient suivre, et ce n'est pas sous prétexte qu'il existe la pauvreté chez soi qu'il ne faut pas essayer de venir en aide de ceux qui survivent dans une misère sans espoir.
En outre, il n'est point dit que cet Accord énergétique ne profitera pas au Venezuela et à toute la région, surtout que, comme le disait Chàvez lui-même, c'est «un pas dans le cadre de l'effort entrepris par l'Amérique latine depuis l'époque de Simòn Bolìvar dans la recherche de mécanismes de pleine intégration». C'est aussi un moyen actif et concret de coopération, de création et de stimulation d'échanges dans la région, qui va bien au-delà des vœux pieux habituels, «une politique de pénétration et d'élargissement des marchés commerciaux» du Venezuela, ainsi que le faisait remarquer le ministre de l'Énergie Alì Rodrìguez. L'Accord offre d'ailleurs la possibilité de payer en biens et services, ce qui ouvre aux pays bénéficiaires un marché potentiel pour certains de leurs articles.
Ainsi ce 19 octobre au Cercle militaire de Caracas, se trouvaient réunis pour la signature officielle de l'Accord énergétique de Caracas (AEC): les présidents Miguel Àngel Rodrìguez du Costa Rica, Francisco Flores du Salvador, Carlos Flores du Honduras, Mireya Moscoso de Panama, Hipòlito Mejìa de la République dominicaine, René Préval d'Haïti, le Premier ministre Percival Patterson de la Jamaïque, le Vice-président Juan Reyes du Guatemala, le chancelier Francisco Aguirre du Nicaragua, le ministre des Services publics Maxwell Samuels de Bélize, et bien sûr, l'hôte, le président Hugo Chàvez qui déclarait: «L'intégration de l'Amérique latine et des Caraïbes est vitale. Elle doit inclure le politique et l'économique... C'est un projet d'inclusion, de fraternité et d'unité... Il fait partie du rêve bolivarien... Nous devons comprendre que la solidarité et l'espoir sont des avantages qui nous donneront plus de force... Nous devons parler d'une seule voix solidaire pour mettre fin à la marginalisation, l'ignorance, la pauvreté et l'impuissance historique.»
Seul point d'ombre, ce sont naturellement les engagements contraignants qui lient aux Institutions financières internationales, comme le FMI, le Nicaragua, le Honduras et le Guatemala pour lesquels Chàvez a eu à rajouter quelques clauses spéciales à l'AEC pour les accommoder. Chacun des pays signataires bénéficiera d'un quota quotidien proportionnel à sa consommation nationale de produits pétroliers: la République dominicaine vient en tête de liste avec 20 000 barils, suivie du Guatemala avec 10 000, ensuite le Costa Rica, le Salvador et Panama, 8000 chacun; la Jamaïque, 7000; Haïti, 6500; le Honduras,5000; le Nicaragua, 4900 et Bélize, 600 barils.
Notons quelques autres points de l'AEC qui stipulent que le pétrole fourni est destiné uniquement à l'usage domestique de chaque pays, en aucune façon le volume en question ne pourra excéder cette consommation; et c'est le Venezuela qui ratifiera annuellement le quota alloué à chaque pays. L'échelle de financement, prenant comme référence les prix sur le marché international, s'établit ainsi :5 % si le prix du baril de brut se situe entre 15 et 20 dollars; 10 % entre 20 et 22 dollars; 20 % entre 24 et 30 dollars; et 25 % si le prix du baril dépasse les 30 dollars. Tel est le cas actuellement. La seule limitation qu'aura mise le président Chàvez pour respecter ses engagements, c'est la disponibilité du pétrole et les décisions de l'OPEP.
D'autres pays de la région doivent se joindre bientôt à l'AEC, comme les Barbades qui attendaient un vote du Parlement, et bien entendu Cuba dont le président Fidel Castro se rendra à Caracas à la fin de ce mois pour y apposer sa signature. Cuba pour sa part offre déjà une aide médicale précieuse dans les campagnes vénézuéliennes.
Les représentants des pays signataires ont fortement exprimé leur satisfaction au cours d'une conférence de presse commune; les présidents dominicains et costaricains ont qualifié l'Accord de «grand pas vers l'intégration», tandis que celui du Salvador indiquait que l'AEC garantissait l'approvisionnement en énergie pour son pays. Le président haïtien, à son retour à Port-au-Prince n'en disait pas moins: «Maintenant ce qui est intéressant, c'est qu'on n'aura pas à payer pour tout le pétrole. On aura un crédit... Si le baril de pétrole est à 30 dollars ou plus, vous avez 30% de crédit qui vous permettra d'acheter des produits ou des services au Venezuela. Il est intéressant dans le sens que c'est un crédit à un taux d'intérêt très bas, 2%, avec un moratoire d'un an et une période de remboursement sur 15 ans.»
Outre de voir assurée avantageusement une grande part de ses besoins énergétiques, Haïti bénéficie à double titre de cette solidarité agissante qui lui permet de faire un grand pas dans son intégration dans la région où elle est d'habitude sinon exclue mais isolée. Si au moins nous avions une diplomatie moins léthargique et efficiente, ce serait une étape majeure dans la bonne direction.