Actualité politiqueHaïti Progrès
18 o 24 Oktòb 2000
Négociations: Compromis en vue?Les négociations se poursuivaient encore le mardi 16 octobre entre le secrétaire général adjoint de l'OEA Luigi Einaudi et les parties impliquées dans la crise post-électorale haïtienne. Jusqu'alors le médiateur n'était pas encore parvenu à mettre face à face l'opposition et Fanmi Lavalas. Toutefois, il a gardé l'espoir de réussir sa mission qu'il a qualifiée de «dernière chance pour Haïti mais pour nous aussi. Je crois qu'il n'est pas question de précipitation, mais nous sommes au moment où il faudra prendre une décision», a dit Einaudi à son arrivée en Haïti le vendredi 13 octobre. Dans ses démarches, il a reçu l'appui spécial de l'ambassadeur d'Argentine en Haïti.
Les pourparlers piétinent, mais dans l'intérêt de quel secteur? «Ce sont les acteurs politiques qui ont demandé à dialoguer avec Fanmi Lavalas. C'est leur exigence, et nous autres de Fanmi Lavalas disons que nous sommes prêts, nous les attendons, quand ils se seront décidés nous serons au rendez-vous», a déclaré le sénateur Yvon Neptune. Son collègue Gérald Gilles a révélé que Fanmi Lavalas était toujours disposé à «s'asseoir ensemble avec l'opposition pour discuter. Malheureusement la dernière fois, lors de la dernière mission de M. Einaudi, nous nous étions rendus à la rencontre pour dialoguer avec l'opposition, malheureusement ils ne s'étaient pas présentés». En effet, à l'issue de la première mission de bons offices, Einaudi avait loué les bonnes dispositions de Lavalas à négocier, mais l'opposition avait exigé un certain temps de réflexion, peut-être pour laisser pourrir la situation. Reynold Georges de l'ALAH-MPSN-Convergence s'en défend en ces termes: «L'opposition était toujours prête depuis que nous avions accepté le principe du dialogue. C'est le gouvernement et Lafanmi Lavalas qui font du marronnage, ils se croient intelligents. Eh oui nous sommes prêts, nous attendons Lafanmi Lavalas, les débats avancent.»
Finalement des petits pas auraient été pris, car Fanmi Lavalas et le Groupe de Convergence se sont fait des propositions. Celles de Fanmi Lavalas contiennent quatre points: 1. Que les candidats à la présidence soumettent à l'Exécutif les noms de deux personnes susceptibles de la représenter au sein du CEP, de même que Fanmi Lavalas; 2. Que des délégués de l'opposition et de Fanmi Lavalas se retrouvent pour discuter la controverse électorale, en particulier la question du Sénat, pour explorer les voies de solution et les pistes de compromis qui ne violent ni la Constitution ni les lois de la République; 3. Un climat de sécurité pour cultiver la tolérance; 4. Que les élections du 26 novembre prochain se déroulent en présence d'observateurs nationaux et internationaux.
Pour sa part, la Convergence démocratique dans une conférence de presse lundi 16 octobre a proposé: 1. Un dialogue entre les leaders de la Convergence, le chef de l'Etat et le chef de Fanmi Lavalas; 2. La formation d'un nouveau CEP; 3. Des discussions sur le sort des élections du 21 mai et l'organisation d'élections crédibles; 4. L'établissement de conditions de sécurité pour tous les citoyens; 5. Le renforcement de la démocratie.
Comme on le voit bien, les protagonistes se retrouvent sur certains points: le remaniement du CEP, la nécessité d'un compromis, un climat de sécurité, mais l'ambiguïté demeure du côté de la Convergence concernant la reconnaissance des élections du 21 mai dernier. Et c'est là, pourrions-nous dire que le bât blesse, car les termes restent encore très vagues. C'est peut-être bien compréhensible pour un début, mais malheureusement le chef du Panpra, une composante de la Convergence, Sege Gilles, en qualifiant de «tract» et de papier les propositions de Fanmi Lavalas, a signifié implicitement que son regroupement demeurait bien sur les mêmes positions de la porte fermée. Il a d'ailleurs d'emblée exprimé la volonté de l'opposition de voir Aristide et le président Préval s'engager formellement dans un accord écrit. Et cela montre, en fait, que l'opposition ne veut point de compromis mais fait monter les enchères.
Marc L. Bazin du MIDH, revenu depuis quelque temps à de meilleurs sentiments, s'emploie comme facilitateur d'un compromis. «Dans une situation de conflit la meilleure façon de s'en sortir, la moins mauvaise façon de s'en sortir, c'est que chacun donne un bout et reçoive un bout», a dit celui qui a proposé l'acceptation des résultats des élections du 21 mai contre une refonte du CEP et le report de la date du scrutin.
Le chef de l'Etat a son retour de Taïwan le lundi 16 octobre a déclaré ne point vouloir participer aux négociations, contrairement à sa volonté initiale d'y déléguer un représentant. «Ce que j'attends seulement c'est que les parties me disent ce qu'ils ont trouvé comme solution. Si cette dernière s'avère constitutionnelle, légale, je l'appliquerai. Mais je n'irai pas aux négociations car je n'ai pas à négocier les résultats des élections», a précisé Préval. Comme lui, le Premier ministre Alexis a prévenu que l'échéance du 7 février 2001 pour la prise de fonction d'un autre président de la République n'est pas négociable, mais qu'une fois l'entente souhaitée trouvée, «nous autres serons prêts à demander au CEP de reconsidérer, disons en fait, la date de fermeture de l'inscription des candidats». Parallèlement, Alexis a dénoncé les manoeuvres déstabilisatrices - introduction d'armes illégales, tentative d'assassinat, tentative de coup d'Etat - venant de secteurs qu'il n'a pas cités (voir manchette page 1).
Au demeurant les négociations n'ont objectivement rien ou pas grand-chose à apporter à l'opposition anti-Lavalas. Voilà pourquoi persiste cette situation d'attente. Comme cela a été exprimé par le président de la fameuse Chambre de Commerce et d'Industrie d'Haïti aujourd'hui en exil volontaire dans sa demeure secondaire à Miami, Olivier Nadal qui ne souhaite que la destruction anticipée de ce qu'il appelle «un régime dictatorial». «Ce qui se passe maintenant c'est que l'OEA essaie d'imposer l'organisation des élections du 26 novembre tout en oubliant celles du 21 mai. Donc on ne peupas d'un revers de la main effacer et balayer les élections du 21 mai... Je pense que vraiment l'OEA se trompe en essayant de faire oublier des élections» a claironné le putschiste récidiviste. L'un des porte-parole de Fanmi Lavalas, le sénateur Gérald Gillesa rejeté ces accusations de partialité pro-Lavalas de M. Einaudi et rappelé que Nadal appartient au groupe de ceux qui n'ont jamais digéré l'irruption des masses populaires sur la scène politique.
En réalité les petits pas, dont nous parlions ci-dessus, n'ont point été faits ni en avant ni en arrière par l'opposition qui semble plutôt attendre un événement «imprévu» pour atteindre tous ses objectifs! Les leaders de cette Convergence démocratique ont certainement eu connaissance du rapport que faisait Luigi Einaudi à ses pairs le mercredi 11 octobre au siège de l'OEA à Washington, où celui-ci disait textuellement: «Les différends à surmonter sont encore grands et le temps est en train de devenir rapidement un ennemi... En absence d'un accord politique sur la façon de résoudre les différends suite aux élections du 21 mai et pour assurer des élections légitimes pour la présidence et le Sénat, il est clair que le calendrier électoral courant va être maintenu: le vote à la date du 26 novembre, qui est à peine à six semaines. Même s'il y a un accord, les provisions de celui-ci devront être mises en œuvre en conformité avec la Constitution haïtienne, qui prescrit la fin de l'actuelle présidence et le transfert du pouvoir le 7 février 2001.» Ainsi le temps presse, mais l'opposition prend encore de façon curieuse tout son temps!